La Louve de France
- Автор: Дрюон Морис
- Серия: les rois maudits #5
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Plon
- ISBN: 9782253004066
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Louve de France». Краткое содержание книги:
Marie de Cressay replie sa robe inutile devant la servante muette et dépitée. La servante aussi rêve d’une autre existence où elle suivrait sa maîtresse, et il y a un peu de blâme dans son attitude.
Mais Marie a cessé de trembler et ses yeux sont secs ; sa décision est prise. Elle n’a plus que quelques jours à attendre, une semaine au plus. Car ce matin, la surprise a provoqué de sa part une réponse absurde, un refus dément !
Parce que, saisie de court, elle n’a pensé qu’au serment d’autrefois que madame de Bouville, cette mauvaise femme, l’avait forcée de prononcer… Et puis aux menaces. « Si vous revoyez ce jeune Lombard, il lui en coûtera la vie… »
Mais deux rois se sont succédé et personne n’a jamais parlé ! Et madame de Bouville est morte. D’ailleurs était-il même conforme à la loi de Dieu, cet affreux serment ? N’est-ce pas un péché que d’interdire à la créature humaine d’avouer à un confesseur ses troubles d’âme ? Les religieuses elles-mêmes peuvent être relevées de leurs vœux. Et puis, nul n’a le droit de séparer l’épouse de l’époux ! Cela non plus n’est pas chrétien. Et le comte de Bouville n’est pas évêque, et d’ailleurs il n’est point aussi redoutable que l’était sa femme.
Toutes ces choses, Marie aurait dû y penser ce matin, et savoir reconnaître aussi que sans Guccio elle ne pouvait vivre, que sa place était auprès de lui, que Guccio venant la chercher, rien au monde, ni les serments anciens, ni les secrets de la couronne, ni la crainte des hommes, ni le châtiment de Dieu s’il devait survenir, ne l’empêcheraient de le suivre.
Elle ne mentira pas à Guccio. Un homme qui, au bout de neuf ans, vous aime encore, qui n’a pas repris femme, et revient vous chercher, est de cœur droit, loyal, pareil au chevalier qui franchit toutes les épreuves. Un tel homme peut partager un secret et en demeurer le gardien. Et l’on n’a pas le droit non plus de lui mentir, de lui laisser croire que son fils est vivant, qu’il le serre dans ses bras, alors que ce n’est point vrai.
Marie saura expliquer à Guccio que leur enfant, leur premier-né… car déjà cet enfant mort n’est plus dans sa pensée que leur premier-né… a été, par un enchaînement fatal, donné, échangé, pour sauver la vie du vrai roi de France. Et elle demandera à Guccio de partager son serment, et ils élèveront ensemble le petit Jean le Posthume qui a régné les cinq premiers jours de sa vie, jusqu’au moment où les barons viendront le chercher pour lui rendre sa couronne ! Et les autres enfants qu’ils auront seront un jour comme des frères pour le roi de France. Puisque tout peut arriver dans le mal, par les agencements incroyables du sort, pourquoi tout ne pourrait-il pas arriver dans le bien ?
Voilà ce que Marie expliquera à Guccio, dans quelques jours, la semaine prochaine, lorsqu’il ramènera Jeannot ainsi qu’il en est convenu avec les frères.
Alors le bonheur si longtemps différé pourra commencer ; et si toute chose heureuse sur la terre doit être payée d’un poids égal de souffrance, alors ils auront l’un et l’autre payé par avance toutes leurs joies futures ! Guccio voudra-t-il s’installer à Cressay ? Certes pas. À Paris ? Le lieu serait trop dangereux pour le petit Jean, et il ne faudrait point tout de même aller braver de trop près le comte de Bouville ! Ils iront en Italie. Guccio emmènera Marie dans ce pays dont elle ne connaît que les belles étoffes et l’habile travail des orfèvres Comme elle l’aime, cette Italie, puisque c’est de là qu’est venu l’homme que Dieu lui destinait ! Marie est déjà en voyage aux côtés de son époux retrouvé. Dans une semaine ; elle a une semaine à attendre…
Hélas ! En amour, il ne suffit pas d’avoir les mêmes désirs : faut-il encore les exprimer au même moment !
