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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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– Non, répondit l’agent. Pourquoi?

– Pour rien. Vous souvenez-vous du minet qu’elle aimait tant?… Mou! mou! mou!

– C’est toi l’auteur de sa catastrophe, gredin! fit Badoît en riant.

– Hélas oui! je le piquai le dernier jour… avant de me ranger… et c’est en le guettant que je reconnus le marchef qui écrivait ce nom de Gautron, sur la porte du n° 9, avec de la craie jaune. C’est drôle! toutes ces choses-là m’avaient passé, depuis trois ans, et maintenant que je suis ici, voilà qu’elles me reviennent en grand!

– Il faut qu’elles te reviennent, prononça tout bas M. Badoît. Nous sommes dans ces affaires-là jusqu’au cou, présentement.

– Ah bah! fit le gamin. Est-ce qu’il s’agit encore du marchef?

– Un peu.

– Et de l’homme assassiné en haut?

– Beaucoup.

– Eh bien! dit Pistolet en mettant la main sur le bouton de la porte, pour parler de la chose, on sera bien là, aux premières loges, c’est sûr! Mais pour déjeuner… Après ça, il y a si longtemps! et le père Boivin cuisine pas mal. Seulement, pas de gibelotte, rapport au matou de maman Soûlas! Je l’entends toujours, la pauvre femme: Mou, mou, mou! Elle avait une polissonne de voix si douce! La gibelotte me ferait mal à l’estomac, ayant conservé toute ma sensibilité d’autrefois.

Il entra et son regard fit le tour des murailles.

–  En haut, c’est boisé, dit-il. Êtes-vous quelquefois retourné en haut, monsieur Badoît?

– Jamais, répondit l’ancien inspecteur, qui était pâle.

– Et le marchef n’a rien eu pour cette chose-là?

– Rien.

– Et pour le reste?

– Évadé entre les deux sessions. Jamais repris. C’était un fort.

Pistolet s’assit.

– On lui avait pourtant fait voir le tour, dit-il. Il nageait assez joliment, c’est vrai, mais je le tirais toujours par les pieds: ça l’agaçait. Quant au paquet de soie blanche où il avait mis une petite fille, j’allai jusqu’au pont de la Concorde en suivant le courant. Pas plus de paquet que dans mon œil. J’y ai pensé longtemps.

– Un autre avait trouvé le paquet, dit Badoît qui s’assit à son tour.

– Contez-moi donc ça, patron! s’écria vivement le gamin. Badoît répondit:

– Plus tard.

Pistolet retourna son verre et frappa dessus avec son couteau.

– Il y a des histoires, vois-tu, reprit Badoît, en veux-tu, en voilà! J’ai prodigué des pas et des démarches depuis trois ans, ça fait frémir. Mais on a affaire à des premiers sujets qui savent jouer à cache-cache; on dirait qu’ils m’ont jeté un sort, et depuis que je travaille pour M. le baron d’Arcis…

– Qu’est-ce que c’est que ce baron-là? interrompit Clampin.

– Un vrai baron, et un vrai homme: l’ancien Paul Labre.

Clampin souffla dans ses joues.

– Ça s’éclaircit! dit-il. J’étais au Havre, sur le Robert-Surcouf, un joli trois-mâts, capitaine Legoff, quand M. Paul Labre vint voir si son frère… Ah! Dieu de Dieu! c’est ce matin-là qu’il était blême!

Un garçon entra:

– Poulet marengo! commanda Pistolet, c’est promis; pieds à la rémoulade et omelette au lard: l’appétit viendra. Joigny première et de l’oignon dans la salade. Apportez le pain, le vin et le saucisson: le reste tout ensemble. On est des personnes qui n’aiment pas être dérangées dans leur conversation secrète et particulière.

– Patron, reprit-il quand le garçon fut sorti, dans le temps, il y avait quelque petite chose entre vous et maman Thérèse, en tout bien tout honneur, s’entend.

– Ça fait intégralement partie de l’histoire, répondit Badoît avec un gros soupir. Une affaire de délicatesse et de sentiment; elle avait des restes agréables. Ça n’a pas réussi, rapport à son changement de position, mais on continue de s’entre-estimer.

– Elle est remariée?

– Elle a refusé pareillement M. Chopand et M. Mégaigne, par suite d’un souvenir ou autre. Elle est dans du coton à présent, heureuse et bien casée, en province, maison du général de Champmas.

– Ah! ah! fit Pistolet. Celui qui devait y passer là-haut, à la place de M. Jean Labre? Encore un que j’ai rencontré à bord du Robert-Surcouf. Bon tabac. Est-il revenu?

– Après qu’il a eu sa grâce, oui; mais à la condition de vivre comme un ermite à sa campagne, dans le département de l’Orne, Normandie.

– Et c’est là qu’est maman Thérèse? À quoi faire?

– C’est là. À rien faire.

Pistolet parut réfléchir. Cela ne lui arrivait pas souvent. Le garçon rentra et servit.

– À ta santé, Clampin, ma vieille, dit M. Badoît en versant le premier verre. Quand on te regarde bien, on voit tout de même que la barbe aurait pu te pousser si elle avait voulu. Quel âge as-tu, au vrai?

– L’âge des amours, patron. À la vôtre! et chiquons! Il reprit, la bouche déjà pleine:

– Ça n’est pas pour cacher ma vétusté; au contraire, je m’en fais gloire. Tout le monde a de la barbe. Les dames savent qu’on peut me respirer sans danger, comme les fleurs. Quoi donc! je les aime depuis longtemps, en ma qualité de singe Cupidon. Succès partout, jamais de cruelles. Je parierais pour moi contre don Juan.

– Tu as donc été au Théâtre-Français, toi, Clampin?

– Le plus souvent! J’ai vu Don Juan à Bobino. Est-ce qu’on en parle aussi dans les autres théâtres? Mais, dites donc! savez-vous avec qui je jouais tout à l’heure à la pigoche [3], monsieur Badoît?

– Non; dis-le.

– Un curieux lapin! ce qui me fait penser à lui c’est l’idée que je n’ai jamais tiré à la conscription. Trop jeune, depuis quinze ou vingt ans! lui, le Landerneau, dit Trente-troisième, eut l’honneur de faire ma connaissance, le jour de son conseil de révision. Il avait eu le n° 1. Sonnez, clairons! J’étais alors la récréation de la servante à tout faire d’un herboriste et je donnais des consultations gratuites dans le quartier, moyennant vingt-cinq centimes de pourboire. J’en ai sauvé des chevaux de citadines! Landerneau vint me demander combien lui coûterait une maladie d’yeux incurable. Je demandai à la bonne, qui demanda à son marchand de fleurs de tilleul, et mon Landerneau eut sa maladie: à preuve qu’il est resté deux ans aveugle. Le soir du matou, il était avec Coyatier, vous savez?

– Ici? dit M. Badoît en tressaillant.

Pistolet regarda le plafond et répéta:

– Ici.

– Et tu sais où le retrouver?

– À peu près. Il est riche et fait semblant de ramasser des chiffons. Je connais Mme Choufleur, son épouse actuelle, qui voiture les quatre-saisons.

Il s’interrompit pour crier d’une voix de rogomme:

– À deux sous, le gros tas, à deux sous.

Puis il reprit gravement:

– Un amour de femme!

Badoît lui versa à boire avec enthousiasme.

– Tu vaux ton pesant d’or! s’écria-t-il.

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[3] Sorte de jeu qui consiste à faire sortir d'un cercle tracé à terre une pièce de monnaie, en jetant dessus une autre pièce. [Littré] (Note du correcteur – ELG.)

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