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Black-Out. Demain il sera trop tard

Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:

Par une froide soirée d’hiver, le réseau électrique européen commence à lâcher. De nombreux pays s’enfoncent dans l’obscurité et plusieurs centrales nucléaires mettent en danger la vie de millions d’êtres humains. Menace terroriste ou défaillance technique ? Piero Manzano, ex-hacker italien, croit savoir qui est responsable. Avec l’aide d’un policier français d’Europol, François Bollard, Manzano s’engage dans une véritable course contre la montre face à un adversaire aussi rusé qu’invisible.
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Un instant, il crut entendre des pas et voir un rayon de lumière. Non ! Il ne devait pas céder à la paranoïa !

Nerveux, il se tourna sur l’autre côté. De nouveau, il crut entendre un bruit, de nouveau il lui sembla qu’un faible rayon de lumière, qui disparut aussitôt, bougeait dans le couloir. Il se leva et clopina jusqu’à la porte. Cette fois-ci, il entendit très distinctement des pas. Et des murmures. Puis un bruit encore, dont il ignorait ce que ça pouvait être. Comme si quelqu’un tapait contre un sol en pierre avec des couverts en plastique. Des pilleurs ?

Puis il entendit des gémissements. Des chiens. Et un ordre murmuré. Il en eut des sueurs froides. Il rejoignit son lit à la hâte et saisit les béquilles. Il quitta prudemment la pièce, aux aguets.

Les bruits venaient de l’escalier. Paniqué, Manzano regarda alentour. Était-ce Hartlandt qui revenait le chercher ?

Devant les ascenseurs, l’Italien écoutait les voix et les pas se rapprocher. Impossible de fuir par les escaliers. Et il ignorait où menaient ces couloirs. Il y avait de grandes chances que ce soient des culs-de-sac, ou que les sorties en soient condamnées. Pris de panique, il ne voyait plus qu’une échappatoire ; il entendait maintenant les chiens aboyer dans le couloir et des gens crier.

« Police ! Qui êtes-vous ? Sortez ! »

Effrayée, Shannon leva les mains devant ses yeux, aveuglée par les torches.

« I’m a journalist, cria-t-elle. I’m a journalist.

— Que dit-elle ?

— Les mains en l’air, sortez du lit !

— I’m a journalist ! I’m a journalist !

— Dehors ! »

Aboiements.

Shannon ne voyait rien, continuait à crier, tentait de libérer ses jambes de la couverture.

« C’est une femme !

— Que dit-elle ?

— Elle dit qu’elle est journaliste. »

Enfin, l’Américaine parvint à libérer ses pieds et se leva, une main toujours devant les yeux, l’autre en l’air, en guise de salut. Grognements des chiens.

« Qui êtes-vous ? » demanda en anglais un homme grand, à la carrure athlétique, non sans un léger accent allemand.

« Que faites-vous ici ?

— Je n’ai pas trouvé d’hôtel où passer la nuit », fit Shannon, ce qui était la vérité.

L’homme fit glisser sur elle le faisceau de sa torche, des pieds à la tête. Puis elle le reconnut. C’est lui qui avait emmené Manzano, qui l’avait poursuivi et conduit à l’hôpital.

« Avez-vous vu quelqu’un ?

— Non. »

Les hommes fouillèrent les autres lits, et ne trouvèrent personne. En sortant, leur chef dit aux autres : « Elle devrait se trouver un meilleur endroit. »

Shannon resta debout à côté du lit tandis que les fonctionnaires gagnaient la chambre voisine. Elle réalisa qu’elle tremblait ; était-ce de froid ou de peur ? Elle se lova de nouveau sous les couvertures et entendit les policiers passer de chambre en chambre avec leurs chiens. Les voix et les pas se firent plus ténus, puis le groupe fit demi-tour, passa de nouveau devant sa chambre et disparut.

Au troisième étage, Hartlandt et ses hommes rencontrèrent aussi peu de succès qu’au quatrième. Minuit était passé depuis longtemps. Hommes et chiens étaient exténués, à la suite des nombreuses interventions des jours précédents. Le bâtiment obscur aux chambres abandonnées, désertées, était encore plus déprimant que ne l’est un hôpital en temps normal. Les paupières lourdes, ils arpentaient le couloir du cinquième étage lorsque les molosses se mirent à gémir tant et plus.

