Black-Out. Demain il sera trop tard
- Автор: Elsberg Marc
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253098690
- Переводчик: Pierre Malherbet
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:
La voix féminine du navigateur de bord lui indiqua la route à suivre. Elle s’exécuta.
Son ventre se noua lorsqu’elle redécouvrit l’Audi derrière elle. Résignée, elle prit la première rue perpendiculaire. Prise de nervosité, elle tira l’ordinateur de son sac et le déposa sur le siège passager, puis fit de même avec sa caméra et tout son matériel. Elle saisit dans le vide-poches le manuel de l’automobile, aussi épais qu’un bottin téléphonique, et le glissa dans le sac. Elle ouvrit la vitre et jeta le paquet en direction du trottoir. Elle le vit dans le rétroviseur faire plusieurs rebonds. Ses poursuivants ralentirent. Quelqu’un sauta de la voiture et prit le sac. Shannon appuya sur l’accélérateur. L’Audi rétrécit très rapidement dans le rétroviseur. Au premier croisement elle bifurqua dans une petite rue pour arriver dans l’entrelacs de ruelles d’une zone pavillonnaire. Cette fois-ci, plus personne pour la prendre en filature.
Shannon souriait timidement, n’osant trop se réjouir. Au bout d’une dizaine de minutes, elle se décida enfin à suivre les indications du navigateur de bord. La course-poursuite avait consommé un quart de l’essence. Il lui faudrait de nouveau faire le plein à l’hôpital.
Annette Doreuil trouva effrayants les deux hommes en combinaison devant la porte. Ils venaient aider les Bollard et les Doreuil.
« Un bagage par personne », fit une voix nasillarde sous un masque.
Dans la remorque du camion derrière eux s’entassaient des gens apeurés.
« Plus tard, nous pourrons revenir ici, non ? s’enquit Céleste Bollard.
— Nous n’avons aucune information à ce sujet, répondit l’homme. Notre mission est d’évacuer. »
Annette Doreuil ne put s’empêcher de songer aux reportages qu’elle avait vus sur Tchernobyl et Fukushima. Elle s’était toujours demandé ce qu’avaient ressenti ces gens qui avaient dû quitter leurs foyers dans la précipitation, angoissés à l’idée de ne jamais pouvoir y revenir. Laisser derrière soi tout ce qui était cher à leur cœur. Paniqués à l’idée de recevoir une dose de radiations néfaste, voire mortelle. Dans la perspective de devoir passer la fin de leurs jours dans un lointain inconnu, plutôt que dans un environnement familier. Et probablement gravement malades. Elle ressentait toutes ces craintes dans la voix de Céleste Bollard. Voilà onze générations, trois siècles, que la famille vivait dans cette ferme, qu’elle avait fait face aux tourmentes de la Révolution et de deux guerres mondiales.
Annette Doreuil observait des cohortes de réfugiés, semblables à celles qu’elle avait vues à la télévision. Jamais elle n’avait pensé devoir prendre part à un tel convoi.
Elle ne comprenait pas bien ce qu’elle ressentait. Lorsqu’elle avait quitté Paris en compagnie de Bertrand, elle pouvait encore se persuader qu’ils partaient pour de courtes vacances. Plus tard, après avoir épuisé les volailles et les conserves des Bollard et n’avoir plus eu le droit de quitter la maison, elle réalisa qu’elle était devenue une déplacée.
Elle écoutait ce que son corps lui disait. Se sentait-elle étrange ? Était-ce désagréable ? Y avait-il une seule réaction tendant à prouver que la radioactivité accomplissait déjà sa besogne au plus profond de ses cellules ?
Tandis que les deux hommes en combinaison entreposaient leurs bagages dans un espace aménagé sous la remorque, Bertrand l’aida à embarquer. Les gens à bord se serrèrent sur les banquettes en bois afin de leur ménager une place. Céleste Bollard s’assit à ses côtés, prudemment, comme si les sièges étaient détrempés, sans quitter sa maison des yeux.
