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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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«J’entrai donc au service d’un lord qui voulait grimper au sommet de l’Himalaya; je le lâchai à mi-côte pour suivre des marchands d’opium.

«Parole, si je voulais retrouver tous les chemins par où j’ai passé, je m’égarerais!

«La Chine n’est pas mal. Un mandarin et sa femme se battirent pour moi dans la banlieue de Canton. J’aurais pu rapporter bien des bagatelles.

«Mais ce qui est long, c’est la route royale de Pékin à Saint-Pétersbourg. Et pas d’auberges! Je vivais à Moscou en vendant des cigarettes. Il y fait froid; les fiacres n’ont pas de roues. Je sus m’y concilier comme partout la faveur des dames, mais j’avais l’idée de me ranger, ça m’a perdu.

«L’Allemagne n’est pas un vilain pays pour la bière et les Tyroliennes. Mais concevez, monsieur Badoît, le temps se passait et je me disais: Tu n’as plus qu’un moyen de te ranger, c’est la gloire militaire. Dans ton pays, le soldat a un bâton de maréchal au fond de son sac.

«J’abrège, pas vrai, ça m’étouffe.

«Je tombe donc en Alger où j’obtins le grade de fantassin. Quinze jours après, je passe, au choix, dans une compagnie de discipline. Oui, monsieur Badoît, j’ai le droit de mettre sur mes cartes de visite: Ancien zéphyr.

«Ça ne dura pas tout à fait trois semaines. Je n’avais jamais eu de sabre; le mien me démangeait. Mon sous-lieutenant me regarda de travers un jour qu’il faisait chaud. Je lui dis qu’il avait le nez plein de lait. Il tira son épée, je le désarmai, et puis…

«N’ayez pas peur, monsieur Badoît. Toujours la douceur! Je lâchai mon coupe-choux quand il n’eut plus rien dans la main, et je me bornai à le piétiner, j’entends mon sous-lieutenant… un petit peu trop, car le conseil de guerre me condamna à mort.

«Va te faire fiche! cette façon-là de me ranger ne m’allait pas. J’entrai Bédouin dans la troupe d’Abd-el-Kader, qui voulut me couper la tête, parce que j’avais bu la part de mon chameau.

«C’est des vilaines bêtes, mais fidèles à l’amitié et qui gardent une poire pour la soif dans l’intérieur de leur tempérament… Est-ce que vous dormez, papa Badoît? Hé! là-bas! Mon narré n’est pas de votre goût, peut-être?

– Quand tu auras fini tes menteries, petiot, nous causerons, répondit l’ancien inspecteur paisiblement. Je connais les couleurs.

Pistolet le regarda avec indignation.

– Patron, dit-il, ma parole d’honneur la plus sacrée, j’ai passé sous silence 75 pour 100 de mes malheurs les plus romanesques. C’est pas vous que je voudrais teindre jamais. Et alors, je revins à Alger avec une caravane et je sus obtenir passage pour ma patrie comme marchand de nougat rouge, dont j’ai fait effectivement le commerce dans une boutique à louer du boulevard, avec l’accent du pays, un burnous, et un turban d’occase.

«On pouvait s’y ranger, quoique ça manque de stabilité, étant impossible d’avoir un bail sans payer six mois d’avance. Mais Paris m’a monté tout d’un coup à la tête avec ses voluptés brillantes et ses entraînements pour toutes nos passions.

«La première fois que j’ai vu une affiche de Bobino, j’ai été perdu.

«J’ai mis mon turc au mont-de-piété pour acheter le vrai costume du jeune Parisien populaire, et je me suis élancé vers mon théâtre! Ah! patron! Mèche était partie, et bien d’autres, mais c’est égal, celles qui restaient m’ont toutes reconnu. Les anciennes avaient parlé de moi aux nouvelles. On m’a fait une rentrée… un triomphe! et je me suis replongé dans ma vie d’artiste, composée du jeu, du vin, des belles, avec quoi je la passe douce, piquant les matous qui se sont reproduits à foison dans le quartier, car mon absence a valu une loi sur la chasse, et racontant mes malheurs périodiques avec plaisir aux amis.