« C’est lui ? demanda Hartlandt à l’un des maîtres-chiens.

— Peut-être… Mais, à mon avis, il s’agit d’autre chose.

— Quoi ?

— Pourvu que ce ne soit pas ce que signifie d’habitude ce comportement. »

Les chiens tiraient dorénavant avec force et les hommes se laissèrent conduire jusqu’à arriver à l’une des dernières chambres. Les faisceaux de leurs torches se baladaient sur les contours déformés des lits, huit en tout dans l’étroite pièce. Les couvertures recouvraient tout, des pieds aux visages.

Hartlandt gagna le lit le plus proche et rabattit la couverture, pour découvrir le visage blême, exténué d’une femme âgée. Il avait vu suffisamment de morts dans sa carrière pour en reconnaître un au premier coup d’œil. Il alla prestement au lit suivant, où reposait le cadavre d’une femme maigre, une junkie, sans doute, se dit Hartlandt, à la vue de sa vilaine peau et de ses dents déchaussées.

Deux de ses collègues avaient inspecté les lits de l’autre côté de la pièce.

« Ils ont manifestement entreposé là les derniers morts », constata l’un d’eux.

Les chiens attendaient en gémissant à la porte, leurs queues molles.

« Sans doute le personnel n’est-il pas parvenu à les emmener jusqu’à la chambre froide », déduisit un autre.

Hartlandt fit glisser le rayon de lumière de sa lampe sur les lits restants, dont deux étaient occupés par des personnes obèses. « Regardez-moi ça, personne ne peut les transporter dans les escaliers. Il se tourna. À quoi bon, d’ailleurs ? Les chambres froides ne doivent plus fonctionner. »

Il fit un signe à ses hommes et ils quittèrent l’endroit.

« On continue. »

La dépouille s’affaissa lourdement sur Manzano tandis que le bruit des pas s’estompait. La tête du défunt reposait contre la sienne, son tronc le recouvrait entièrement. Manzano osait à peine respirer. Le poids, la peur, une horreur pure lui coupaient le souffle.

Pris de désespoir, il s’était engouffré dans les escaliers. Il avait pensé que cette salle serait son seul salut. Il s’était glissé sous le corps le plus éloigné de l’entrée. L’odeur était insupportable, le cadavre gisait dans du sang et des excréments secs, et exsudait une viscosité que Manzano ne remarqua qu’une fois sous lui. À plus d’une reprise, il songea à se rendre. Son soulagement aurait été aussi grand s’ils l’avaient trouvé — mais, enfin, il pouvait quitter cette hideuse cachette.

Il se glissa lentement de sous le corps, mettant de côté les membres inertes, attrapa les béquilles, tituba jusqu’au mur où il s’appuya, le regard plein d’effroi dirigé sur les silhouettes sombres de la pièce obscure. Il continuait à respirer faiblement. Des larmes roulèrent sur ses joues. Puis, au bout d’un moment, il fit les quelques pas qui le séparaient de la porte.

Il tendit l’oreille, une fois de plus, de longues minutes. Aucun bruit en provenance du couloir. Il entrouvrit la porte, ne vit rien. Il avança dans le noir, à pas de velours, dans le couloir. Le médecin et l’infirmier n’étaient plus là ; sans doute étaient-ils partis avant même que Hartlandt et ses hommes n’arrivent. Il réalisa qu’il tremblait de tout son corps. Son pantalon était humide en raison de sa cachette et puait. Il l’enleva. Il était en sous-vêtements. Une douche, maintenant ! Longue, brûlante, avec du savon moussant !

Une petite éternité plus tard, il était redescendu au deuxième étage. Hommes et chiens avaient disparu. Manzano retourna dans le lit où il se trouvait quelques heures auparavant. Il se lova sous les couvertures, tremblant comme une feuille, n’escomptant pas fermer l’œil de toute la nuit.

Septième jour — vendredi

La Haye

« Je crois que j’ai de la fièvre », soupira la femme de Bollard depuis la porte.

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