Le camion démarra en un sursaut. Annette Doreuil ne pouvait voir que l’arrière de la tête de Céleste et de Vincent Bollard, le regard braqué sur leur ferme qui devenait de plus en plus petite, jusqu’à disparaître tout à fait, et qui durent alors s’abandonner à la cruelle incertitude de ne peut-être plus jamais la revoir.
Shannon gara la Porsche dans le parking souterrain, juste devant la montée d’escaliers. Elle attrapa l’ordinateur portable, prit sa lampe et rejoignit directement Manzano au deuxième étage. À bout de souffle, elle déboula dans la chambre où elle l’avait laissé. Allongé dans un lit, sous une épaisse couche de couvertures, sa tête reposait sur le côté.
« Piero ? » murmura-t-elle.
Comme il ne faisait pas mine de bouger, elle répéta plus fort et courut vers le lit.
« Piero ? »
Ses yeux s’entrouvrirent, il leva péniblement la tête.
« Nous devons foutre le camp d’ici ! » fit-elle.
Elle agita l’ordinateur.
« Viens !
— Où… où as-tu…
— Plus tard ! »
Elle arracha les couvertures de ses jambes. Sur la cuisse gauche apparaissait une tâche sombre et mordorée, de la taille d’une assiette. En voyant son regard, il se contenta de dire : « Tout va bien. Donne-moi mes béquilles. »
Aussi vite que sa blessure le lui permettait, il boitilla derrière elle. Dans l’escalier, Shannon ouvrait le chemin, armée de sa torche. Devant la porte du garage, elle mit son doigt sur ses lèvres et l’invita à attendre. Elle éteignit la lampe, ouvrit un peu la porte et épia. Dans l’obscurité, elle ne voyait pas grand-chose, rien en tout cas qui ressemble à une Audi.
« La Porsche est derrière cette porte, chuchota-t-elle. Je vais l’ouvrir à distance ; tu n’auras qu’à foncer pour t’y installer. »
Shannon ouvrit grand la porte, les phares du bolide clignotèrent lorsqu’elle appuya sur la clef.
Manzano claudiqua et vit l’ombre qui s’abattait sur la journaliste. Une autre lui bloqua le chemin. L’Italien reconnut l’imposante stature de Pohlen. De toutes ses forces, il lui asséna un coup de béquille dans l’abdomen. Pohlen se plia en deux. Manzano leva la béquille au-dessus de sa tête, autant qu’il le pouvait, et l’abattit sur son adversaire une fois, deux fois, trois fois. Le fonctionnaire s’écroula, les bras en croix. De sa jambe valide, Manzano lui donna des coups dans le tronc, à en perdre presque l’équilibre. Il entendit une sorte de râle et tapa encore. Pohlen se tourna, mais ne fit pas mine de se défendre. Derrière la Porsche, le second homme était agenouillé devant Shannon, Manzano n’en voyait que la tête. Avant même qu’il puisse se défendre, l’Italien lui avait frappé l’occiput avec une fureur inouïe, à deux reprises. Sans plus bouger, il tomba à la renverse.
Shannon se releva, jeta un regard paniqué alentour puis cria : « La clef ! L’ordi ! »
Manzano vit Pohlen se redresser. Il claudiqua jusqu’à lui et fit une fois de plus usage de sa béquille.
« C’est bon, je les ai ! » cria Shannon.
L’Italien gagna la voiture alors que Pohlen tentait de l’agripper. La portière du passager était déjà ouverte, l’Américaine mettait le contact. Manzano se jeta sur le siège. La journaliste démarra dans un hurlement mécanique et un crissement de pneus, la vitesse fit claquer la portière.
Elle dérapa dans un virage et freina si brutalement que Manzano manqua se rompre les os contre le tableau de bord, pour finalement s’arrêter à côté d’une auto grise. Elle ouvrit la portière à la volée, mit une main dans sa poche. « Ouch ! Shit ! » Elle s’agenouilla à côté du véhicule et s’affaira autour des pneus avant. Lorsqu’elle recommença son manège avec les pneus arrière, Manzano vit qu’elle tenait une petite lame. Elle les transperça également, laissa tomber le scalpel et se trouva de nouveau au volant, avant même que le cliquetis de la lame heurtant le sol ne se soit complètement évanoui.