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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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Damien se sentit soulagé.

— Le voleur a opéré seul, il était très agité mais a tout avoué sans difficultés.

— Pourquoi avoir agressé Lavigne ?

— Pour avoir les coudées franches le temps qu’il opérait. Yann Morlaix l’a chopé dans la librairie en train de fouiner et de rôder autour du coffre-fort. Pris en flagrant délit. Morlaix a appelé le commissariat qui a dépêché une patrouille illico presto. En quelques minutes, le voleur était sous les verrous. Lavigne pourrait bien être accusé de recel, il a du souci à se faire, le libraire.

Escoffier objecta :

— Il faudrait demander des comptes au brocanteur, Victor Lebrognec, c’est lui qui devait prendre soin de la statuette, pas Lavigne.

— Les collègues des biens culturels s’en occupent. Ughetti et Pichot sont partis les rejoindre avec les dossiers sous le bras.

Arrosteguy se tourna vers Damien.

— À présent nous savons que le libraire est hors de danger, demain matin Bérangère sera libérée. Ughetti veut les garder au chaud jusqu’à demain au cas où. Il lui a passé un de ces savons au libraire, par téléphone, à cause de cette statuette. Lavigne faisait dans son froc.

Damien Escoffier sentit son cœur s’emballer à l’idée de revoir Bérangère bientôt.

40

Boulevard Saint-Germain, Bérangère et Lavigne finissaient de dîner dans le silence. Depuis que le commissaire avait appelé pour les tenir au courant des derniers rebondissements, chacun cogitait dans son coin. Le propriétaire du Point-Virgule alla se caler dans un fauteuil du salon, un livre à la main, laissant Bérangère à la cuisine. La jeune femme lui apporta un café pour détendre l’atmosphère.

— Vous êtes d’une humeur de chien, ce soir.

— Écoutez, Bérangère, je n’ai pas canardé du CRS en 68 pour me faire manipuler par une femme flic, trente-huit ans plus tard, si charmante soit-elle.

— C’est bien ce que je disais, vous êtes mal luné.

— Je n’ai pas aimé le ton de votre supérieur, ce monsieur Ughetti. Il se prend pour Rambo, c’est exactement le genre de leucocyte que je déteste.

Bérangère sourit malgré elle.

— Mettez-vous à sa place, la situation se complique. Vous voilà impliqué dans une affaire de recel d’œuvre d’art à présent, avouez que vous ne nous facilitez pas la tâche.

— D’une part, j’ignorais que cette statuette fût volée, d’autre part, elle ne devait rester chez moi que deux ou trois jours. Des événements imprévus ont changé la donne, répondit Lavigne sèchement, vous voyez peut-être à quoi je fais allusion. Je ne comprends pas pourquoi votre commissaire s’obstine à nous séquestrer.

— Nous serons libres dès demain, le commissaire veut juste s’assurer que vous ne courez aucun risque en sortant d’ici.

— Libre, vous en avez de bonnes, vous ! Je vais passer à la question chez vos collègues des biens culturels. Que voulez-vous que je leur réponde, moi ?

— La vérité, monsieur Lavigne.

L’homme fatigué changea de ton :

— Pardonnez-moi, Bérangère, je m’emporte.

— Je ne vous en veux pas, soyez sans crainte.

Lui jetant un regard presque paternel, le libraire ajouta :

— Je dois avouer que votre compagnie m’a été particulièrement agréable ces derniers jours. Mon sort a été adouci par votre présence. Je vais beaucoup regretter nos bavardages, Bérangère.

Depuis trois jours qu’ils étaient enfermés dans cet appartement, Bérangère sentait que l’isolement lui faisait perdre ses repères ; elle devait se concentrer pour se remémorer la chronologie des événements. Lavigne était soulagé de savoir que ce n’était pas son propre fils qui avait attenté à sa vie. La jeune femme espérait secrètement que le père et le fils pourraient un jour se rencontrer, se parler. Elle devinait un changement dans la personnalité du libraire : imperceptiblement, l’homme reprenait confiance en lui, renouait avec la vie, et sans modestie, elle s’attribuait partiellement le mérite de cette transformation.

41

Du haut de sa tour, l’homme admirait la nuit qui avait jeté son voile sombre sur la ville frileuse. C’était la saison qu’il préférait, celle qui contenait en germe la folie printanière que l’on sentait poindre discrètement au bout des arbres, dans les bourrelets minuscules où se lovaient les bourgeons à venir. Et c’était le moment qu’il aimait le plus également, celui où la ville se calmait, du moins en apparence. Du regard, il embrassa la vue éclairée par la lumière lunaire : le ruban du périphérique se perdait au loin, Ménilmontant dégringolait sur le flanc de Charonne, et les immeubles de la porte de Bagnolet dardaient leurs pointes vers un groupe de nuages. Il oubliait les vexations, les humiliations déposées au fond de son âme comme des couches géologiques qui n’en finissaient pas de travailler en silence. Il s’inventait une autre vie dès que la nuit tombait. Alors, il partait à travers les rues, il allait seul, prisonnier de son délire.

Ce soir, il avait pris la décision de descendre dans son abri et de s’y installer pour la nuit, juste pour voir s’il tiendrait le coup. Il enfila un blouson, chaussa ses tennis, prit son sac à dos avant de descendre au sous-sol où l’attendait sa voiture.

Parvenu au pied de Montmartre, il gara son véhicule dans une ruelle et ferma discrètement la portière. Seul dans les rues, son sentiment de puissance s’épanouissait, grandissait au fur et à mesure qu’il marchait. Il connaissait ce quartier par cœur, à force de l’explorer jusque dans ses squares, ses impasses, ses coins secrets, presque centimètre par centimètre. Il monta le grand escalier menant au Sacré-Cœur. Quand il atteignit le parvis de la basilique, il se retourna face à la ville illuminée et sourit. Des bruits montaient jusqu’à lui, il les identifiait : une mobylette pétaradante dans le lointain, les paroles étouffées de noctambules sortant d’un théâtre, les talons d’une femme sur le pavé.

Un clochard s’approcha de lui en boitant, prêt à quémander. Quand l’homme le regarda fixement, le SDF, terrorisé par ce regard inquiétant, s’éclipsa, pauvre Quasimodo persuadé qu’il venait de croiser le diable en personne. Il dévala les marches en haletant, sans demander son reste.

De nouveau, l’homme fut seul dans la nuit. Il escalada la grille d’un square longeant le funiculaire. On entendit un chien aboyer près du marché Saint-Pierre, puis la butte plongea dans ce silence profond qui accompagne toujours les heures précédant l’aurore. L’homme disparut, il n’y eut plus aucune trace de son passage sur la terre qui l’avait englouti vivant.

Quelques heures plus tard, Montmartre s’éveillait, la bouche pâteuse, la tête pleine de songes, tous plus fous les uns que les autres.

42

Depuis leur séparation, la complicité entre Damien et Bérangère s’était métamorphosée en une relation particulière où s’entremêlaient les sentiments amoureux, l’attrait que peuvent éprouver entre eux des êtres de sexe opposé, et un intérêt commun pour leur profession. Peut-être fallait-il y ajouter une passion partagée pour la chasse à l’homme.

Arnaud Benavent avait tenu à les inviter à dîner, ce samedi soir, dans son appartement toujours investi par les cartons de déménagement. Entre son ami et Bérangère, le courant passait bien, constatait Damien, satisfait. La jeune femme et le criminologue discutaient à bâtons rompus.

— Dans une enquête, l’évidence est toujours indirecte et circonstancielle, disait l’un.

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