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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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— Non, certainement pas. C’est vous qui l’y avez poussé afin de mieux grimper l’échelle hiérarchique dans votre compagnie. » Elle éleva la main. « Laura, ce n’est qu’un homme. Votre rôle est de le tenir éloigné des fusils. Le vieux démon est à nouveau libéré. Les hommes sont remplis du poison de la guerre.

— Mais c’est de la démence pure et simple ! »

Carlotta hocha la tête. « Vous perdez la tête, Laura. Êtes-vous prête à interposer votre corps entre un fusil et une victime ? Moi, oui. Mais vous pas, est-ce que je me trompe ? Vous n’avez pas la foi.

— Je suis fidèle à David, fit Laura, pincée. Je suis fidèle à ma compagnie. Et vous, alors ? Si on parlait de votre fidélité à ce vieux Sticky ?

— Sticky est un mercenaire. De la chair à canon, une brute bourrée d’esprit guerrier.

— Alors, c’est ça ? » Laura était interloquée. « Vous le laissez tranquillement tomber ? Vous faites une croix dessus, simplement comme ça ?

— J’ai décroché de la Romance », répondit Carlotta comme si cela expliquait tout. Elle fourra la main dans les replis de sa robe et tendit à Laura un flacon de pilules rouges. « Tenez, prenez-les, j’en ai plus besoin maintenant – et cessez d’être aussi stupide. Toutes ces conneries qui vous paraissent si importantes – vous en avalez deux et tout ça vous sortira de l’esprit. Retournez à Galveston, Laura, prenez une chambre d’hôtel quelque part, et baisez David jusqu’à plus soif, ça le distraira. Fourrez-vous au pieu, bien planqués sous les couvertures, et restez-y, vous ne risquerez pas d’attraper un mauvais coup. »

Carlotta croisa les bras et refusa de reprendre le flacon. Laura le glissa rageusement dans sa poche de jean. « Alors, c’était en fait complètement artificiel… Vous n’avez jamais ressenti quoi que ce soit d’authentique pour Sticky.

— Je le surveillais pour le compte de l’Église. Il tue des gens.

— Je n’arrive pas à le croire. » Laura la dévisagea. « Je n’aime pas beaucoup Sticky mais je l’accepte. En tant que personne. Pas comme un monstre.

— C’est un tueur professionnel, rétorqua Carlotta. Il a déjà liquidé plus d’une douzaine de personnes.

— Je ne vous crois pas.

— Vous vous attendiez à quoi ? À le voir trimbaler une hache et baver ? Le capitaine Thompson ne joue pas selon vos règles. Les houngans travaillent pour lui depuis des années. Ce n’est pas une “personne acceptable”, c’est l’équivalent d’un missile armé ! Vous vous interrogiez à propos d’éventuels labos de fabrication de drogue… Sticky est un labo de drogue ambulant !

— Que voulez-vous dire par là ?

— Je veux dire qu’il a les boyaux remplis de bactéries. Des bactéries bien particulières – de véritables petites fabriques de drogue. D’où croyez-vous qu’il tienne son surnom de Sticky – le joint ? C’est qu’il est capable, rien qu’en mangeant un carton de yaourts, de se transformer en machine à tuer…

— Une machine à tuer ? s’étonna Laura. Un carton de yaourts ???

— C’est à cause des enzymes. Les enzymes les bouffent. Ça multiplie sa vitesse de réaction, sa force, sa résistance à la douleur, sans problème… Ils vont vous le balancer à Singapour et là, hou ! la la ! je plains cette malheureuse île. »

Sticky Thompson – un assassin rendu fou par la drogue. Elle ne parvenait toujours pas à le croire. Mais à quoi ressemblaient les tueurs à gages, d’abord ? Laura se sentait prise de vertige. « Pourquoi ne pas m’avoir dit tout cela plus tôt ? »

Carlotta lui jeta un regard apitoyé. « Mais parce que vous faites partie des gens bien, Laura.

— Arrêtez de me dire ça ! Qu’est-ce qui vous rend si différente, vous ?