Pistolet se tut et avala une bonne lampée de Joigny. Badoît lui dit:

– As-tu fini?

– Pour le moment, oui, patron.

– Veux-tu parler sérieusement?

– Si ça vous va, j’y consens. Faites monter le café… quoique j’en ai humé de meilleur qu’ici dans l’Arabie heureuse, capitale Moka-Corcelet.

Quand le café fuma dans les demi-tasses, M. Badoît se leva et ferma la porte au verrou. Après quoi, il reprit sa place et mit ses deux pouces sur la table.

– Petiot, dit-il, tu as une grande capacité et beaucoup de défauts; on te prend comme tu es. Ne rions plus. Tu avais quelque chose dans le temps pour M. Labre?

– M. Paul! s’écria Pistolet. Un brave jeune homme! Je me mettrais au feu pour lui, si j’étais l’homme incombustible!

– Voilà qui est bien, mais M. Paul est comme toi, il a ses défauts, et il est difficile à servir.

– Pourquoi cela?

– Parce qu’il ne dit pas tout ce qu’il sait. Tu comprends qu’il m’a fallu des obstacles de plus d’une sorte pour m’empêcher, pendant trois ans, de trouver ce que je cherchais.

– Dites ce que vous cherchez, patron.

– La question a l’air bien simple, repartit Badoît qui semblait soucieux, et pourtant on n’y peut répondre d’un mot. Quand Mme Soûlas m’a embauché pour le service de M. le baron, car c’est elle qui m’a fait quitter ma place d’inspecteur, c’était droit comme un I. M. le baron, qui venait de faire un bon héritage, n’était pas millionnaire, mais il avait de quoi payer.

– Quand les choses me gantent, fit observer Pistolet, je me moque pas mal d’être payé, moi.

– Moi, continua l’ancien agent doucement, je vis de pain et de viande. J’ai besoin d’un fixe pour solder le boucher et le boulanger.

– Est-ce que M. Paul ou M. le baron demande du crédit? questionna Pistolet.

– Jamais. Ne me coupe pas le fil, petit. M. le baron paie recta; mais ce que j’ai à te dire n’est pas déjà si facile à détailler. Fais le mort. J’en étais à te spécifier qu’au début tout ça était clair comme de l’eau de roche. Mme Soûlas, pour qui tu connais mes sentiments affectueux, me disait de marcher, je marchais. Depuis, Mme Soûlas a changé pas mal.

– Ah! ah! fit le gamin. Mme Soûlas est-elle maintenant contre M. Paul?

– Ni pour, ni contre, mon bonhomme. Mme Soûlas a un chagrin, un secret, je ne sais pas quoi. J’ai cessé de la comprendre, il y a déjà du temps.

– On tâchera de vous le déchiffrer, patron.

– M. le baron a changé d’avis.

– Et vous ne le comprenez plus?

– Pas si bien qu’autrefois.

– Présent. Nous essuierons vos lunettes.

– Au début, il voulait deux choses: trouver les parents d’une jeunesse qu’il a autant dire adoptée, et mettre la main sur les assassins de son frère.

– Et au jour d’aujourd’hui?

– Aujourd’hui, on ne parle plus de la jeune personne.

– Pourquoi?

– C’est là le hic. Pourquoi?

– Est-ce sa maîtresse, patron?

M. Badoît rougit, tant il était éloigné de cette idée, qui fit naître en lui une sorte d’indignation.

– On te dit: C’est sa fille d’adoption, répliqua-t-il. M. le baron est un honnête homme des pieds à la tête. Et d’ailleurs…

– Et d’ailleurs?

– M. le baron est amoureux fou de Mlle Ysole de Champmas.

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