L'homme au ventre de plomb
- Автор: Паро Жан-Франсуа
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: 10-18 Editions Jean-Claude, Lattes
- ISBN: 2-264-03176-X
- Жанр: Исторические детективы
Электронная книга - «L'homme au ventre de plomb». Краткое содержание книги:
« Les aventures de ce nouveau limier se distinguent par leurs qualités littéraires et la singularité du personnage et de son siècle. »
Télé Journal
— Hier après-midi vers deux heures.
— Promenade ?
— Elle n’est pas rentrée depuis.
— Cela est-il bien assuré ?
— Elle fit une moue pleine de reproches.
— Nous croyez-vous si distraites de l’avoir laissée passer sans la voir ?
— Loin de moi un tel soupçon, mais samedi vous m’aviez dit que, plusieurs fois, vous ne l’aviez pas vue sortir.
L’air buté, elle rentra dans son jardin et lui claqua la porte au nez. Nicolas se dit qu’il ne retrouverait jamais une aussi bonne occasion. La grille de la maison de Mlle de Sauveté n’était pas fermée, juste poussée. Il traversa le jardin triste. La grande porte-fenêtre était close avec ses volets intérieurs tirés. Il fit le tour du pavillon. Sur le derrière, une porte en bois vermoulu lui parut propice à ses desseins. Il sortit de sa poche le petit instrument dont il usait avec dextérité et ne fut pas long à faire jouer la serrure. La porte s’ouvrit en grinçant, après qu’il l’eut débloquée d’un coup d’épaule mesuré, entraînant avec elle une épaisse toile d’araignée qui lui tomba sur la tête. Il s’ébroua, frémissant. Cet accès n’avait pas dû être utilisé depuis longtemps.
L’office aussi paraissait abandonné, avec ses tomettes disjointes qui basculaient sous les pieds. Les vitres sales laissaient entrer un jour diffus. Il tomba sur un couloir. Le reste de la maison était à l’avenant. Il visita le salon où il avait interrogé la fiancée du vicomte de Ruissec. Les meubles étaient vides ; dans leurs intérieurs moisis croupissaient toutes sortes de bêtes rampantes. Il découvrit une chambre en meilleur état. Le matelas était plié sur l’alcôve. Sur un guéridon traînaient une cafetière et une tasse. Il les examina. Dans l’armoire, il trouva des draps blanc écru, sans broderies ni initiales. Deux corps de robe étaient pendus, défroques tristes et surannées aux couleurs éteintes. Du tiroir d’une commode surgirent trois perruques de nuances différentes, de bonne facture. Il les respira longtemps. Puis il considéra avec intérêt trois paires de chaussures dont la taille l’intrigua. Il nota ces détails dans son calepin noir. La maison lui avait offert tout ce qu’elle pouvait lui donner. Il remit tout en place, referma soigneusement la serrure et regagna sa voiture. Sur son pas de porte, la vieille reparut ricanante et lui tira la langue.
Finalement, tout se déroula comme il l’avait envisagé. Il ne fut pas long à retrouver Gaspard dont l’activité principale semblait consister en la surveillance curieuse des lieux et des arrivants.
Grâce à l’un de ses semblables, le garçon bleu possédait ses entrées dans les appartements de Madame Adélaïde, proches de ceux du roi. Après avoir fait attendre un long moment Nicolas dans la cour de Marbre, il vint le chercher pour le mener jusqu’à une petite pièce éclairée par une fenêtre ronde, qui donnait sur les arrières des pièces de réception. Un homme sans âge et tout de noir vêtu attendait Nicolas. Il se présenta comme l’intendant de la princesse et ne parut pas étonné de découvrir un si jeune commissaire de police. Madame Adélaïde avait visiblement prévenu son serviteur de la démarche de Nicolas et lui avait donné toutes instructions et licence de répondre à ses questions dans l’affaire des bijoux dérobés. Son interlocuteur ne regardait pas Nicolas en face, et celui-ci s’aperçut qu’il était observé de biais grâce à son reflet dans un trumeau.
— Monsieur, commença-t-il, Son Altesse royale a dû vous indiquer les renseignements dont j’ai le plus urgent besoin pour mener à bien la mission qu’elle m’a confiée.
