Black-Out. Demain il sera trop tard
- Автор: Elsberg Marc
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253098690
- Переводчик: Pierre Malherbet
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:
Sa langue pâteuse et les grondements de son estomac lui rappelèrent que la première chose qu’elle devrait faire serait de se remplir la panse. Elle n’avait rien mangé depuis la veille au matin, dans le bureau de Hartlandt, et n’avait bu que quelques lampées à un proche ruisseau. C’était pire encore pour son compagnon ; il n’avait même pas eu la chance de goûter à l’en-cas du policier.
Elle retourna dans la cabane.
Manzano ouvrit les yeux. Ils brillaient.
« Bonjour, dit-elle doucement. Comment te sens-tu aujourd’hui ? »
Il referma les paupières, toussota.
Elle posa sa main sur son front. Il était brûlant. Ce n’était peut-être qu’à cause des flammes, dont il était presque trop proche.
Il marmonna quelque chose.
« Nous devons te trouver un médecin, affirma-t-elle. La première chose à faire. »
Marie Bollard se fraya un chemin jusqu’à l’un des vendeurs qui s’étaient postés autour de la place. Il proposait du chou-rave, des betteraves et des pommes talées. Elle sortit la montre que ses parents lui avaient offerte pour le baccalauréat — elle conservait encore, en dernier recours, deux bagues en or et une chaîne. Ses dernières réserves. Elle tendit au vendeur l’une des bagues.
« De l’or véritable, cria-t-elle. Ça vaut quatre cents euros. Qu’est-ce que j’en obtiens ? »
Mais c’est quelqu’un d’autre qui retint l’attention de l’homme, quelqu’un qui proposait de payer en espèces sonnantes et trébuchantes. Elle cria encore et encore, jusqu’à décrocher un regard fugace.
« Et comment je sais que c’est pas du toc ? » demanda-t-il.
Avant même qu’elle puisse répondre, il prit l’argent d’une autre personne à qui il tendit en retour deux sacs pleins.
Épuisée, Marie Bollard s’extirpa de l’épaisse foule. Elle n’avait pas le droit d’abandonner si vite. Il y avait au moins trente vendeurs, qui avaient pris possession de la place. Entre eux, déambulaient, hagards, des gens affamés, comme sur un marché aux puces un jour gris d’automne, mais plus agités, plus agressifs. Au centre se tenait un homme à la longue barbe, ne portant qu’un drap blanc autour de la taille, un mélange de gourou et de Jésus-Christ. Les bras levés, il ne cessait de répéter : « La fin est proche ! Repentez-vous ! »
Et dire qu’on trouvait ce genre de types. Par ce froid ! Partout des disputes, des cris de colère. À l’une des extrémités du marché, une foule s’était rassemblée, pendue aux lèvres d’un prédicateur au verbe haut.
Elle se débattit devant chaque stand devant lequel elle passait, jusqu’à en découvrir un où, semblait-il, on semblait ne rien vendre. L’établi était plus petit que les autres mais protégé par six hommes à la forte stature, aux cous de taureau et aux visages peu avenants. Marie s’y dirigea. Au moyen d’une loupe qu’il tenait collée à son œil droit, un usurier examinait des bijoux.
« Deux cents ! lança-t-il à la femme qui lui faisait face.
— Mais ça vaut au moins huit cents ! cria-t-elle.
— Alors vendez-le à un autre, qui vous en donnera huit cents », rétorqua-t-il en lui rendant sa broche.
La femme hésita à la récupérer, la prit finalement et la serra dans son poing. L’homme prit le bijou du client suivant. La femme hésitait encore, mais fut finalement repoussée par les autres.
Marie Bollard tripotait les bijoux dans sa poche de manteau. Elle se mordit les lèvres avant de faire volte-face.
Décontenancée, elle se tenait là, dans la pagaille et la cohue. Elle n’était pas encore prête pour ce genre de commerce d’usure. La foule autour de l’orateur s’était agrandie, jusqu’à occuper la moitié de la place. Ils hurlaient en chœur ce que Marie Bollard ne comprit qu’après quelques répétitions.
