Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
Une vraie ville fantôme, songea Kindle, et pourtant personne n’était parti. Alors, où étaient-ils, que faisaient-ils, tous ces gens ?
Il se gara en stationnement interdit. Hors-la-loi, anarchistes du monde, unissez-vous… Il sortit péniblement de sa boîte à sardines, pestant quand son genou heurta le levier de vitesses.
Causgrove avait raison : la porte d’entrée du magasin était fermée, mais celle donnant sur la ruelle, à l’arrière, s’ouvrit sans difficulté.
Sitôt qu’il eut appuyé sur l’interrupteur, Kindle se rendit compte qu’il ne serait pas aisé de trouver ce qu’il cherchait. Les étagères étaient surchargées de boîtes noires avec, pour toute indication, des numéros de série longs comme le bras. Dedans, des appareils et pièces de toutes sortes, de toutes marques.
— J’aurais dû me renseigner, dit-il à voix haute.
— Il suffit de savoir ce que vous cherchez.
Surpris par cette voix, il se tourna d’un geste instinctif, pivotant sur son pied gauche. Une douleur aiguë le cloua sur place.
— Bordel ! jura-t-il en s’appuyant contre un comptoir. Mais qui est là, nom de Dieu ?
C’était Joey Commoner.
Joey émergea de derrière le comptoir sombre. Il avait tout de la petite frappe, songea Kindle, sauf le côté dangereux. Le genre de gosse de banlieue qui se donne des allures de dealer mais qui ne peut pas avaler la fumée de sa cigarette sans tousser. Les mains dans les poches de son blouson de cuir, il considérait Kindle avec une expression qui se voulait mystérieuse.
— Je savais que vous viendriez, dit-il.
— Tu m’attendais ?
— C’est ce que vous avez dit à la réunion, hier…
— Eh bien ?
— Je me suis douté que vous seriez paumé, pour choisir.
Kindle releva les yeux sur les étagères. Le gosse avait vu juste.
— Alors t’es venu m’aider ou tu veux seulement te foutre de ma poire ?
— Vous avez besoin d’un émetteur-récepteur, répondit Joey.
— Montre-m’en un.
Joey s’écarta du comptoir et s’approcha d’une rangée d’étagères. Toujours plus de grosses boîtes noires. Des micros étaient accrochés sur certaines d’entre elles.
— Vous voulez mettre combien ? demanda Joey.
— Tu vois quelqu’un derrière la caisse ?
— Alors on le pique ?
— Pas tout à fait. J’ai appelé le propriétaire. Il m’a gentiment convié à prendre ce qui me ferait plaisir.
— À l’œil ?
— Pas besoin de liquide, ni de carte de crédit.
— Merde alors… C’est dément. Je savais bien que ces gens n’étaient pas humains.
Il reporta son attention sur la marchandise.
— Donc, on va prendre ce qu’il y a de mieux, non ?
Il posa un énorme appareil sur le comptoir. Un nom japonais y figurait, à côté d’une rangée de touches, de boutons et de graffitis techniques.
— C’est un émetteur-récepteur de trois cents watts. Il y en a de plus puissants, mais je pense pas que ça nous servirait.
— Tu t’y connais en radio ? demanda Kindle. Et pourquoi tu n’as rien dit à la réunion ? Ça m’aurait évité de m’emmerder.
— Je sais pas grand-chose. Je connais surtout la théorie. Je sais comment les radios marchent, mais j’ai jamais eu de licence ou de truc comme ça.
— T’es quand même plus fort que moi. Bon, qu’est-ce qu’on prend d’autre ?
— Peut-être le manuel ARRL…
— Lequel ?
— Celui qu’est sur l’étagère, là. Qu’est aussi épais qu’un bottin.
Kindle grimaça. La douleur commençait à devenir vraiment intolérable.
— Tu sais quoi ? Je vais porter le manuel et je te laisse prendre l’appareil.
— C’est un émetteur-récepteur.
— Oui, bon, si tu veux. Alors prends ce foutu émetteur-récepteur, tu veux ?
Joey sourit.
— Vous auriez dû apporter votre fauteuil roulant.
— C’est ça, fous-toi de moi, petit con.
Joey porta le tout dans le coffre de la voiture.
— Merci de ton aide, dit Kindle.
— Il vous faudra d’autres choses, encore.
— Tu crois ?
— Faites marcher vos méninges. Vous voulez installer une station. Pour ça, il faut plus qu’une boîte. Il faut aussi…
— … une antenne.
C’était évident. Il se sentit vaguement stupide.
— Et merde… Tu t’y connais, toi, en antennes ?
— Ça devrait pas être trop dur à voir ce qu’il faut.
— Ils en ont aussi, ici ?
— Oui, mais pour ça il faudrait qu’on revienne avec un camion ou je sais pas… Avec un engin de trois cents watts, c’est pas un petit modèle, qu’il nous faut. Et il faut de l’espace, pour l’installer.
— Et si tu t’en occupais pendant que je rentre chez moi ?
Joey eut un mouvement de recul.
— Je me suis pas porté volontaire pour ça.
— Non, mais… c’est pas ce que je voulais dire…
— Merde, quoi ! Si c’est pour faire votre boulot, allez vous faire foutre !
— Non, tu ne…
— Je voulais juste donner un coup de main.
— Eh bien donne-le !
Kindle referma le coffre.
— On va pas rester là à dégouliner sous cette chienlit de pluie. On reviendra avec un camion. Mais demain, ou après, d’accord ? J’ai mal à ma jambe.
Joey haussa les sourcils.
— Vous l’avez cassée ?
— Ouais.
— Comment ?
— Je suis tombé de la montagne.
— Sans blague ? Vous avez l’air trop vieux pour faire de l’escalade.
Kindle, en soupirant, sortit un bloc de sa poche.
— Écris-moi ton numéro. Je t’appellerai, pour l’antenne.
— Je vous ai prévenu : je fais pas le boulot à votre place.
— Je te demande pas de bosser, bon Dieu ! T’auras juste à me montrer ce qu’il faut prendre.
— J’aime bien l’électronique, c’est tout, dit-il.
Il inscrivit tout de même son numéro.
On pouvait suivre un match de base-ball à la télévision, ce soir-là. Il y avait eu une longue période d’interruption après Contact, puis la saison avait repris là où elle en était restée. Les championnats se poursuivraient jusqu’en hiver, mais dans les stades couverts.
Kindle regardait régulièrement tous les matches. Le reste, depuis Contact, était digne d’un festival de l’étrange. Voire d’horreur. Même les événements tels que les vols de secours à destination du tiers monde. L’intention était louable, naturellement, mais il y avait quelque chose d’angoissant dans la manière rigoureuse dont s’étaient déroulées les opérations. Ces avions militaires en formation triangulaire vous faisaient froid dans le dos, même s’ils ne transportaient que des céréales.
À présent, ces vols semblaient avoir cessé. À priori, on pouvait en conclure que les populations déshéritées du monde avaient trouvé une nouvelle façon de s’en sortir… à moins qu’elles n’aient « décorporé » pour de bon, comme on disait dans sa jeunesse. Nourrir les pauvres avait été un acte généreux ; un pont menant à ce millénium mystérieux, dont personne jamais ne parlait mais que Kindle sentait maintenant fondre sur lui à la vitesse d’une locomotive emballée.
Mais les matches se poursuivaient. Le basket n’avait pas repris, la saison du football était terminée, mais le sort du base-ball avait été décidé dans quelque colloque télépathique. Les championnats seraient joués, contre vents et marées.