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Les monades urbaines [The World Inside - fr]

Электронная книга - «Les monades urbaines [The World Inside - fr]». Краткое содержание книги:

L’an 2381.
La Terre porte 70 milliards d’êtres humains, dont la devise est : Croissez et multipliez.
70 milliards d’humains qui croient avoir atteint l’utopie.
Qui vivent dans des tours de mille étages, les monades urbaines.
Qui jouissent d’une totale liberté sexuelle.
Qui ne quittent jamais leurs villes verticales et qui explorent rarement un autre étage que le leur.
Le bonheur règne sur Terre.
Qui en doute est malade. Qui est malade est soigné.
Qui est incurable est exécuté.
Dieu soit loué !
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Mais la mer ? Mais le Vésuve, et le Taj Mahal ?

Pas cette fois-ci. Il accepte sa défaite. Il est allé aussi loin et aussi longtemps qu’il a pu. Maintenant de toute son âme il veut revenir chez lui. Après tout, il est conditionné comme tout le monde. Son milieu ambiant est devenu partie intégrante de lui. Il a eu l’aventure qu’il désirait ; un jour, si dieu le veut, il s’en offrira une autre. Mais il doit abandonner son idée de traverser le continent en passant de commune en commune. Trop d’idoles aux mâchoires d’acier attendent, et il n’aura peut-être pas la chance de trouver une autre Artha dans le prochain village. Alors, en route vers Monade Urbaine 116.

Sa peur diminue au fur et à mesure que passent les heures. Rien ni personne ne le poursuit. Sa démarche est devenue mécanique et régulière. Un pas, encore un pas, puis un autre, et un autre. Il avance comme un automate vers les immenses tours si accueillantes. Il n’a aucune idée de l’heure qu’il peut être – minuit passé ? – la lune est déjà loin dans le ciel et les monades sont presque noyées dans l’obscurité au fur et à mesure que les habitants se sont couchés. Maintenant, c’est l’heure des promenades nocturnes. Siegmund Kluver de Shangai est peut-être venu rendre visite à Micaela ce soir. Jason est en route vers ses amoureuses paupos de Varsovie ou de Prague. Encore quelques heures, se dit Micael, et je serai chez moi. Il avait atteint la commune agricole en fin d’après-midi, après être parti au lever du soleil, mais sa route s’était trouvée rallongée du fait des détours – avec les tours sans arrêt devant les yeux, il n’aura aucun mal à se diriger droit vers son but.

Tout est silencieux. La nuit est d’une beauté magique. Il regrette presque sa décision de revenir à la monade. Sous le firmament cristallin, il ressent l’attirance de la nature. Il a peut-être marché quatre heures quand il s’arrête pour se baigner dans un canal d’irrigation. Il en ressort nu et rafraîchi. Se laver avec de l’eau n’est pas aussi agréable que se glisser sous la douche à ultra-sons, mais du moins, pendant un moment, ne pensera-t-il plus à la couche de saleté qui lui ronge la peau. Son obsession de propreté quelque peu apaisée, il repart. Son aventure lui semble déjà lointaine ; il la revit et la savoure rétrospectivement. Que c’est bon d’avoir fait cela. Avoir goûté l’air réel, la rosée matinale, la terre sous les ongles. Même son emprisonnement lui apparaît maintenant comme une expérience passionnante. La danse de la stérilité. Son amour capricieux et non consommé pour Artha. Leur lutte et leur délicieuse réconciliation. Les mâchoires béantes de l’idole. Son angoisse devant la mort. Son évasion. Qui d’autre à Monade Urbaine 116 a connu cela ?

Cet accès de contentement de soi lui donne de nouvelles forces pour reprendre sa route à travers les champs infinis. Mais il a beau marcher, il ne semble pas approcher de son but. Est-ce un effet de perspective ? Ou bien ses yeux ? Et d’ailleurs se dirige-t-il bien vers Monade 116 ? Ce serait un sale coup de s’être trompé dans sa visée, et de débarquer dans la constellation vers les numéros 140 ou 145. S’il a simplement fait une erreur infime au départ, elle risque d’être énorme à l’arrivée, l’obligeant à rattraper une interminable hypoténuse. Mais il lui est impossible de savoir quel est son bâtiment parmi ceux qui s’étalent à l’horizon devant lui. Il ne peut que continuer à avancer toujours et toujours.

La lune a déjà disparu. Les étoiles sont à peine visibles. L’aube ne va plus tarder.