III
LA REINE DU TEMPLE
Pour un enfant de neuf ans dont tout l’horizon, depuis qu’il avait l’âge de se souvenir, avait été limité par un ruisseau, des fosses à fumier et des toits de campagne, la découverte de Paris ne pouvait être qu’un enchantement. Mais que dire quand cette découverte s’accomplissait sous la conduite d’un père si fier, si glorieux de son fils, et qui le faisait habiller, friser, baigner, oindre, qui l’amenait dans les plus belles boutiques, le gavait de sucreries, lui offrait une bourse de ceinture, avec de vrais sols dedans, et des souliers brodés ! Jeannot, ou Giannino, vivait des jours éblouis.
Et toutes ces belles maisons où il pénétrait ! Car Guccio, sous des prétextes divers, souvent même sans aucun prétexte, visitait à tour de rôle ses connaissances d’antan, simplement pour pouvoir prononcer orgueilleusement : « mon fils ! », et montrer ce miracle, cette splendeur unique au monde : un petit garçon qui lui disait : « padre mio » avec un bon accent d’Ile-de-France.
Si l’on s’étonnait de la blondeur de Giannino, Guccio faisait allusion à la mère, une personne de noblesse ; il prenait alors ce ton faussement discret qui annonce l’indiscrétion et cet air un peu fanfaron dans le mystère qu’ont les Italiens pour feindre de se taire sur leurs conquêtes. Ainsi tous les Lombards de Paris, les Peruzzi, les Boccanegra, les Macci, les Albizzi, les Frescobaldi, les Scamozzi, et le signor Boccace lui-même étaient au courant.
L’oncle Tolomei, un œil ouvert, un œil fermé, le ventre pesant et la jambe lourde, ne participait pas peu à cette ostentation. Ah ! si Guccio avait pu se réinstaller à Paris, sous son toit, et avec le petit Giannino, comme il se serait senti heureux, le vieux Lombard, pour les jours qui lui restaient à vivre.
Mais c’était là un rêve impossible. Pourquoi ne voulait-elle pas de régularisation du mariage, pourquoi ne voulait-elle pas accepter la vie commune avec son époux, cette sotte, cette entêtée de Marie de Cressay, puisque maintenant tout le monde semblait d’accord ? Tolomei, quelque répugnance qu’il éprouvât à entreprendre le moindre déplacement, s’offrait à aller à Neauphle tenter une ultime démarche.
— Mais c’est moi qui ne veux plus d’elle, mon oncle, déclarait Guccio. Je ne laisserai pas bafouer mon honneur. Et puis quelle plaisance y aurait-il à vivre auprès d’une femme qui ne m’aime plus ?
— En es-tu bien sûr ?
Il y avait un signe, un seul, qui pouvait permettre à Guccio de se poser la question. Il avait reconnu au cou de l’enfant le petit reliquaire de corps à lui-même offert par la reine Clémence quand il se trouvait en l’hôtel-Dieu de Marseille, et dont il avait à son tour fait présent à Marie, une fois qu’elle était fort malade.
— Ma mère l’a ôté de son cou et l’a passé au mien, quand mes oncles m’ont mené vers vous l’autre matin, avait expliqué l’enfant.
Mais pouvait-on se fonder sur un si faible indice, sur un geste qui pouvait n’être que de religiosité ?
Et puis le comte de Bouville avait été formel.
— Si vous voulez garder cet enfant, il faut que vous partiez avec lui pour Sienne, et le plus tôt sera le mieux, avait-il dit à Guccio.
L’entrevue avait eu lieu en l’hôtel de l’ancien grand chambellan, derrière le Pré-aux-Clercs. Bouville se promenait dans son jardin clos de murs. Et les larmes lui étaient venues aux paupières en voyant Giannino. Il avait baisé la main du petit garçon avant de le baiser aux joues et, le contemplant, le détaillant des cheveux aux souliers, il avait murmuré :
— Un vrai petit prince, un vrai petit prince !
En même temps, il s’essuyait les yeux. Guccio était étonné de cette émotion excessive, et il en était touché comme d’un hommage d’amitié à lui-même rendu.