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Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]

Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:

Jason Taverner est un homme comblé : toutes les semaines, 30 millions de Fans regardent son show télévisé.
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
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Il laissa tomber sa cigarette sur le tapis. Sans bouger, il la contempla. La laine commençait à roussir. Enfin, il l’éteignit d’un coup de talon.

— Vous devriez vous asseoir et vous allonger un peu, lui conseilla Herb. Vous avez une mine épouvantable.

— C’est une chose épouvantable. Véritablement épouvantable. Il y avait une foule de trucs chez elle qui me déplaisaient mais, bon Dieu ! quelle vitalité elle avait ! Sans cesse, elle faisait de nouvelles expériences. N’importe quoi. C’est cela qui l’a tuée. Probablement une nouvelle drogue qu’elle et ses sorciers amateurs d’amis avaient concoctée dans leurs misérables labos clandestins. Quelque chose avec du révélateur photographique, du dranon ou pire encore.

— À mon avis, il faudrait que nous ayons un petit entretien avec Taverner.

— D’accord. Convoquez-le. Il a un micro-émetteur sur lui, n’est-ce pas ?

— Évidemment pas. Tous les bidules que nous lui avons implantés avant qu’il quitte l’Académie ont cessé de fonctionner. Sauf, peut-être, la bombe H miniaturisée. Mais nous n’avons pas de raisons de l’activer.

— C’est un malin, ce salaud. Ou alors, quelqu’un l’a aidé, celui ou ceux avec qui il travaille. Ne vous fatiguez pas à essayer de la faire exploser. Sans aucun doute, un complice la lui a obligeamment extraite de l’épiderme.

Un complice ou Alys. Ma sœur si obligeante qui, à tous les coups, rendait service à la police. Charmant !

— Vous devriez sortir d’ici. Pendant que le bureau du coroner entame l’action judiciaire.

— Ramenez-moi à l’Académie. Je ne suis pas en état de conduire. Je tremble trop. (Il sentit quelque chose sur sa figure et se tâta le menton. Il était humide.) Qu’est-ce que c’est que ça ? dit-il avec étonnement.

— Vous pleurez, répondit Herb.

— Ramenez-moi à l’Académie. Il faut que je règle les affaires courantes avant de vous passer le relais. Après, je reviendrai ici.

Peut-être que Taverner lui a fait absorber quelque chose. Mais Taverner n’est rien. Elle n’a pas eu besoin de lui pour ça. Et pourtant…

— Venez.

Herb le prit par le bras et l’entraîna dans l’escalier.

— Avez-vous jamais pensé que vous me verriez pleurer un jour, Herb ? dit Buckman en descendant.

— Non. Mais c’est compréhensible. Vous étiez très proches, elle et vous.

— Vous pouvez le dire ! s’exclama Buckman avec une rage soudaine. Quelle conne ! Je l’avais prévenue que ça finirait comme ça. Qu’un de ses amis imaginerait une décoction quelconque et l’utiliserait comme cobaye.

— Ne vous fatiguez pas trop au bureau, dit Herb tandis qu’ils se dirigeaient vers leurs aéromobiles parqués à l’extérieur. Expédiez juste les affaires en cours pour que je puisse vous relayer.

— C’est exactement ce que j’ai dit. Personne ne m’écoute, bon Dieu !

Herb lui donna l’accolade et resta muet. Les deux hommes traversèrent la pelouse en silence.

— Il y a des cigarettes dans mon manteau, dit Herb qui pilotait pendant le trajet de retour à l’Académie.

C’était la première fois que l’un des deux hommes desserrait les dents depuis qu’ils avaient embarqué.

— Merci.

Buckman avait épuisé sa ration de tabac hebdomadaire.

— Il y a un problème dont je voudrais que nous discutions. J’aurais préféré attendre mais c’est impossible.

— Avant d’arriver au bureau ?

— Nous risquons de trouver là-bas des hiérarques. Ou n’importe qui. Des gens de mon équipe, par exemple.

— Je n’ai rien d’autre à dire que…

— Écoutez-moi. C’est à propos d’Alys. De votre mariage. C’est votre sœur…

— Mon inceste, fit Buckman d’une voix rude.

