Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:
– M. le baron est amoureux fou de Mlle Ysole de Champmas.
– Ah! bigre; une belle fille, celle-là! fit Pistolet d’un ton de connaisseur; je parle de trois ans. Si Mèche n’avait pas rempli mon âme tout entière à l’époque…
– Depuis trois ans, elle a embelli, interrompit M. Badoît.
– Bravo! Mais quand vous avez dit pour la première fois: d’ailleurs, ce n’était pas de Mlle Ysole de Champmas que vous vouliez parler, patron.
– C’est vrai, petiot. On ne peut rien te cacher. Je voulais parler de Blondette.
– Blondette, c’est la fille d’adoption?
– Blondette, c’est le mystère! Je voulais ajouter: d’ailleurs, quoiqu’elle soit plus jolie que les anges, Blondette ne peut pas inspirer d’amour à M. le baron, ni à personne.
– Trop jeune?
– Quinze à seize ans.
– Hé! hé! s’il n’y a que cette raison-là…
– Il y a une autre raison bien triste: Blondette est, à ce qu’il paraît, un malheureux être privé d’intelligence, et, de plus, elle est muette.
Pistolet garda un instant le silence.
– Vous la connaissez, patron? reprit-il ensuite.
– Jamais je ne l’ai vue.
– Alors, qui vous a dit qu’elle était idiote et muette?
– Mme Soûlas.
Pour la seconde fois, Pistolet resta un instant sans parler.
– Celle-là était une bonne personne autrefois, murmura-t-il. Je veux vous conter un détail, pendant que j’y pense, patron. Le lendemain du grand jour, car, en définitive, pour nous, tout part de ce jour-là, je rencontrai Mme Soûlas, vers les dix heures du matin, sur le quai des Orfèvres. Elle avait l’air d’une folle. Vis-à-vis de la maison au foulard rouge, vous savez bien ce que je veux vous dire, elle rencontra une autre folle: la vieille Jeannette, servante des demoiselles de Champmas…
– Jeannette sortait de me parler, interrompit ici Badoît, et je venais lui dire que la fille cadette du général avait disparu. Elle s’était écriée, je m’en souviens comme si j’y étais encore: C’est la fille naturelle qui a fait cela!
– Possible. Voici mon anecdote. Mme Soûlas accosta Jeannette et lui demanda:
«- Est-ce que Mlle Suavita de Champmas était?…
«Elle n’acheva pas, mais elle planta son doigt au milieu de son front.
«Jeannette l’écarta violemment et comme si elle eût voulu repousser une insulte adressée à la fille de son maître.
«Mais Mme Soûlas s’attacha à ses vêtements et lui demanda encore:
«- Est-ce que Mlle Suavita de Champmas était muette?
«La vieille Jeannette déchira sa robe en l’arrachant de ses mains, et s’éloigna d’elle avec horreur.
«Mme Soûlas, et c’est ce qui me frappa, murmura en passant près de moi:
«- Non, non! ce n’est pas elle!
M. Badoît secoua la tête et dit avec découragement:
– J’ai cherché assez de ce côté. Mme Soûlas avait raison: Blondette ne peut pas être la fille du général. M. le baron habite à quelques lieues du château de Champmas, là-bas, dans l’Orne. D’ailleurs, pourquoi la cacherait-il?… Non. Il y a là un mystère, et je sais bien que Mme Soûlas pourrait le dire. Ce que j’ai pensé, le voici: les Habits Noirs ont essayé d’assassiner cette enfant-là, c’est un fait. Quelle qu’elle soit, ils ont un intérêt à cela. Le baron la cache pour la soustraire à quelque danger dont il connaît mieux que nous la nature.
– Ainsi soit-il, dit Pistolet. Alors, cette Blondette est bien mon petit paquet de soie blanche?
– Il y a des motifs pour le croire.
– Après?
– La chose certaine, c’est que le baron semble ne plus chercher les parents. De deux choses l’une: ou il les a trouvés, ou il désespère de les trouver. Désormais, ma besogne unique auprès de lui est d’éventer la piste des assassins de son frère.
