Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1970
- Язык: французский
- Год: OPTA
- Переводчик: Jacques de Tersac
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]». Краткое содержание книги:
Vous allez dire que je ne suis jamais content, mais vous ne croyez pas qu'il y a de quoi vous faire regretter notre bonne vieille Terre, Sud-Est asiatique ou pas ? Et encore, je ne vous raconte pas tout !
J’avais disposé armes et troupes du mieux possible : Rufo, à l’arrière-garde avec une provision de flèches qu’il pouvait utiliser si nécessaire et sa position lui donnerait le temps voulu pour prendre ou son épée ou son « fusil » d’infanterie, selon ce qu’il jugerait bon… et je n’avais pas de conseils à lui donner ; il tirerait à bon escient.
J’étais ainsi protégé sur mes arrières par des armes à longue portée, des armes anciennes et des armes ultra-modernes, des armes qui se trouvaient entre les mains de gens qui savaient s’en servir et qui avaient l’esprit combatif, ce dernier point étant celui qui comptait le plus. (Savez-vous seulement combien d’hommes, dans un peloton, tirent vraiment au cours d’un combat ? Peut-être six, plus vraisemblablement trois. Les autres sont pétrifiés par la peur.)
Pourtant, pourquoi n’avais-je pas mis mon épée au fourreau pour prendre en main une de ces merveilleuses armes ?
Une épée bien équilibrée est l’arme la plus souple jamais conçue pour le combat rapproché. Les pistolets et les fusils sont des armes offensives, pas des armes défensives ; rapprochez-vous rapidement d’un homme armé d’un fusil et il sera incapable de tirer, il doit vous arrêter avant même que vous l’ayez atteint. Rapprochez-vous de quelqu’un qui est armé d’une arme blanche et il pourra vous embrocher comme un pigeon rôti, à moins que vous n’ayez vous-même une lame et que vous sachiez vous en servir mieux que lui.
Une épée ne s’enraye jamais, on n’a jamais besoin de la recharger, elle est toujours prête. Son plus grand désavantage est qu’elle nécessite une grande adresse, qu’il faut s’y exercer longuement, patiemment pour acquérir cette adresse ; et on ne peut enseigner l’escrime aux nouvelles recrues en quelques semaines, ni même en quelques mois.
Et, par-dessus tout (et c’était la véritable raison) avoir Lady Vivamus dans la main et sentir son envie de piquer me donnait du courage dans cet endroit qui m’emplissait d’inquiétude.
Ils (qu’importe qui étaient « Ils ») pouvaient nous tendre des embuscades, nous mitrailler, nous gazer, nous piéger, nous faire beaucoup de choses. Mais ils pouvaient nous faire tout cela, même si je portais un de ces étranges pistolets. Épée à la main, j’étais détendu, rassuré… et cela rassurait aussi mon minuscule « commando ». Si un chef de peloton a besoin de porter sur lui une patte de lapin, – et c’est ce qu’ils font tous, – pour moi, la sensation de cette douce lame était un remède bien supérieur à toutes les pattes de lapin du Kansas.
Le corridor s’allongeait devant nous, sans ouverture, sans bruit, sans menaces. Déjà, on ne pouvait plus voir l’ouverture sur l’extérieur. La grande Tour semblait vide, mais pas morte ; elle était aussi vivante qu’un musée pendant la nuit, plein de mauvais présages venus d’autres âges mais toujours présents. Je serrai fortement la garde de mon épée dans ma main ; puis, revenant à la conscience, je me détendis et fis jouer les articulations de mes doigts.
Nous arrivâmes alors à un tournant brusque. Je me suis arrêté d’un seul coup. « Star, ce tournant ne figurait pas dans ta maquette. »
Elle ne répondit pas. J’insistai : « Non, il n’y était pas. N’est-ce pas ? »
— « Je n’en suis pas certaine, seigneur. »
— « Eh bien ! Moi, je le suis. Hmm…»
— « Patron, » dit Rufo, « Êtes-vous vraiment bien certain que nous sommes entrés par le bon trou ? »
— « J’en suis certain. Je peux me tromper mais je n’ai pas de doute… et, si je me trompe, nous sommes morts, de toute manière. Mmm… Rufo, prends ton arc, mets ton chapeau sur la pointe de présente-le dans l’angle, vers l’endroit où l’on pourrait faire le guet s’il y avait quelqu’un de l’autre côté de ce tournant, et tiens-le bien pendant que je regarde, en me plaçant plus bas. » Je me mis sur le ventre.
