Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:
– Garçon! des balances! fit Pistolet qui but après avoir salué.
Il reprit encore:
– Et je connais aussi le frère de sa première femme, Coterie, dit le Réveil de Pantin-la-Galette, ancien compagnon maçon qu’on a chassé du Devoir et qui balaie en chef à la Chambre des pairs.
– Pourquoi me parles-tu de celui-là?
– Parce qu’il était aussi avec M. Coyatier, le soir du matou – là-haut.
– Ah çà! fit Badoît, ils étaient donc une douzaine?
– Ils étaient trois, répliqua Pistolet: Coyatier, Coterie qui était maçon, et Landerneau qui était menuisier. Coyatier avait un pic d’ouvrier terrassier, Coterie avait un marteau, sa truelle et son auge, Landerneau avait sa boîte d’état. Quand ils sortirent, Landerneau portait une valise.
Badoît le regarda en face.
– Alors tu sais ce qui s’est passé ici dessus? prononça-t-il à voix basse.
– Vous aussi, patron.
– J’entends: tu sais les détails?
– Non, mais je les saurai quand je voudrai.
Badoît baissa encore la voix.
– Lequel des trois, demanda-t-il, est allé, le lendemain, chez le notaire de la rue Vieille-du-Temple?
– Quant à ça, répondit Pistolet, ni vu ni connu! j’ignorais ce détail, quoique j’y suis allé, moi aussi, le lendemain du fameux soir, dans cette même boutique du notaire de la rue Vieille-du-Temple, et que ça m’étonna d’entendre les clercs qui parlaient de M. Labre. Moi, j’étais là pour me ranger. Mais nous ne mangeons plus, patron! Au diable les Habits Noirs, jusqu’après le café! Une idée! je vas vous raconter mes voyages, et nous reprendrons votre commerce au dessert.
II Aventures de Pistolet
M. Badoît regardait son ancienne mouche avec une admiration croissante. Il murmura:
– Dire que nous avons cherché pendant trois ans!
– Et quatre mois, patron! C’est que je n’étais pas là. Et pendant ces trois ans et quatre mois j’ai cherché aussi quelque chose que je n’ai pas trouvé: une position sociale pour me ranger; mais là, à fond, avec femme légitime, enfants, table ouverte, rentes sur l’État, décoration et autres. À Paris, je m’étais déjà coupé en quatre, à votre insu, j’avais remué ciel et terre. Néant. Ma dernière visite fut pour le notaire de la rue Vieille-du-Temple qui ne voulut pas de moi pour saute-ruisseau. La machine de la veille m’avait un peu fatigué, et les dames que je fréquentais à Bobino n’aimaient pas la police.
«Voyez-vous, patron, dans le monde, je n’ai jamais avoué que je tenais à la préfecture par un petit bout de bricole. Ça m’aurait ravalé. J’avais dit à Mèche… Vous savez, Mèche, Mme Pistolet? Je ne l’ai pas retrouvée à Paris. Je lui avais dit, et aux autres aussi, que j’étais employé dans les Habits Noirs, pour me faire un peu mousser avantageusement.
– On aime donc mieux les voleurs que les archers, dans ton monde, Clampin? demanda Badoît.
– Parbleu! répliqua le gamin. Mèche me regardait avec respect. Elle aurait bien voulu que je la présente aux Habits Noirs, et les autres aussi, ça plaît aux dames. Alors donc, ayant honte de l’état, je me dis: Faut se nettoyer!
«Faut être par exemple officier de marine, remarquable par l’uniforme, la bravoure et l’instruction. J’allai donc attendre la malle-poste du Havre hors barrière, et j’y montai par-derrière.
«En route, je mangeai ma chemise et mes chaussettes: pas gras.
«Au Havre, je tombai justement sur un navire en partance: celui qui avait amené d’Amérique le frère de M. Paul, et celui qui emmenait le général de Champmas en Angleterre. Est-ce curieux?
– Alors! fit M. Badoît, tu dois en savoir long, petit!
