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Black-Out. Demain il sera trop tard

Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:

Par une froide soirée d’hiver, le réseau électrique européen commence à lâcher. De nombreux pays s’enfoncent dans l’obscurité et plusieurs centrales nucléaires mettent en danger la vie de millions d’êtres humains. Menace terroriste ou défaillance technique ? Piero Manzano, ex-hacker italien, croit savoir qui est responsable. Avec l’aide d’un policier français d’Europol, François Bollard, Manzano s’engage dans une véritable course contre la montre face à un adversaire aussi rusé qu’invisible.
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Marie jeta un regard désespéré à son époux. Il se leva et suivit sa fille. Elle s’était assise dans le salon, devant l’âtre où crépitaient les flammes. Elle coiffait une de ses poupées avec concentration. Seules ses lèvres crispées trahissaient le chagrin qu’elle tentait de contenir.

Bollard s’assit sur le sol, face à elle.

« Écoute, chérie… »

Louise baissa la tête, fronça les sourcils, se renfrogna davantage et se mit à peigner sa poupée avec plus d’entrain encore.

« Je sais bien que ce n’est pas facile en ce moment, mais nous sommes tous… »

Il écoutait les légers sanglots de sa fille, regardait ses épaules frissonner. Il ne lui connaissait pas cette manière de pleurer. Ce n’était pas seulement de la colère et de l’obstination. Les enfants, sans doute, ne comprennent pas tout ce qui se passe, mais ils le ressentent, pensa-t-il. Notre dénuement, notre tension, nos angoisses. Bollard lui caressa les cheveux et la prit dans ses bras. Son corps d’enfant était secoué de spasmes, des larmes coulaient sur la chemise de son père qui continuait de la serrer contre lui, en la berçant tendrement.

Nous sommes tous dans le même état, trésor, se dit-il, nous sommes tous dans le même état.

Entre Cologne et Düren

À la lumière de la lune apparurent les contours d’une cabane au milieu d’un champ. Elle mesurait environ cinq mètres sur cinq, était dépourvue de fenêtres, la porte était ouverte.

Lauren farfouilla dans son sac et mit la main sur les allumettes qu’elle avait pris soin de prendre à Paris. Elle en craqua une et éclaira l’intérieur. Autant qu’elle pouvait en juger à la lumière faible et vacillante de l’allumette, la cabane, hormis quelques vieux piquets de clôture et un peu de foin, était vide.

« Il ne fait pas plus chaud ici, remarqua-t-il.

— On va changer ça. »

À travers un large trou dans la toiture, on voyait rayonner la lune. Quelques minutes plus tard, en réunissant un peu de paille et quelques bouts de bois, elle avait allumé un petit feu, faisant danser des ombres étranges sur les murs. L’Italien s’était accroupi auprès du foyer où il réchauffait ses mains.

« C’est génial, la félicita-t-il. Où as-tu appris ça ?

— Aux scouts. Qui aurait pensé que ça pourrait me servir un jour ? »

Elle savait qu’il n’était pas sans danger de dormir près d’un feu. Des étincelles pouvaient embraser toute la cabane, ou la fumée les asphyxier.

Un long moment, sans dire un mot, ils regardèrent les flammes.

« Quelle connerie », lâcha Manzano.

L’Américaine ne rebondit pas.

« J’ai un truc qui ne veut pas me sortir de l’esprit, continua l’Italien. Quels sont les buts de ces pirates qui retirent la sève de nos civilisations ? C’est ça qu’ils veulent ? Que nous nous volions et massacrions les uns les autres ? Que nous nous comportions comme des hommes préhistoriques ?

— Alors ils ont réussi », fit Shannon amèrement. Elle se leva et sortit de son sac quelques vêtements. Le peu qu’elle avait.

« Ça nous fera un matelas.

— Ça n’a pas réussi à tout le monde.

— Quoi ?

— Que nous nous comportions comme des hommes préhistoriques. Merci. »

Manzano plia deux t-shirts et un pull-over en guise d’oreiller. Shannon l’imita avec un pantalon. Ils se couchèrent côte à côte, le regard vers le foyer. Shannon avait froid dans le dos, mais pas autant qu’à l’extérieur. L’Italien dormait déjà.

