L'homme au ventre de plomb
- Автор: Паро Жан-Франсуа
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: 10-18 Editions Jean-Claude, Lattes
- ISBN: 2-264-03176-X
- Жанр: Исторические детективы
Электронная книга - «L'homme au ventre de plomb». Краткое содержание книги:
« Les aventures de ce nouveau limier se distinguent par leurs qualités littéraires et la singularité du personnage et de son siècle. »
Télé Journal
— Docteur, criait Bourdeau, surtout n’écrasez pas les marrons. On doit en retrouver de gros morceaux qui se brisent encore légèrement sous la dent. Veillez-y !
— Ne voilà-t-y pas le Châtelet qui voudrait en remontrer à la Faculté ! Découpez vos lardons et faites-les-moi suer gentiment. Qu’ils chantent, les bougres ! Et pour les précautions, prenez garde à ne pas roussir l’ail ! Quant au chou…
Nicolas intervint en imitant Catherine et son accent.
— Zurdout, brenez garde à le bien ébouillanter et à jeter l’eau première ! Ensuite, à betit bouillon de telle sorte que le tout resde un heu croquant !
Les deux compères se retournèrent.
— Mais c’est Nicolas qui prend la recette en marche !
— J’espère, renchérit Bourdeau, qu’il n’a pas faim. Je doute que nous en ayons jamais assez !
Ils éclatèrent de rire. Semacgus servit du vin. Nicolas s’enquit du menu.
— Nous avons des perdrix à l’étouffée, une longe de porc à la broche et des choux fricassés aux lardons et aux marrons : un mélange que j’ai mis au point et dont vous vous pourlécherez. La suavité du marron liée à la légère amertume du chou, relevée de poivre et de girofles et enveloppée dans le gras du lard. Le moelleux ajouté au tendre. Et Bourdeau nous a apporté un panier de bouteilles de Chinon…
— Vous m’en direz tant, fit Nicolas. À cela, il faudra ajouter une tarte aux poires et au massepain de la bonne Catherine.
Le souper fut bientôt prêt et servi par Awa, qui avait revêtu pour l’occasion un éclatant boubou de damas de son Saint-Louis natal. La table dressée dans le cabinet de travail de Semacgus paraissait un havre de lumière et de gaieté au milieu des livres, des squelettes, des fossiles, des bocaux et des mille curiosités rapportées par le maître de maison de ses expéditions lointaines. Nicolas avait rarement vu Bourdeau aussi joyeux, rubicond et l’œil éméché. Il ne laissait sa place à personne pour conter des grivoiseries, à la satisfaction du chirurgien, grand amateur d’histoires salaces. Le sommet fut atteint dans le rire gargantuesque qui suivit le récit par Semacgus de l’histoire du koumpala farci.
— Imaginez, disait-il, l’évêque nous conviant à dîner, moi et le gouverneur, et tellement impatient de nous faire apprécier les talents de sa cuisinière, une signare du plus bel effet et d’un âge fort peu canonique. Elle avait prévu de faire du koumpala.
— Qu’est-ce que cet animal-là ? dit Bourdeau.
— Imaginez un crabe qui monte aux arbres.
— Je crois que c’est le Chinon qui monte à la tête ! dit Bourdeau.
— Nullement. Le koumpala monte au cocotier durant la nuit. C’est là qu’on le surprend. Il faut ensuite le faire jeûner comme les escargots pour le purger des mauvaises plantes qu’il aurait pu manger. Ensuite, on l’ébouillante, on le travaille avec des herbes locales et du piment, le plus fort que l’on trouve. On passe le tout au four et c’est un plat qui…
— … rend les hommes debout ! cria Awa, en montrant ses belles dents blanches.
— Elle connaît l’histoire, dit Semacgus.
— Et alors ? dit Nicolas qui ne comprenait pas.
— Et alors, dit Semacgus, eh bien, on retrouva l’évêque dans le lit de sa servante le lendemain matin : c’est un plat qui aurait fait bander M. de Gesvres !
La soirée se termina fort tard devant le traditionnel carafon de vieux rhum. Bourdeau fut porté à sa couche par ses deux amis mais, au moment de sombrer dans l’inconscience, il essaya de parler à Nicolas. L’œil éteint et levant un doigt, il tenta de s’expliquer.
— Nicolas…
— Oui, mon ami.
— J’ai vu le cocher. Le cocher du ministre de Bavière.
— C’est très bien, mon ami.
— Il en a vu de belles… La face… La face…
Il s’écroula sans terminer sa phrase. Bientôt la maison retentit de trois ronflements, tandis qu’Awa s’affairait tard dans la nuit à tout remettre en ordre.
X
LE LABYRINTHE
Quels étaient mes égarements !
Tous passent la fatale barque,
Dit-il. Plus ces lieux sont charmants
Plus on y doit craindre la Parque.