Il a atteint la zone de terres non cultivées qui constitue une sorte de frontière entre la commune et la constellation urbaine. Ses jambes ne le soutiennent plus, mais il se force à continuer. Les tours sont à présent si proches qu’elles semblent flotter dans l’air, sans bases ni fondations. Il aperçoit les jardins. Les robots jardiniers accomplissent sereinement leur besogne. Des fleurs s’ouvrent sous les premiers rayons du jour. La douce brise matinale est chargée de parfums. Chez moi. Chez moi. Enfin ! Stacion ! Micaela ! Prendre un court repos avant d’aller travailler. Et trouver une excuse plausible.

Où est Monade Urbaine 116 ?

Les tours ne portent aucun numéro. Ceux qui sont à l’intérieur savent très bien où ils vivent. Micael approche en chancelant du bâtiment le plus proche. Les façades sont illuminées par la radieuse lumière matinale. Il lève la tête vers les mille étages. Une myriade de fenêtres. Que tout cela est beau et complexe. Sous ses pieds sont ensevelies les mystérieuses racines du bâtiment : les génératrices, les salles de récupération des déchets, les ordinateurs, toutes ces merveilles enfouies qui font vivre les immenses tours. Et par-dessus, s’élevant comme une plante gigantesque, la monade. Derrière les façades, Micael devine l’extraordinaire infrastructure technique et sociale – les centaines de milliers de vies entrelacées, les artistes et les savants, les musiciens et les sculpteurs, les soudeurs et les portiers. Ses yeux s’embuent. Il arrive chez lui. Il est de retour. Mais est-ce bien chez lui ? Il va vers la porte, le bras tendu, montrant son bracelet laissez-passer.

— Monade Urbaine 116, ouvrez ! Je suis Micael Statler, appelle-t-il. (Rien ne se passe. Les détecteurs le dévisagent froidement, mais tout reste hermétiquement clos.) Quel bâtiment êtes-vous ? demande-t-il. (Un silence.) Allez, dites-moi où je suis !

Une voix venue d’un haut-parleur invisible lui répond :

— Vous êtes devant Monade Urbaine 123 de la constellation des Chipitts.

123 ! Encore si loin de chez lui !

Que peut-il faire, sinon continuer ? Maintenant le soleil est bien au-dessus de l’horizon, et vire rapidement du rouge au doré. Si l’est est là, alors où est Monade 116 ? Son esprit obscurci par la fatigue refuse de l’aider. Il doit aller vers l’est. Oui ? Non ? Il titube à travers l’interminable enfilade des jardins séparant Monade 123 de sa voisine orientale. Cette fois-ci le haut-parleur lui répond affirmativement – oui, vous êtes devant Monade 122. Il continue. Les bâtiments sont disposés en diagonale, de façon à ne pas se faire mutuellement de l’ombre. Sous le soleil déjà haut et chaud, Micael avance vers le centre de la constellation. Ne pas me perdre dans mes comptes ! Il est à moitié ivre de faim et de fatigue. 116 ? Non, il a dû se tromper ; elle restera fermée devant lui. Alors celle-ci ?

Oui ! La porte glisse quand il présente son poignet. Il entre. Il attend au milieu du sas. La porte derrière lui se referme ; pourquoi la seconde ne s’ouvre-t-elle pas ? Il attend. Eh bien ?

— Pourquoi n’ouvrez-vous pas ? demande-t-il. Regardez ! Là ! Là ! Lisez ça ! crie-t-il, en montrant le laissez-passer.

Peut-être est-ce simplement une procédure de décontamination. On ne sait jamais ce qu’on peut rapporter de l’extérieur. Ah, la porte s’ouvre ! Des lumières éblouissantes. Il ne voit plus rien.

— Restez où vous êtes. N’essayez pas de sortir du sas. (La voix métallique et glacée le fige sur place. Clignant des yeux, il avance inconsciemment d’un demi-pas – il s’arrête aussitôt. Un nuage de pluie très fine l’enveloppe soudain. Cela sent bon. On a dû le vaporiser. Le produit fige presque instantanément, formant un cocon étanche et souple autour de lui. Maintenant, les lumières baissent. Des silhouettes se tiennent devant Micael, lui bloquant le passage. Combien sont-ils ? Quatre ou cinq. La police.)

— Micael Statler ? demande l’un d’eux.

— J’ai une autorisation, répond-il, d’un ton incertain. C’est parfaitement en règle. Vous pouvez vérifier. J’ai…

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