– Et vous voulez m’embaucher, patron, pour courir sus à Coyatier, à Landerneau et à Coterie?
M. Badoît semblait rêver.
– Quant au marchef, reprit Pistolet, je l’ai assez malmené pour une fois. Landerneau est un pauvre diable, Coterie ne vaut pas la corde pourrie qui le pendrait. Vrai, ça ne me va pas. C’est trop facile. J’aime mieux me ranger.
– Petiot, reprit Badoît, moi je me plains que c’est trop difficile. Coterie, Landerneau et le marchef n’ont été que les instruments du crime.
– Bravo! fit le gamin. Montons! ça va devenir intéressant. Causez.
– Landerneau, Coterie et le marchef doivent nous servir seulement à trouver le véritable auteur du crime: la tête qui a mis en mouvement ces trois paires de bras.
– Les Habits Noirs, parbleu! s’écria Pistolet, pourquoi mâcher les mots! Ils ne me font pas peur. Mon tic est de me batailler avec ceux qui sont plus forts que moi. Va comme je te pousse! L’affaire me plaît d’autant plus que je n’aurai pas besoin de quitter Paris, mes amours.
Badoît l’arrêta ici.
– C’est ce qui te trompe, petiot, murmura-t-il. Ta première expédition aura lieu à la campagne.
– Parce que?
– Parce que si le fretin est à Paris, le gros gibier voyage en ce moment. Regarde-moi ça.
Il avait tiré de sa poche un papier écrit au crayon.
C’était un extrait des talons du bureau des passeports. Le gamin lut: «21 septembre 1838…»
– C’est aujourd’hui, dit-il.
– Oui, c’est aujourd’hui, va toujours.
«… Le colonel Bozzo… M. Lecoq de La Perrière… Mme la comtesse de Clare…» connais pas celle-là.
– Si fait, répliqua M. Badoît; l’ancienne Marguerite de Bourgogne de la rue de l’École-de-Médecine: Mme Joulou du Bréhut.
– Oh! oh! s’écria Pistolet, la particulière à Lecoq! Ça se dessine. Ils sont partis ensemble?
– Tous les trois, ce matin.
– Et ils vont?
– Au Château-Neuf-Goret, en Mortefontaine, par La Ferté-Macé, département de l’Orne.
– Qui est-ce qui demeure là?
– Un homme qui envoie chaque mois trois mandats de 100 francs sur la poste de Paris: un à Maclou, chiffonnier…
– C’est le faux nom de Landerneau, interrompit le gamin.
– Un au nommé Boitard…
– C’est Coterie!
– Un troisième à Joseph Moynet, cabaretier, passage Saint-Roch.
– Ce doit être le marchef! s’écria Pistolet. Je m’amuse comme un cœur! Je parie que l’homme du château est…
– Si je savais cela aujourd’hui, nous partirions ce soir, dit M. Badoît.
Pistolet se mit sur ses pieds.
– Zéphyr! à la baïonnette! se commanda-t-il à lui-même: Chargez!
Il sortit en courant sans dire gare.
III Zéphyr! à la baïonnette!
Un quart d’heure après, on aurait pu rencontrer Pistolet flânant, le nez au vent, dans la rue de la Monnaie et regardant les dames à travers la fumée de son cigare à paille.
Il pensait:
– L’homme a sa destinée, selon la croyance des contrées fatalistes où j’ai voyagé en Musulmanie. Me voilà encore lancé malgré moi dans une affaire de surveillance et de découvrez-moi-ça. C’est drôle que j’y vas avec plaisir, malgré ma crainte du déshonneur, auprès des femmes, qui ne peuvent pas souffrir la police. Mèche, ma Calabraise, l’abominait… et dans tout le sexe qui passe aux alentours on n’en trouverait pas une qui ait de l’œil comme Mèche! Elle me coûtait bon, avalant des six et dix sous de bière et gâteaux par soirée, mais je ne la remplacerai pas pour la séduction et l’atout. Qué gale! c’était le chic des chics ce monstre-là, y a pas à dire, je l’idole encore!