— Quelques-uns des maréchaux sont peut-être au courant. Alys en a parlé à des foules de gens. Vous savez quelle était son attitude à ce sujet ?

— Elle en était fière, dit Buckman en allumant une cigarette, non sans peine.

Il n’était pas encore revenu de sa surprise en constatant qu’il pleurait. Il faut vraiment que je l’aie aimée, songea-t-il. Pourtant, j’avais l’impression de n’avoir pour elle que des sentiments de peur et de répulsion. Plus du désir. Combien de fois en avons-nous discuté avant de nous y résoudre ! Toutes ces années !

— Je n’en ai jamais parlé à personne en dehors de vous, Herb.

— Mais Alys ?

— D’accord. C’est vrai, il est possible que certains maréchaux soient au courant de la situation. Peut-être aussi le Directeur… à supposer qu’il s’en soucie.

— Les maréchaux qui sont vos adversaires et qui sont au courant de… (il hésita) votre inceste diront qu’elle s’est suicidée. Par honte. Vous pouvez en être sûr. Et ils mettront les médias dans le coup.

— Vous croyez ?

— Oui, voilà une nouvelle intéressante. Un général de police marié à sa sœur. Et le fruit de leur union : un enfant clandestin caché en Floride. Le général et sa femme jouant à papa-maman en Floride, quand ils allaient voir le gamin. Et le gamin… produit d’un héritage génétique inévitablement dégénéré.

— Ce que je veux vous faire toucher du doigt, et il faut malheureusement que vous examiniez le problème tout de suite malgré la disparition si récente d’Alys…

— Il y a le coroner. Il est à nous. (Buckman ne voyait pas où Herb voulait en venir.) Il déclarera qu’elle a succombé à une overdose d’une drogue semi-toxique. Ce qu’il nous a déjà dit.

— Mais prise volontairement. Une dose suicidaire.

— Que voulez-vous que je fasse ?

— Obliger le coroner – lui en donner l’ordre – à ouvrir une enquête pour meurtre.

Cette fois, Buckman comprit. Il y aurait pensé lui-même plus tard après s’être remis du choc, mais Herb Maime avait raison. Il fallait dès maintenant regarder les choses en face. Avant d’arriver à l’Académie.

— Nous pourrons alors prétendre…

Felix Buckman l’interrompit :

— Que certains éléments de la hiérarchie policière hostiles à la politique que j’ai menée en ce qui concerne les camps de travail se sont vengés en assassinant ma sœur.

L’idée que, déjà, il pensait à des choses pareilles le faisait frémir mais…

— Quelque chose comme ça, dit Herb. Sans citer personne. Aucun maréchal, je veux dire. Il faut seulement insinuer qu’ils ont engagé quelqu’un pour faire ce travail. Ou qu’ils ont assigné cette tâche à un jeune cadre ambitieux désirant sortir du rang. Ne pensez-vous pas que j’ai raison ? Et il nous faut agir rapidement. Faire une déclaration à chaud. Dès que nous serons à l’Académie, vous devriez envoyer une note en ce sens à tous les maréchaux et au Directeur.

Je suis contraint de transformer un drame personnel terrible en avantage, réalisa Buckman. Profiter de la mort accidentelle de ma propre sœur. À supposer que sa mort ait été effectivement accidentelle…

— C’est peut-être vrai, murmura-t-il.

Il n’était pas impossible que le maréchal Holbein, par exemple, qui le détestait profondément, ait tout organisé.

— Non, ce n’est pas vrai, dit Herb. Mais ordonnez une enquête et trouvez un bouc émissaire. Il faut qu’il y ait un procès.

— Oui, approuva Buckman d’une voix sans timbre.

En bonne et due forme. Se terminant par une exécution. Avec, dans les communiqués de presse, quantité d’inquiétantes allusions laissant entendre que de « hautes autorités » étaient impliquées dans l’affaire mais que ces personnages, eu égard à leur position, étaient intouchables. Le Directeur, espérons-le, exprimerait officiellement son émotion concernant la tragédie, ainsi que le vœu que les coupables soient découverts et châtiés.

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