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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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– À deux sous le gros tas, à deux sous! cria en avant de lui une voix éraillée.

– Domino! fit Pistolet qui cambra aussitôt avec plus d’élégance encore sa taille dégingandée. Voilà Mme Choufleur! je ne serai pas obligé d’aller jusqu’à la halle!

Mme Choufleur, qui s’appelait de son nom Clémentine, était une bonne grosse marchande des quatre-saisons, jeune encore, mais ne portant déjà plus d’âge sur sa figure bronzée. Elle traînait sa charrette lourdement, jetant son cri d’une voix rauque et laissant échapper de son madras posé à la diable des cheveux qui ressemblaient à une broussaille.

Chose singulière, ce Pistolet, malgré son incontestable laideur, plaisait réellement aux dames. Aussitôt que Choufleur l’aperçut, elle donna un coup de main à son madras, lissa ses cheveux révoltés et rétablit de son mieux les plis terriblement désordonnés de son corsage.

Ce fut d’une voix presque douce qu’elle chanta:

– À deux sous le gros tas, à deux sous!

– Bonjour, mame Landerneau, lui dit Pistolet, qui se découvrit avec galanterie; comment vous va aujourd’hui? Je vous cherchais justement dans le quartier.

Choufleur devint rouge comme une pivoine et montra les dents saines et assez blanches qu’elle avait, en un énorme sourire.

– Vraiment, monsieur Clampin? répondit-elle. Vous n’en manquez pas, de personnes à fréquenter, pourtant, dans tous les quartiers.

– Je vas vous dire, mame Landerneau, c’est des bêtises. Un jeune homme n’est pas né pour courir, ou du moins faut une liaison pour l’âme. J’avais Mèche…

– Ah! oui, la grande, marquée de la vérette [4]?

– Pas beaucoup, mame Landerneau, et de l’œil! approchant comme vous.

La marchande baissa les yeux avec coquetterie en murmurant:

– Vous êtes bien honnête tout de même, monsieur Clampin.

– Enfin, je l’avais, reprit Pistolet, et je veux voir à la remplacer pour me fixer fidèlement jusqu’à la mort.

– Quoi qu’elle est donc devenue, au fait, c’te grande Mèche? demanda Choufleur, qui oubliait désormais d’offrir ses légumes aux passants.

Pistolet minauda d’un air modeste.

– M’ayant absenté pour un voyage de long cours, répondit-il, on présuppose qu’elle en est périe naturellement ou suicidée. Sa tendresse pour son amant ne connaissait pas de bornes.

– Pauvre fille! soupira Choufleur, dont les paupières sensibles se mouillèrent. Est-ce que vous accepteriez n’importe quoi sur le comptoir, monsieur Clampin?

– Je paye pour les dames, répondit noblement le gamin; c’est mon caractère, Clémentine.

Il offrit en même temps son bras.

– Attendez voir! dit la marchande, qui empoigna vigoureusement les deux bras de sa charrette et la poussa sous une porte cochère. Les sergents de ville, ça ne pense qu’à faire de la peine au monde.

Le couple entra chez le marchand de vin voisin: Pistolet un peu honteux, Clémentine heureuse et fière.

On prit une prune et on causa.

Pistolet, dès qu’il lui était permis de causer, apprenait bien vite ce qu’il voulait savoir; mais il se trouva que Clémentine, la pauvre femme, qu’elle fût ou non légitimement mariée à Landerneau, ignorait la principale industrie de ce dernier.

Elle ne connaissait ni Coterie, ni Coyatier.

Un instant, le gamin resta déconcerté, mais son imagination fertile aidant, il improvisa un autre plan.

– Je vas vous dire, Clémentine, murmura-t-il à l’oreille de la marchande en trinquant pour la troisième fois, mon inclination vous a choisie, quoi donc, on reparlera de ça dans le mystère, cabinet et tout; mais il s’agit présentement d’une délicatesse. Soyez muette comme la tombe avec vot’époux. C’est tout ce qu’il y a de plus affaire de confiance. Voilà l’histoire en succinct: Un jeune homme, enlevé à sa famille éplorée… passage Saint-Roch: pas les parents de la victime, mais bien le tyran qui l’opprime, rapport à ce qu’il est payé par les oncles qui comptent hériter du père. Je ne dirais pas ça à mon notaire! Vous seule au monde en avez le secret. Et que c’est dangereux pour moi de me montrer aux alentours de l’établissement parce qu’on m’y connaît… Alors, dans le besoin pressant que j’ai d’y jeter un coup d’œil, j’ai songé à vous.

– À moi! répéta la marchande étonnée.

Pistolet se compromit jusqu’à lui toucher le menton.

– Farceuse de petite mère! dit-il, vous l’avez encore plus coquin que Mèche: j’entends l’œil! M’aimera-t-on un petit peu, Clémentine?

Clémentine éclatait d’orgueil et de joie.

– Alors, en route! commanda le gamin. Zéphyr! Pas accéléré! On va vous expliquer la chose à la maison.

– Chez vous, monsieur Clampin?

– Chez vous, mame Landerneau. Vous y possédez les moyens de me tirer d’embarras en sauvant la jeune victime, duquel la famille vous en aura une reconnaissance éternelle.

Clémentine reprit ses brancards et roula vers la rue Aubry-le-Boucher où était son domicile. Tout le long de la route, dans son triomphe sentimental, elle rebutait les acheteurs.

– Vous repasserez, ma poule, disait-elle; une autre fois, mon bijou! Au jour d’aujourd’hui je n’arrête pas, le feu est à la maison.

L’établissement de Mme Landerneau se composait d’une chambre sous les toits, et, au rez-de-chaussée, d’un hangar couvert où elle remisait sa voiture.

Pistolet la rejoignit à la porte du hangar et lui dit:

– Entrons, la petite mère, c’est ici qu’on va vous révéler le secret des secrets.

Mme Landerneau entra, laissant la voiture à la porte. Pistolet ajouta:

– La voiture aussi! Elle fait partie intégrante des mystères. Allez-y, Clémentine.

Clémentine, modèle d’obéissance, y alla et introduisit la charrette au milieu des légumes amoncelés.

– Les salades y auront part aussi, au secret, dit Pistolet, et les carottes. On va monter une mécanique qu’aurait du succès au théâtre. Courez me chercher une vrille et un paillasson, amour que vous êtes, pendant que je vas décharger tout ça. En avez-vous des attraits, bijou de femme!

Clémentine resta un instant indécise.

– Une vrille! murmura-t-elle. Un paillasson?…

– Demain, répliqua Pistolet, on échangera les serments de s’aimer jusqu’à l’éternité aux Barreaux-Verts. Aujourd’hui, c’est l’ouvrage du dévouement. Allez-y, idole de Clémentine! C’est pour le malheureux jeune homme, ravi à ses parents!

– Faut faire tout ce qu’il veut, ce démon-là! grommela la marchande.

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[4] Synonyme populaire de varicelle. [Littré] (Note du correcteur – ELG.)

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