Les monades urbaines [The World Inside - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1974
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- Переводчик: Michel Rivelin
- Жанр: Социально-философская фантастика
Электронная книга - «Les monades urbaines [The World Inside - fr]». Краткое содержание книги:
La Terre porte 70 milliards d’êtres humains, dont la devise est : Croissez et multipliez.
70 milliards d’humains qui croient avoir atteint l’utopie.
Qui vivent dans des tours de mille étages, les monades urbaines.
Qui jouissent d’une totale liberté sexuelle.
Qui ne quittent jamais leurs villes verticales et qui explorent rarement un autre étage que le leur.
Le bonheur règne sur Terre.
Qui en doute est malade. Qui est malade est soigné.
Qui est incurable est exécuté.
Dieu soit loué !
— Ne pas y aller ? Mais comment ? La demande est déjà…
— Fais-la décommander.
Il la regarde comme si elle lui avait dit de détruire toute la constellation des Chipitts.
— Fais-la déprogrammer. Demande à un électronicien de faire ça pour toi. Utilise ton influence. Personne ne le découvrira jamais.
— Je ne peux pas faire ça.
— Alors il te faudra suivre le traitement. Et tu sais ce que cela signifie.
Toute la monade s’écroule. Des nuages de débris tourbillonnent dans sa tête.
Qui pourrait arranger cela pour lui ?
Le frère de Micaela Quevedo était analo-électronicien. Malheureusement il n’est plus là. Il y en a d’autres ; il n’était pas le seul tout de même. Siegmund va consulter les listes après avoir quitté Rhea. Le virus de la désobéissance a déjà contaminé son esprit. Puis tout à coup il comprend qu’il n’a même pas besoin d’utiliser son influence. Il lui suffit d’en faire une question de routine professionnelle. De son bureau il demande l’emploi du temps prochain de Siegmund Kluver. Présumant que quiconque appelle à partir de Louisville en a le droit, l’ordinateur ne lui refuse pas ses informations. La réponse vient presque instantanément : Siegmund Kluver, entrée en thérapeutique au 780e étage, prévue dans dix-sept jours. Très bien. Maintenant il faut passer à l’action. Siegmund décommande le traitement prévu pour Siegmund Kluver. Cette fois-ci, l’ordinateur manifeste une certaine résistance ; il veut savoir qui cautionne cette annulation. Siegmund réfléchit un moment. L’inspiration subite. Le traitement prévu pour Siegmund Kluver, annonce-t-il à la machine, est décommandé sur ordre de Siegmund Kluver de Louisville. Que va répondre la machine ?
— Non, peut-elle dire, vous ne pouvez annuler votre propre thérapeutique. Me croyez-vous stupide ?
Mais l’énorme et prodigieux ordinateur est stupide. Il pense à la vitesse de la lumière, mais il est incapable de lutter contre les éclairs de l’intuition humaine. Siegmund Kluver de Louisville a-t-il le droit d’annuler son traitement ? Oui, certainement. Il doit transmettre cette demande sur ordre de Louisville elle-même. Annulons donc. Les instructions sont aussitôt transmises aux terminaux intéressés. Ce n’est pas la personne concernée qui compte, c’est l’autorité qui ordonne. C’est fait. Siegmund réclame une information concernant Siegmund Kluver, appelé en thérapeutique au 780e dans dix-sept jours. La réponse aussitôt : le traitement de Siegmund Kluver est annulé. Sa carrière est sauvée. Mais l’angoisse est toujours là. C’est cela qu’il faut prendre en considération.
Le fond. Siegmund Kluver se faufile entre les génératrices. Il se sent mal à l’aise. Le poids du bâtiment au-dessus de lui l’oppresse. Le sifflement aigu des turbines le trouble. Il est désorienté – un vagabond perdu dans les profondeurs. Et cette salle immense.
Il pénètre dans l’appartement 60 29 à Varvosie.
— Ellen ? dit-il. Ecoutez… je suis revenu pour m’excuser pour l’autre fois. C’était une erreur complète. (Elle hoche la tête. Elle a déjà tout oublié, mais elle veut bien l’accepter. Naturellement. La coutume. Jambes ouvertes, genoux à moitié plies. La coutume. Il lui baise la main.)
— Je vous aime, chuchote-t-il juste avant de s’enfuir.
Le bureau de Jason Quevedo, au 185e étage, à Pittsburgh. L’historien se trouve là où sont les archives. Jason, assis devant sa table, manipule des cubes d’histoire quand Siegmund entre.
— Tout est bien là, n’est-ce pas ? demande-t-il. Toute l’histoire de l’effondrement de la civilisation. Et comment nous avons reconstruit. La verticalité considérée comme l’élément philosophique essentiel de la conformité humaine. Racontez-moi l’histoire, Jason. Racontez-moi.
