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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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De fait, Daniel Cauchy ignore que chaque soir la bande des gendarmes made in Saint-Tropez se réunit pour visionner les prises du jour. Que Louis soit présent ou non sur la pellicule, il veille au grain. Il a toute confiance en ses camarades en uniforme mais il tient à une certaine unité de ton, en particulier chez les seconds couteaux… à savoir les « méchants » trafiquants. Des rôles tenus par des quasi-inconnus venus des studios de la Victorine à Nice où sont tournées toutes les scènes en intérieur. Preuve une fois de plus que Louis de Funès ne laisse rien au hasard et certainement pas les caractères de chacun comme il l’affirme : « Oui, j’aime les caractères. Il y a des êtres qui sont tellement drôles sans le savoir. Ce ne sont pas des attitudes que je trouve comiques mais des états d’esprit. Par exemple, un jour chez mon dentiste, j’ai dû subir un traitement fort douloureux. Pas pour moi, j’étais sous anesthésie. Mais en voyant ma tête avec tous ces instruments dans la bouche, j’ai imaginé un général ou un ministre, enfin quelqu’un de digne à ma place, et j’ai éclaté de rire. À ce niveau, j’ai une sorte de capacité de dédoublement. Tout en souffrant, je suis mon spectateur et je me trouve tellement ridicule, burlesque, stupide ou simplement amusant que je me moque de moi. […] Le comique, il faut le baser sur les sentiments, les états d’esprit, les caractères. Il faut faire revivre ce qui est dans la rue depuis l’Antiquité. Sinon, le comique risque de se démoder très rapidement[264]. »

Propos prémonitoires s’il en est dans la bouche d’un de Funès veillant à ce que chaque plan d’ensemble, plan large ou plan moyen mettent en valeur les uns et les autres. Il a dans la tête la musique composée par Raymond Lefèvre auquel Jean Girault a, par instants, demandé de pasticher celle du Pont de la rivière Kwaï signée Malcolm Arnold et qui engendre la fameuse Marche des gendarmes  ! Il sait aussi, même s’il n’y prête pas sa voix, le désormais classique « Do you, do you, do you Saint-Tropez  », enregistré quelques semaines plus tôt à Paris pour les besoins de la scène où Geneviève Grad se laisse aller à pousser la chansonnette. Une musique originale au parcours insolite, comme le raconte Raymond Lefèvre : « Ce fut un peu compliqué. En réalité, Paul Mauriat et moi n’avions pas touché beaucoup d’argent avec Faites sauter la banque. C’est Girault qui demanda à Mauriat et à moi-même de travailler sur la musique du Gendarme. Je n’étais pas très emballé ; quant à Mauriat, il refusa tout net… préférant partir en vacances ! Bref, j’étais au pied du mur, d’autant que je venais d’acheter une maison dans l’Oise et que j’avais besoin d’argent. Sans piano et sur une table posée dans mon jardin, j’ai composé d’une traite les mélodies qu’on connaît aujourd’hui[265]…  » Outre les parties musicales, Girault et Louis de Funès ont envie de se distraire en parodiant le feuilleton télévisé hebdomadaire qui fait les délices des grands et petits et en premier lieu d’Olivier. Le héros se prénomme Thierry et il manie comme personne la fronde. C’est un Robin des Bois à la sauce bien française qui fait se pâmer les donzelles par ses exploits guerriers en faveur des plus démunis. Il a bien des atouts du gendarme — façon Laurel et Hardy — souhaitant remettre de l’ordre dans une brigade allant à vau-l’eau où de Funès, dans l’une de ses répliques, lance : « Qu’est-ce que c’est que cette chienlit !  » sans pouvoir imaginer que ce mot « chienlit » immortalisé quelques années plus tard par le général de Gaulle résonne d’une manière historique aujourd’hui. Partout, Louis de Funès se dépense sans compter. Que ce soit sur la place aux Herbes, au carrefour du Vieux-Moulin ou celui de Gassin, au bourg de Belvédère ou encore à Port-Grimaud, il ne ménage pas sa peine, se payant même le luxe de titiller Michel Galabru quand l’un comme l’autre observent le ballet des naturistes, essentiellement de jeunes Niçoises, recrutés pour la circonstance. « Pendant que nous transpirions à grosses gouttes dans nos uniformes, raconte Michel Galabru[266], les figurants, eux, se jetaient tout nus dans la mer, revenaient se sécher sur le sable, se relevaient, repartaient. C’était un sacré spectacle, j’y goûtais avec gourmandise un moment. Louis de Funès avait observé mon manège, il se marrait. “Ah, tu ne peux pas t’en empêcher, hein ?” Il se moquait de moi. Il se rinçait l’œil tout autant mais il m’avait pincé, alors il en profitait. J’ai su quoi lui répondre : “Je ne fais aucun mal : je regarde, c’est tout. Toi, par exemple, tu passes devant la vitrine d’une pâtisserie, tu t’arrêtes, tu tombes en pâmoison devant un mille-feuilles, tu n’es pas obligé de le bouffer ! Tu le regardes, ça suffit ! Tu t’offres un petit plaisir de l’œil…” Il rit gentiment et on n’en parle plus. Quelques jours plus tard, nous attendons pour jouer une scène, à Saint-Maximin, chacun dans une chaise longue d’un côté et de l’autre d’une allée. Nous nous faisons donc face mais nous ne nous regardons pas parce que nous avons tous les deux ouvert un journal qui nous cache le visage. Le chef de plateau appelle d’abord les figurants pour qu’ils se mettent en place et le défilé des jolies femmes commence entre nous deux. Je pose mon canard sur les genoux, n’essayant même pas d’être discret puisque je n’y arrive pas de toute façon, et là, le front de De Funès apparaît, puis ses sourcils broussailleux, puis ses yeux bleus… Le misérable, il mate les filles ! Puis il me voit qui le fixe, et il s’en sort par une pirouette : “Qu’est-ce qu’il y a par ici comme mille-feuilles !”  »

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264

Louis de Funès cité par Éric Leguèbe, op. cit., pp. 62–63.

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265

Témoignage de Raymond Lefèvre à l’auteur.

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266

Michel Galabru in Je ne sais pas dire non !, Éditions Michel Lafon (2011), pp. 158–159.

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