Elle jeta un dernier coup d’œil au feu, d’où jaillissaient de petites étincelles ardentes. Elle ferma les paupières, espérant qu’ils se réveilleraient le lendemain matin.

Huitième jour — samedi

Ratingen

« Dragenau n’était pas Dragenau », dit Hartlandt. Dienhof était présent, ainsi que toute la direction de Talaefer AG, même Wickley. « En tout cas pas à l’hôtel où il s’est enregistré sous le nom de Charles Caldwell. Ça dit quelque chose à l’un d’entre vous ? »

Toute l’assemblée fit non de la tête.

« Ma thèse, c’est que Dragenau est notre homme. Il n’est pas allé à Bali en vacances, mais pour se planquer. Pour sa malchance, et la nôtre, ses complices ou ses commanditaires ne lui ont plus fait confiance. Ils l’ont réduit au silence. Dommage pour nous qu’il ne puisse plus parler.

— Pures spéculations, s’agaça Wickley. Et si le mort était bien ce Charles Caldwell ? Et pourquoi Dragenau aurait-il fait pareille chose ?

— Pour le fric, répondit Hartlandt.

— Par fierté mal placée, glissa Dienhof. Une vengeance bien tardive. »

Wickley lui adressa un regard agacé.

« Et pourquoi donc ? voulut savoir l’inspecteur.

— Il y a plusieurs années, soupira Wickley, alors qu’il était encore étudiant, Dragenau avait monté une boîte de logiciels d’automatisation. C’était un esprit brillant, mais un piètre entrepreneur. Malgré ses produits, qui étaient excellents, il n’a jamais réussi à faire de l’argent. Pendant quelque temps, il a compté parmi nos concurrents mais, sur la durée, il n’avait aucune chance face à Talaefer. À la fin des années 1990, il nous a vendu son entreprise. Elle était endettée, et Talaefer n’y était pas pour rien, en raison de différents conflits juridiques. L’achat de sa boîte était en premier lieu un moyen de récupérer l’esprit brillant de Dragenau. Il est devenu notre responsable de l’architecture système.

— Un concurrent déçu, acculé à la faillite, qui devient votre collaborateur… dans votre branche, ne considériez-vous pas qu’il représentait un risque extrême ? demanda Hartlandt, incrédule.

— Au début, oui, répondit Wickley. Mais, au fil des années, il nous a fait une impression si positive que nos soupçons se sont évaporés. »

Entre Cologne et Düren

Shannon ouvrit les yeux et regarda le tas de cendres. Quelques braises orange y brillaient encore. Quant à Manzano, il dormait toujours, respirant difficilement.

Son visage blême était trempé de sueur. On voyait, à travers le trou de la toiture, un coin de ciel bleu.

Shannon resta allongée, méditant sur la situation. La panique commençait à l’envahir. Elle connaissait ce sentiment d’autrefois, à l’école par exemple, lorsqu’elle pensait être incapable de réussir un examen, ou en voyage, lorsqu’elle n’avait plus ni but ni argent. Elle savait cependant comment se sortir de cette mauvaise passe : non pas en regardant fixement et sans bouger la gueule du serpent, comme un lapin hypnotisé, mais en faisant le premier pas.

Sans un bruit, elle se leva, mit une bûche dans le feu, souffla prudemment jusqu’aux premières flammèches. Elle se faufila à l’extérieur et assouvit de naturels et matinaux besoins derrière la cabane. Le gel nocturne avait recouvert d’un manteau blanc et cristallin les champs et bois des alentours, baignés de soleil. Elle se sentit légère, le temps d’un frisson.

Elle s’appuya contre le mur de bois réchauffé par les rayons matinaux. Jusqu’à l’avant-veille, sa quête lui avait paru claire ; tirer la meilleure histoire possible de cette incroyable pagaille. Elle fit le point. Quelle nouveauté souhaitait-elle maintenant découvrir ? Une seule, au fond : que tout soit fini. Que tout redevienne comme auparavant.

Elle aurait volontiers souhaité diffuser cette bonne nouvelle. Encore fallait-il réunir les éléments nécessaires. Peut-être n’était-ce plus le moment de parler de ce que faisaient les autres, mais d’agir par soi-même. C’est ce qu’avait fait Manzano en découvrant les codes infectant les compteurs électriques italiens.

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