Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Non supplici�, ce qui est d'un homme, mais avort�. J'eusse ais�ment �t� cruel, dans cet ennui de mon jardin o� j'allais � pas vides exactement comme quelqu'un qui attend quelqu'un. Et qui persiste dans un univers provisoire. J'adressais bien des pri�res � Dieu mais ce n'�taient point des pri�res, car elles ne montaient point d'un homme, mais d'une apparence d'homme, cierge pr�par� mais sans flamme. �Ah! que rentre en moi ma ferveur�, disais-je. Sachant que la ferveur n'est fruit que du n�ud divin qui noue les choses. Il est alors un navire gouvern�. Il est une basilique vue. Mais qu'est-il, sinon mat�riaux en vrac, si tu ne sais plus lire � travers, ni l'architecte ni le sculpteur?
C'est alors que je compris que celui-l� qui reconna�t le sourire de la statue ou la beaut� du paysage ou le silence du temple, c'est Dieu qu'il trouve. Puisqu'il d�passe l'objet pour atteindre la clef, et les mots pour entendre le cantique, et la nuit et les �toiles pour �prouver l'�ternit�. Car Dieu d'abord est sens de ton langage et ton langage, s'il prend un sens, te montre Dieu. Ces larmes du petit enfant, si elles t'�meuvent, sont lucarne ouverte sur la pleine mer. Car voil� que retentissent sur toi non ces seules larmes mais toutes les larmes. L'enfant n'est que celui qui te prend par la main pour t'enseigner.
�Pourquoi m'obligez-vous, Seigneur, � cette travers�e de d�sert? Je peine parmi les ronces. Il suffit d'un signe de Vous pour que le d�sert se transfigure, et que le sable blond et l'horizon et le grand vent pacifique ne soient plus somme incoh�rente mais empire vaste o� je m'exalte, et qu'ainsi je sache Vous lire � travers.�
Et m'apparut que Dieu se lit �videmment � son absence s'il se retire. Car il est pour le marin signification de la mer. Et pour l'�poux signification de l'amour. Mais il est des heures o� le marin s'interroge: �Pourquoi la mer?� Et l'�poux: �Pourquoi l'amour?� Et ils s'occupent dans l'ennui. Rien ne leur manque sinon le n�ud divin qui noue les choses. Et tout leur manque.
�Si Dieu se retire de mon peuple, pensais-je, comme il s'est retir� de moi, j'en ferai les fourmis de la fourmili�re, car ils se videront de toute ferveur. Lorsque les d�s se vident de sens il n'est plus de jeu possible.�
Et je d�couvris que l'intelligence ne te servira ici de rien. Tu peux certes raisonner sur l'arrangement des pierres du temple, tu ne toucheras point l'essentiel qui �chappe aux pierres. Et tu peux raisonner sur le nez, sur l'oreille et les l�vres de la statue, tu ne toucheras point l'essentiel qui �chappe � l'argile. Il s'agissait de la capture d'un dieu. Car il se prend avec des pi�ges qui ne sont point de son essence.
Lorsque j'ai, moi sculpteur, fond� un visage, j'ai fond� une contrainte. Toute structure devenue est contrainte. Lorque j'ai saisi quelque chose j'ai nou� un poing pour le garder. Ne me parle pas de la libert� des mots d'un po�me. Je les ai soumis les uns aux autres selon tel ordre qui est mien.
Il peut se faire que mon temple on le jette � bas pour user de ses pierres en vue d'un autre temple. Il est des morts et des naissances. Mais ne me parle pas de la libert� des pierres. Car alors il n'est point de temple.
Je n'ai point compris que l'on distingue les contraintes de la libert�. Plus je trace de routes, plus tu es libre de choisir. Or chaque route est une contrainte car je l'ai flanqu�e d'une barri�re. Mais qu'appelles-tu libert� s'il n'est point de routes entre lesquelles il te soit possible de choisir? Appelles-tu libert� le droit d'errer dans le vide? En m�me temps qu'est fond�e la contrainte d'une voie, c'est ta libert� qui s'augmente.
Sans instrument tu n'es point libre dans la direction de tes m�lodies. Sans obligation de nez et d'oreilles tu n'es point libre du sourire de ta statue. Et celui-l� qui est fruit subtil de civilisations subtiles se trouve enrichi de leurs bornes, de leurs limites et de leurs r�gles. On est plus riche de mouvements int�rieurs dans mon palais que dans le pourrissoir de la p�gre.
