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L'homme au ventre de plomb

Электронная книга - «L'homme au ventre de plomb». Краткое содержание книги:

Fin de l’année 1761 : la guerre de Sept Ans prend une tournure de plus en plus désastreuse, l’expulsion des jésuites est en discussion et la marquise de Pompadour vit ses derniers temps de faveur. Nous retrouvons Nicolas Le Floch à la première des Paladins de Rameau à l’Opéra, à laquelle assiste Madame Adélaïde, une des filles de Louis XV. Durant la représentation, le comte et la comtesse de Ruissec, qui accompagnaient la princesse, sont informés du suicide de leur fils, et Nicolas suit son maître Sartine jusqu’à l’hôtel des malheureux parents, où il va faire de bien curieuses constatations. Nicolas découvre bientôt que ces meurtres paraissent liés à un complot jésuite. Mais ne s’agit-il pas là de fausses apparences, d’une manipulation compliquée des divers partis qui s’affrontent secrètement à la Cour ?
« Les aventures de ce nouveau limier se distinguent par leurs qualités littéraires et la singularité du personnage et de son siècle. »
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Peu avant d’arriver à destination, il entendit un bruit étrange, un claquement irrégulier suivi de longs grincements. Il se dirigea au son et tomba pile devant la porte en rondins du hangar. C’était elle qui battait, poussée par le vent. Nicolas, après s’être assuré que son épée jouait bien dans son fourreau, frappa. N’obtenant pas de réponse, il entra dans la grange.

Au début, il ne distingua pas grand-chose. Une petite ouverture, taillée dans l’épaisseur de la paroi, ne laissait passer qu’une pauvre lumière. Il devina un amoncellement d’objets disparates. Le bâtiment, assez étroit, était étonnamment profond. Nicolas continuait d’avancer, toujours surpris par les claquements et les grincements de la porte qui scandaient sa progression. Des hennissements lointains le firent sursauter ; il se tint sur ses gardes. Il était maintenant dans le noir le plus total. Une autre impression, s’ajoutant à l’angoisse de l’obscurité, s’imposa : une odeur métallique qu’il connaissait trop bien.

Il fit encore quelques pas et sentit sous son pied une matière visqueuse. Il se baissa vers le sol et le toucha de sa main. Il recula horrifié et repartit en toute hâte vers la sortie pour vérifier son appréhension. Dans la lumière de la forêt, sa main lui apparut pleine de sang. Le rythme de son cœur s’accéléra si fort qu’il dut s’appuyer, la respiration lui faisant soudain défaut. Quelle horreur allait-il encore devoir affronter à l’intérieur de cet antre ?

L’atelier, à première vue, semblait abandonné, mais il fallait s’en assurer. Il s’efforça au calme, et le serviteur du roi reprit le dessus. Il devait régler cette affaire seul. Le drame se reliait sans doute à l’ensemble de son enquête, mais il s’était déroulé en terre royale, dans le grand parc. S’il allait chercher des secours sur l’instant, tout deviendrait public. Or, il sentait qu’il fallait maintenir le secret et éviter tout scandale.

Il chercha autour de lui de quoi tailler une torche. Un vieux pin lui offrit une de ses branches encore imprégnée de résine. Il recueillit de la mousse sèche qu’il humecta avec la sève poisseuse, battit le briquet et réussit, en soufflant doucement, à enflammer la mousse. Une courte flamme bleue avec des accès jaunes jaillissait maintenant à l’extrémité de son flambeau. Le parfum âcre de la résine se mélangea à l’air embaumé de l’automne.

Il pénétra de nouveau dans l’atelier, et ne vit d’abord qu’un amoncellement de bûches et lingots de plomb entassés les uns sur les autres. La torche grésillait et produisait autant de fumée que de lumière. Il trouva sur un établi couvert d’outils une chandelle fichée dans un morceau de plomb grossièrement travaillé. Il l’alluma et éteignit la torche sur le sol. Son champ de vision s’élargit. Il progressa vers le fond de l’atelier, et repéra aussitôt la flaque sombre du sang qui lui parut immense. Puis, il perçut des murmures, comme des paroles chuchotées. Cherchant à s’orienter il finit par découvrir une petite porte basse au fond de l’atelier. Il s’en approcha, en tourna le bouton avec précaution, la tira à lui. Un étroit boyau de quelques toises conduisait à une autre porte ; c’était derrière celle-ci qu’on parlait. Tout contre l’huis et les sens aux aguets, il écouta :

— Direz-vous, à la fin, à un mourant ce que tout cela signifie ?