– Je sais que le général avait du bon tabac, et qu’il n’était pas fier. Je sais que le Bas-Breton de capitaine Legoff n’avait jamais vu, disait-il, un si joli passager que M. Jean Labre.
«Je ne restai pas longtemps dans la marine, voyez-vous, patron. Il y avait un polisson de maître qui m’aimait comme ses yeux, et qui voulait faire mon éducation. Je lui passai la jambe, un jour qu’il m’avait allongé un coup de filin.
«Dans la marine, faut jamais plaisanter. Au bloc!
«On m’avait dit que je serais obligé d’attendre cent sept ans avant d’être nommé amiral, et je n’avais mis que trois jours à me faire flanquer au cachot. Vous concevez? J’étais venu à bord du Robert-Surcouf à la nage, à la nage je m’en allai, entre deux eaux, bien gentiment, et j’abordai à Liverpool, où je m’engageai comme déchargeur de charbon, à trois shillings la journée.
«Ça paraît bon: 3 francs 15 sous, mais dans ce pays-là, la soupe coûte aussi cher qu’ici le pâté de foie gras: en plus que j’eus des raisons avec un camarade qu’était boxeur de son état.
«Il avait dit que Wellington avait plus de jugeote que Bonaparte. Moi, au fond, ça m’est inférieur, mais y a la patrie, pas vrai? Je répondis: Des choux! Votre Wellington, c’est deux sous le tas, à Paris, dans la saison des primeurs. Il me fit cadeau d’un coup de poing à tuer le rhinocéros du Jardin des Plantes. Je l’éborgnai d’un coup de talon.
«- ‘Tis to be sold-out, boys! regular fun indeed! Qui veut dire en français: «Garçons, faut y aller! invitez vos dames!»
«On nous entoura. Ils avaient tous une envie rouge de voir comment le boxeur allait m’assommer. Tâche! C’était son œil droit et mon talon gauche qu’avaient travaillé; je lui fourrai mon talon droit dans son œil gauche et ça fut fini.
«En France, on m’aurait mis au violon. Voilà la supériorité des Anglais. Je fus porté en triomphe et on m’offrit vingt-cinq guinées, qui fait six cent vingt-cinq francs, pour aveugler un boxeur noir qu’arrivait de Londres en représentations. Ça me dégoûta dans ma fierté. Je voyais pour me ranger, pas vrai, et que non point pour servir de pâture aux spectacles publics de l’ennemi.
«En conséquence de quoi, j’entrai dans le commerce des cotons, où je mis le feu en m’y endormant dessus avec ma pipe.
«C’est la chance qui manque.
«Heureusement, c’était assuré à une compagnie qui voulut me faire pendre. Je m’y opposai par la fuite. En chemin, je plus à une demoiselle anglaise qui buvait cent sous de madère à son déjeuner. Elles n’aiment pas la barbe chez notre sexe. J’étais son fait, mais je fus chassé pour avoir dit le nom de mon pantalon, sans ajouter révérence parler et me voilà jouant la tragédie française à Manchester.
«J’apportais les lettres, en vers, sur la scène.
«L’acteur à mille francs par soirée m’appela imbécile et je l’assis sur les planches au milieu du rôle d’Hippolyte qui causait d’amour avec Aricie. Ça déplut. On me logea au pénitencier: vous voyez, je ne me rangeais toujours pas.
«Dans la prison, on me demanda si je voulais aller voir l’Inde et les bayadères. Avec plaisir. C’est pas l’embarras, en route, j’essayai le chausson habituel, mais on me donna la cale qui fait drôlement le caractère de la marine anglaise!
«Les bayadères, c’est la pluie: ça danse dans un sac avec des dents noires comme du café.
«Ah! par exemple, j’eus du bon temps quand je fus pirate, là-bas, sur les brasses du Bengale; mais j’ai le naturel trop doux, la vue du sang m’incommode, et puis on ne se range pas dans cet état-là.