— « Prêt ?… maintenant ! » À six pouces au-dessus du sol, je risquai un coup d’œil pendant que Rufo essayait d’attirer le feu ennemi au-dessus de moi.
Rien en vue, le corridor était vide, pour le moment.
— « Ça va, suivez-moi ! » Nous nous hâtâmes de prendre le tournant.
Au bout de quelques pas, je m’arrêtai. « Fichtre de fichtre ! »
— « Quelque chose qui ne va pas, patron ? »
— « Et comment ! » Je me retournai en reniflant. « Cela va aussi mal que possible. L’Œuf est là-haut, dans cette direction, » dis-je en faisant un geste du doigt. « Peut-être à deux cents yards d’ici… d’après la maquette. »
— « Et alors ? »
— « Je ne suis pas certain. C’était cette même direction et le même angle, sur notre gauche, avant que nous ne tournions. Aussi, maintenant, il devrait être sur notre droite. »
— « Mais, patron, » dit Rufo, « pourquoi ne pas se contenter de suivre tout simplement l’itinéraire que vous avez appris par cœur ? Vous ne pouvez pas vous rappeler tous les…»
— « Ferme-la ! Surveille par-devant, dans le corridor. Star, reste là au coin et protège-moi. Je vais tenter quelque chose. »
Ils prirent place, Rufo « les yeux devant » et Star à un endroit d’où elle pouvait surveiller les deux côtés, près du coude à angle droit. Je revins dans la première portion du corridor, puis retournai vers eux. Juste avant le tournant, je fermai les yeux et continuai à avancer.
Au bout d’une douzaine de pas, je rouvris les yeux. « Voilà la preuve, » dis-je à Rufo.
— « La preuve de quoi ? »
— « Que le corridor ne tourne pas. » Et je fis un geste en direction du tournant.
Rufo parut ennuyé. « Patron, comment vous sentez-vous ? » me dit-il en essayant de me tâter la joue.
Je le repoussai : « Je n’ai pas de fièvre. Venez avec moi, tous les deux. » Je les conduisis à quelque cinquante pieds du tournant puis m’arrêtai. « Rufo, lance une flèche contre le mur qui est devant nous, juste au tournant. Vise assez haut pour que la flèche touche le mur à une dizaine de pieds de hauteur. »
Rufo exhala un soupir mais m’obéit. La flèche partit parfaitement bien, disparut dans le mur. Rufo haussa les épaules : « Ça m’a l’air d’être plutôt mou ici. Vous m’avez fait perdre une flèche, patron. »
— « Peut-être. À vos places, maintenant, et suivez-moi. » Nous prîmes de nouveau le tournant et là, sur le sol, se trouvait la flèche perdue, tombée à environ la même distance du tournant que celle d’où elle avait été tirée. Je laissai Rufo la ramasser ; il regarda avec attention la pointe qui avait été affûtée dans l’atelier du Doral et remit la flèche dans son carquois. Il ne dit rien. Nous continuâmes à avancer.
Nous arrivâmes ensuite dans un endroit où se trouvaient des marches qui descendaient, alors que le croquis que j’avais en mémoire m’indiquait des marches qui montaient. « Faites attention à la première marche, » dis-je derrière moi. « Tâtez le bord avec le pied et ne tombez pas. »
Les marches semblaient normales, pour des marches qui descendaient, à la différence près que mon sens de l’orientation me disait que nous montions, et notre destination changeait de direction, aussi bien horizontalement que verticalement, en fonction de ce curieux phénomène. Je fermai les yeux pour faire une brève expérience et je m’aperçus que nous grimpions, et que seule ma vue me trompait. J’avais l’impression de me trouver dans une de ces « Maisons-Folles » de parc d’attractions dans lesquelles le niveau du plancher est tout sauf un niveau ; c’était ça à la puissance trois.
Je cessai de me poser des questions sur la précision du croquis que m’avait montré Star et je suivis le chemin que j’avais en tête sans me préoccuper de ce que me disaient mes yeux. Quand il y avait un embranchement quadruple alors que ma mémoire ne m’en indiquait qu’un seul, avec une impasse, sans hésiter je fermais les yeux et suivais mon nez… et l’Œuf restait où il devait se trouver, dans mon esprit.