Sans répondre, l’homme sortit de sa poche deux feuilles de papier plié reliées par un ruban bleu pâle et les lui tendit. Nicolas y jeta un coup d’œil : c’était la liste des bijoux volés. Ils étaient décrits avec une infinité de détails et, en regard de chaque inscription, on pouvait admirer des croquis avec rehauts de gouache du plus bel effet. Il y reconnut aussitôt la bague à la fleur de lys sur champ de turquoises. L’intendant se tordait les mains, l’air gêné. Nicolas eut le sentiment qu’il souhaitait lui confier quelque chose, mais qu’il ne parvenait pas à se déterminer. Il décida de le brusquer un peu.
— Vous voulez sans doute ajouter quelque chose ? J’ai dans l’idée qu’un secret vous pèse.
L’homme le regarda, égaré. Il ouvrit plusieurs fois la bouche avant de répondre.
— Monsieur, il me faut vous confier quelque chose. Mais comprenez bien que je n’ai pu le faire auparavant. Quelle que soit la confiance dont m’honore la princesse, il est des bornes que je ne me permettrais jamais de franchir. Il faut savoir rester à sa place. Mais j’ai également le sentiment de dissimuler un fait d’importance qui pourrait ne pas être sans conséquence dans l’enquête que vous menez, monsieur le commissaire.
Nicolas lui fit signe de continuer.
— Monsieur, je nourris des soupçons. Un homme qui a ses ouvertures dans la maison de Madame pourrait avoir commis ces vols…
— De qui parlez-vous, monsieur ?
— J’ai vraiment des scrupules à le nommer. Mais le secret sera avec vous en de meilleures mains et vous saurez sans doute ce qu’il convient de faire avec. Il s’agit d’un garde du corps, un certain Truche de La Chaux. Notre bonne maîtresse, toujours si compatissante, s’est entichée de lui comme d’un garçon sans famille ni appui.
— Mais quel intérêt particulier justifie l’attitude de la princesse ?
— M. de La Chaux est un ancien tenant de la religion prétendument réformée. Il s’est converti depuis. Madame aime les convertis. Vous connaissez sa piété. Elle voit dans le renoncement aux erreurs religieuses comme un signe du doigt de Dieu. Bref, l’homme circule comme bon lui semble dans les appartements à toute heure du jour.
— Et vous nourrissez des soupçons à son égard ?
— Je me suis longtemps interrogé sur les possibles coupables. À force d’éliminations, je suis parvenu à restreindre peu à peu leur nombre. Il demeure le seul qui aurait pu accomplir ce forfait.
— Et vous ne vous êtes ouvert à personne de votre hypothèse ?
— Hélas si, monsieur ! J’ai confié la chose à M. le comte de Ruissec, gentilhomme d’honneur de la princesse. Celui-ci m’a assuré qu’il prenait l’enquête en main et que cela ne traînerait pas, si le garde du corps était effectivement reconnu coupable.
— Et alors ?
— Eh bien, monsieur, l’extraordinaire est qu’il ne m’en a plus jamais parlé. Je me suis donc permis de remettre la chose sur le tapis et me suis fait renvoyer vertement. On savait mieux que moi ce qu’il convenait de faire ! Il fallait cesser d’entêter la princesse avec cette affaire ! C’était dans le secret et dans le silence qu’elle se réglerait ! Enfin, il m’a dit de ne pas accuser à tort les serviteurs de Son Altesse royale : mon soupçon était injuste et M. de La Chaux n’était pour rien dans la disparition des bijoux.
— Ainsi, l’affaire était réglée pour vous ?
— Elle l’aurait été en effet si je n’avais pas observé depuis lors une étrange collusion entre le comte de Ruissec et M. Truche de La Chaux. À partir de ce moment-là, ce ne furent plus que conciliabules, entretiens incessants et prolongés, alors qu’auparavant ils ne se parlaient jamais. Le comte de Ruissec, fort haut seigneur, ne daignait pas même regarder le garde du corps. À dire vrai, je soupçonnais comme une complicité entre eux. Je ne souhaite pas en dire plus en la matière, mais c’était bien l’impression qui dominait.