— Mais regardez-vous donc un peu. Vous êtes instruite. Intelligente. Belle. Mariée à un putain d’architecte. Vous avez un bébé superbe et des amis haut placés. »

Ses yeux se plissèrent. Elle se mit à siffler. « Et maintenant, regardez-moi. Je suis une plouc. Laide. Sans famille. Papa me battait. Je n’ai jamais terminé mes études – je sais tout juste lire et écrire. Je suis dyselsique ou je ne sais trop quoi. Vous vous êtes déjà demandé ce qui arrive aux gens incapables de lire et d’écrire ? Dans votre saloperie de magnifique univers du Réseau avec toutes ses putains de données ? Non, vous n’y avez jamais pensé, hein ? Si je devais me faire une place, ce ne pouvait être qu’à l’insu de gens comme vous. »

Elle remit son voile. « Et en plus, je me fais vieille. Je parie que vous ne vous êtes jamais demandé ce qui arrive aux filles de l’Église quand elles sont âgées. Quand elles ne sont plus capables de faire agir cette bonne vieille magie noire sur vos précieux petits maris. Eh bien, vous tracassez pas pour moi, madame Webster. Notre Déesse sait se débrouiller toute seule. Notre Église gère des hôpitaux, des cliniques, des maisons de retraite – elle prend soin de ses ouailles. C’est la Déesse qui m’a donné la vie – pas vous ou votre Réseau. Alors, je ne vous dois rien ! » Elle semblait prête à cracher. « N’oubliez jamais ça. »

David arriva avec les billets. « Tout est réglé. On est tirés d’affaire. Dieu merci. » Le haut-parleur annonça un vol – remous dans la foule. Le bébé se mit à geindre. David prit son couffin. « Vous vous sentez bien, Carlotta ?

— Impec’ », répondit celle-ci en lui adressant un sourire radieux. « Vous viendrez tous me rendre visite à Galveston, promis, hein ? Notre révérende Morgan vient de décrocher un siège au conseil municipal. On a de grands projets pour Galveston.

— C’est notre vol, coupa David. Une chance qu’on n’ait pas de bagages – mais bon sang, je vais la regretter, cette caisse à outils. »

6

Ce fut un vol cauchemardesque – comme dans un wagon à bestiaux. Des bagages entassés partout, pas le moindre siège libre, et des réfugiés accroupis dans les allées. Rien à boire ou à manger. Un marché noir instantané, emballé dans une prison d’aluminium volante.

Il y avait à bord cinq inspecteurs cubains en armes. Ils ne cessaient de repousser les avances des margoulins divers, des types en sueur qui tentaient de se faire un minimum de blé. Leurs roubles grenadins ne valaient plus tripette ; ils avaient besoin d’écus et fourguaient n’importe quoi : breloques, chapelets de timbres à drogue, leur sœur s’ils en avaient une… coupés du monde, à trente mille pieds au-dessus de la mer des Antilles, mais toujours soumis au rituel habituel. Simplement plus vite, sans réfléchir, sautillant et vacillant…

« Comme un lézard qui se sépare de sa queue, observa Laura. Voilà l’attitude de la Banque à l’égard de ces gens. Au Réseau de s’en occuper, aux flics de Vienne de s’en charger. Pour distraire l’attention.

— T’as dit à Andreï que tu irais à Singapour ? demanda David.

— Ouais.

— Pas question. » De son ton le plus ferme.

« On est trop engagés pour reculer.

— Mon cul, oui. On aurait pu se faire tuer aujourd’hui. Ce n’est pas notre problème – ça ne l’est plus. C’est devenu un truc bien trop gros pour nous.

— Alors, qu’est-ce qu’on décide ? On retourne à notre Loge avec l’espoir de se faire oublier ?

— Il y a des tas d’autres Loges, remarqua David. On pourrait aller dans une retraite. Toi et moi, ça ne nous ferait pas de mal, une bonne petite parenthèse… Se relaxer un peu, à l’écart des télévisions. Faire un peu le point. »

Une retraite. Laura n’aimait pas trop l’idée. C’était bon pour les retraités de Rizome, les ratés, les gaffeurs… Un coin pour jardiner pendant que les autres prenaient les décisions. « Ça ne passera pas, rétorqua-t-elle. Cela discréditerait la tentative de négociation de Rizome. Mais on a eu raison d’essayer. Il fallait qu’on fasse quelque chose. Le fait même que la situation devienne critique en est la preuve.

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