Jason le regarde étrangement.
— Vous sentez-vous bien, Siegmund ?
— Très bien. Très bien. Je suis en parfaite santé. Micaela m’a expliqué votre hypothèse. L’adaptation génétique de l’humanité à la vie en milieu urbmonadial. Je désirerais plus de détails. Comment nous avons réussi à devenir ce que nous sommes – nous, les heureux.
Il a ramassé deux cubes qu’il caresse. Il n’en finit pas de les tâter de tous les côtés, incrustant ses empreintes digitales sur les surfaces sensibles. Jason les lui reprend calmement des mains.
— Montrez-moi l’ancien monde, demande-t-il, mais il sort au moment où Jason insère un cube dans le compartiment.
Birmingham. L’immense cité industrielle. Le visage blafard et luisant de sueur, Siegmund Kluver regarde les machines fabriquer d’autres machines. Des surveillants maussades supervisent le travail d’un air sombre. Cette chose avec plein de bras fera la récolte l’automne prochain dans une commune. Ce long tube noir et brillant survolera les champs, pulvérisant du poison pour les insectes. Siegmund se rend compte tout à coup qu’il pleure. Il ne verra jamais les communes. Il n’enfoncera jamais ses doigts dans la terre grasse et brune. Ah, cette harmonie écologique de notre monde ! Le jeu poétique des échanges entre les communes et les monades pour le bien de tous. Que c’est beau ! Que c’est beau ! Alors, pourquoi je pleure ?
San Francisco est la cité des musiciens, des artistes, des écrivains. Une sorte de ghetto culturel. Dillon Chrimes est en pleine répétition avec son groupe cosmique. Tissant la toile magique et tonnante des sons. Quelqu’un entre.
— Siegmund ! (Dillon oublie un instant la musique.) Comment va, Siegmund ? Je suis content de te voir.
Siegmund rit. Il désigne le vibrastar, la harpe cométaire, l’incantateur et les autres instruments.
— Je vous en prie, murmure-t-il, continuez à jouer. Je cherche simplement dieu. Cela ne vous dérange pas que j’écoute ? Peut-être est-il ici ? Jouez, je vous en prie.
761e étage – le plus bas de Shangai. Micaela Quevedo est chez elle. Elle n’a pas l’air bien. Ses cheveux noirs sont ternes et dévitalisés. Son regard amer. La bouche durcie. Elle n’en revient pas de voir Siegmund à cette heure de l’après-midi.
— Pouvons-nous parler un petit peu ? demande-t-il précipitamment. Je voudrais savoir certaines choses à propos de ton frère Micael. Pourquoi s’est-il enfui du bâtiment ? Qu’espérait-il trouver à l’extérieur ? Peux-tu me donner quelques renseignements ? (Le regard de Micaela devient glacial.)
— Je ne sais rien, dit-elle froidement. Micael est devenu anomo, c’est tout. Il ne s’est pas confié à moi.
Siegmund sait que ce n’est pas vrai. Micaela lui cache des renseignements qui peuvent être vitaux pour lui.
— Ne sois pas impitoyable, la presse-t-il. J’ai besoin de savoir. Ce n’est pas pour Louisville, c’est pour moi. (Sa main empoigne le fragile poignet féminin.) Je pense partir moi aussi.
Il s’arrête chez lui, au 781e étage. Mamelon n’est pas là. Elle doit être comme d’habitude au Centre d’Accomplissement Somatique entretenant et soignant son corps admirable. Siegmund laisse un bref message pour elle.
— Je t’aimais, prononce-t-il. Je t’aimais. Je t’aimais.
Dans le grand hall de Shangai il rencontre Charles Mattern.
— Venez dîner à la maison, l’invite le sociocomputeur. Principessa est toujours si heureuse de vous voir. Et les enfants ; Indra et Sandor parlent tout le temps de vous. Même Marx. Ils demandent toujours : Quand Siegmund va-t-il venir ? Nous l’aimons tant.
Siegmund refuse d’un signe de tête.
— Je regrette, Charles. Pas ce soir. Mais je vous remercie de votre invitation. (Mattern hausse les épaules.)
— Tant pis. Dieu soit loué, nous remettrons cela à plus tard. D’accord ?
Et il s’éloigne, abandonnant Siegmund au flot humain.
Tolède. Là vivent les enfants gâtés de la caste administrative. Là vit Rhea Shawke Freehouse. Siegmund ne prend pas la peine de l’appeler. Elle est trop intuitive ; elle devinerait aussitôt son désarroi, et elle saurait trouver les mots pour le retenir d’agir. Pourtant il doit la voir. Il s’immobilise devant la porte de l’appartement et pose tendrement ses lèvres contre le panneau. Rhea. Rhea. Rhea. Je t’aimais aussi. Il s’en va.