Or, de l'une � l'autre la diff�rence r�side d'abord en l'obligation, comme du salut au roi. Qui veut monter dans une hi�rarchie, et s'enrichir d'�prouver plus, prie d'abord qu'on le contraigne. Et les rites impos�s t'augmentent. Et l'enfant triste, s'il voit jouer les autres, ce qu'il r�clame d'abord c'est qu'on lui impose � lui aussi les r�gles du jeu qui seules le feront devenir. Mais triste est celui-l� qui �coute sonner la cloche sans qu'elle exige rien de lui. Et quand chante le clairon tu es triste de ne point devoir te mettre debout, mais tu le vois heureux celui-l� qui te dit: �J'ai entendu l'appel qui est pour moi et je me l�ve.� Mais pour les autres il n'est chant de cloche ni de clairon et ils demeurent tristes. La libert� pour eux n'est que libert� de ne point �tre.
LXXXIV
Ceux-l� qui m�langent les langages se trompent, car, certes, il peut manquer �� et l� une �pith�te comme d'un certain vert qui est celui de l'orge jeune et peut-�tre la trouverai-je dans le langage de mon voisin. Mais il s'agit ici de signes. Ainsi puis-je d�signer la qualit� de mon amour en disant que la femme est belle. Ainsi puis-je d�signer la qualit� de mon ami en parlant de sa discr�tion. Mais ainsi je ne porte rien qui soit mouvement de la vie. Mais consid�ration sur l'objet tel que mort.
Il est certes des peuples qui ont construit une qualit� de qualit�s diverses. Qui ont donn� un nom � un autre dessin dessin� � travers les m�mes mat�riaux. Et qui ont un mot pour le dire. Ainsi, peut-�tre est-il un mot possible pour d�signer la m�lancolie qui sans raison te prend le soir devant ta porte, quand le soleil cesse de br�ler et que la nuit doit bient�t te mettre en veilleuse, laquelle est crainte de vivre � cause du souffle des enfants toujours si pr�s de se changer en souffles trop courts de maladie, comme de la montagne � gravir, quand te vient cette crainte qu'ils renoncent et que tu aimerais les prendre par la main pour les aider. En ce mot-l� serait l'expression de ton exp�rience et le patrimoine de ton peuple s'il se trouvait qu'il f�t souvent � employer.
Mais ainsi je ne transporte rien que tu ne saches. Et mon langage dans son essence n'est point fait pour charrier des touts d�j� devenus, comme de peindre en ros� la fleur, mais de construire � l'aide des mots les plus simples des op�rations qui te nouent, et non de dire celle-l� belle, mais qu'elle faisait le silence dans le c�ur comme un jet d'eau d'api�s-midi.
Et tu dois tenir aux op�rations que rend possibles le g�nie de ton peuple et qui nouent selon son g�nie, de m�me que la trame des corbeilles d'osier ou des filets de la mer. Mais si tu m�langes les langages, loin d'enrichir l'homme, tu le vides, car au lieu d'exprimer la vie dans ses op�rations tu ne lui proposes plus que des op�rations d�j� faites et us�es, et au lieu de me dire la d�couverte que provoque en toi ce certain vert, et comment t'alimente et te change la vue de l'orge jeune quand tu reviens de ton d�sert, te voil� qui te sers d'un mot offert d�j� comme provision et qui, te permettant de d�signer, t'�pargne de saisir.
Car vaine �tait ta pr�tention de me d�nommer toutes les couleurs en en prenant les noms l� o� elles sont d�sign�es et tous les sentiments en prenant leurs noms l� o� on les �prouve et o� un mot r�sume l'exp�rience subie par des g�n�rations et toutes les attitudes internes, comme le go�t du soir, en les prenant l� o� le hasard les a fait �noncer. Croyant enrichir l'homme de la possession de ce charabia universel. Quand la seule v�ritable richesse et divinit� de l'homme n'�taient point ce droit � la r�f�rence du dictionnaire, mais bien de sortir de soi, dans son essence, ce que pr�cis�ment il n'est point de mot pour dire, sinon d'abord tu ne m'apprendrais rien, sinon ensuite il faudrait plus de mots qu'il n'est de grains de sable le long des mers.