« À manger ! À boire ! Le peuple est dans la rue ! »
Shannon entendit les bruits de moteur avant d’apercevoir le véhicule. Apparut alors un camion sur sa gauche.
« Espérons que ce n’est ni l’armée ni la police, marmonna Manzano. S’ils ont notre signalement…
— D’après la couleur, je ne crois pas, rassura Shannon. On essaye. » Et il était trop tard pour se cacher.
Elle tendit son bras, le pouce en l’air.
Elle distingua deux personnes dans la cabine. Le camion s’arrêta à leur côté. À travers la vitre ouverte, un homme jeune aux cheveux courts et portant une barbe de plusieurs jours les regarda. Il posa une question que l’Américaine ne comprit pas. Ils durent demander à leur interlocuteur s’ils parlaient anglais. L’inconnu acquiesça, non sans les dévisager curieusement. Il finit par ouvrir la portière et leur tendre la main. Shannon aida d’abord Manzano à grimper, puis embarqua à son tour.
Au volant, un homme plus âgé, bedonnant, lui aussi affichant une barbe de plusieurs jours.
« Voici Carsten, fit le plus jeune. Et moi, c’est Eberhart. »
Il faisait chaud à bord. Derrière les sièges des deux hommes se trouvait une banquette suffisamment grande pour accueillir les deux naufragés et leurs maigres effets.
Une fois qu’ils eurent attaché leurs ceintures, le chauffeur passa une vitesse et le poids lourd se mit péniblement en route. Manzano, affalé contre la paroi de l’habitacle, ferma les yeux.
« Nous sommes reporters, indiqua Shannon. Au cours de nos investigations, notre voiture est tombée en panne sèche…
— Un reportage qui vous a donné du fil à retordre, à en croire l’état de votre collègue, dit Eberhart en désignant la blessure à la tête de Manzano.
— Accident de voiture… à cause des feux…, précisa l’Italien, disant la vérité.
— … notre hôtel a fermé il y a quelques jours, continua Shannon. Là, nous voulons rallier Bruxelles. »
Au même moment, elle réalisa à quel point ce qu’elle venait de dire semblait stupide.
« Ha ! Ha ! Ha ! Et vous croyez que l’Union va vous aider ? » rigola Eberhart.
« Nous devons décider sans plus tarder ce que nous disons aux Russes, intima le chancelier. Sous deux heures décollent les premiers avions.
— Nous ne savons encore rien des instigateurs, répondit le ministre de la Défense.
— Chaque aide nous est précieuse, tempéra Michelsen. Et au nom de quoi pourrions-nous les arrêter maintenant ? Et, par ailleurs, pourquoi refuser l’aide russe et non la turque ou l’égyptienne ?
— Et si les Russes sont derrière tout ça ?
— Avec des si… », s’emporta Michelsen. Elle en avait soupé des objections de ceux qui voyaient la guerre partout. Dès le début, le ministre de la Défense avait soutenu les thèses en faveur d’un conflit armé, tandis que le chancelier se complaisait en manœuvres dilatoires, sans vouloir exclure la thèse de l’attentat terroriste, à la suite de l’attaque menée contre les États-Unis. Seul le ministre de l’Intérieur était avec elle. D’ailleurs, lui aussi sortait de ses gonds.
« La Russie n’envoie dans cette première livraison que de l’aide civile, souligna-t-il. Seul le haut commandement militaire assure la coordination des forces armées. »
Tous les officiels présents savaient pertinemment que, lors d’une telle discussion, les jeux de pouvoir étaient plus importants que les arguments raisonnés. Le ministre de l’Intérieur était le chef de la police. Cette dernière était en charge des investigations dans les affaires de terrorisme. Depuis l’attaque contre les États-Unis, le ministre de la Défense tentait sa chance. En tant que président d’un parti de faible poids au sein de la coalition gouvernementale, il pourrait, en cas de guerre, comme responsable des armées, gagner significativement en importance, y compris aux dépens du chancelier. Michelsen avait presque le sentiment que ce type serait capable de provoquer un conflit majeur rien que pour assouvir sa soif de pouvoir.