Nicolas reconnut la voix du comte de Ruissec. Une sorte de râle crépitant coupait chacun de ses propos. Par quel mystère se trouvait-il là, alors qu’il était censé accompagner le convoi de sa femme et de son fils ? Une autre voix s’éleva.

— J’ai attendu ce moment bien longtemps. Vous voilà enfin à ma merci. Après le fils, l’épouse, voici le père et le mari…

— Mais quelle traîtrise est-ce là ? Notre but n’était-il pas commun ?

La seconde voix murmura quelque chose que Nicolas ne parvint pas à saisir. Le comte de Ruissec poussa un grand cri. Nicolas s’apprêtait à bondir pour ouvrir la seconde porte, il avait déjà la main sur la poignée de son épée, quand un choc violent le frappa derrière la tête. Il s’effondra, assommé.

La voix de Bourdeau s’élevait, claire et distincte, mais elle lui paraissait irréelle. Ses mains s’agitaient et s’accrochèrent à de l’herbe. Ce contact, et l’odeur de la végétation, le ramenèrent aussitôt à la réalité.

— Le voilà qui revient, docteur.

Nicolas ouvrit les yeux et vit l’inspecteur et Semacgus penchés sur lui, qui l’observaient avec inquiétude.

— Le gaillard est solide et ce n’est pas la première fois qu’on l’assomme. Ni la dernière, sans doute. Dure tête de Breton.

— Cela lui apprendra d’être aussi imprudent, renchérit Bourdeau.

Nicolas se redressa. Une petite flamme claire dansait devant ses yeux. Il tâta sa nuque, et sentit sous ses doigts une bosse de la taille d’un œuf de pigeon.

— Ne vont-ils pas m’assommer à nouveau tous les deux en m’abreuvant de leurs commentaires ? fit-il. Comment êtes-vous là, et que s’est-il passé ?

Bourdeau hocha la tête, l’air satisfait.

— Dieu soit loué, le voilà qui grogne ! M. de Sartine, qui tient à vous plus qu’il ne vous le dit, m’avait ordonné de ne vous plus quitter. Nous vous avons donc suivi, le docteur et moi, jusqu’à cette maison. Au moment où nous entrions, nous vous avons trouvé sans connaissance dans ce méchant couloir. Deux personnes se sont enfuies à cheval. Nous étions fous d’inquiétude, ayant pataugé dans le sang.

Il montra ses souliers souillés.

— Dieu soit loué, vous êtes sauf ! J’ai demandé au docteur de vous emmener dehors, et j’ai fait l’inspection des lieux. Derrière la porte où vous vous trouviez, j’ai découvert le corps du comte de Ruissec, proprement tué d’un coup de pistolet. Il avait l’épée à la main, mais aucune chance ne lui avait été laissée : arme blanche contre arme à feu. Toutefois, le combat a dû commencer dans l’atelier et son adversaire l’a traîné dans la pièce de derrière. Il apparaît qu’avant de succomber, il aurait blessé son agresseur. Des traces de sang conduisaient dans le potager où des chevaux attendaient.

— Rien d’autre ? dit Nicolas qui réfléchissait, enregistrant toutes ces nouvelles.

— Qui peut vous avoir agressé ?

— Ce n’était pas l’homme que j’ai entendu parler au comte de Ruissec, j’en suis sûr.

— Donc, il y avait trois personnes ici : le comte, son agresseur, et celui qui vous a frappé.

— Mais il y a plus grave, renchérit Bourdeau.

Il agitait une liasse de papiers.

— Dans une soupente, j’ai trouvé un vieux coffre. Il contenait des documents impressionnants en nombre, que seule l’urgence de la fuite a fait négliger d’emporter : de nouveaux plans du château, encore plus précis que ceux découverts à Grenelle, des libelles contre le roi et la Pompadour, et un projet de manifeste annonçant la mort du « tyran Louis XV ».

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