Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1970
- Язык: французский
- Год: OPTA
- Переводчик: Jacques de Tersac
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]». Краткое содержание книги:
Vous allez dire que je ne suis jamais content, mais vous ne croyez pas qu'il y a de quoi vous faire regretter notre bonne vieille Terre, Sud-Est asiatique ou pas ? Et encore, je ne vous raconte pas tout !
— « Êtes-vous chrétien ? » me demanda-t-il.
— « Qu’est-ce que cela peut vous faire ? »
— « Rien. Le sang est toujours du sang de toutes façons. Si vous êtes chrétien, confessez-vous. Si vous êtes païen, adressez-vous à vos faux dieux. Je ne vous permets pas plus de trois strophes. Moi, je suis sentimental et j’aime bien savoir qu’est-ce que je tue. »
— « Je suis américain. »
— « Est-ce une province ? ou une maladie ? Et que faites-vous donc à Hoax ? »
— « Hoax ? Hokesh ? »
Il haussa les sourcils sans que sa lame déviât le moins du monde. « Hoax, Hokesh – c’est une question de géographie et d’accent ; ce château se trouvait autrefois dans les Carpathes, et c’est pourquoi il s’appelle Hokesh, si du moins ce renseignement doit vous procurer une mort plus gaie. Et maintenant, venons-en aux chants. »
Il avança si rapidement, d’un mouvement tellement égal qu’il sembla en lévitation ; nos lames se heurtèrent quand je parai son attaque par un contre de sixte et que je ripostai, pour être contré : attaque, parade, riposte, battez et tirez droit, la succession des mouvements était tellement liée, tellement longue, tellement variée qu’un spectateur aurait pu croire que nous étions en train de nous saluer selon les règles.
Mais moi, je savais. Cette première attaque avait pour but de me tuer, comme tous ses autres mouvements tout au long de cette passe d’armes. Et, en même temps, il me tâtait, il essayait mon poignet, il cherchait mon point faible, se demandant si je craignais la garde basse, retournant en garde haute toujours, cherchant peut-être à lier mon épée pour me désarmer. Jamais je ne pus me fendre, jamais je n’eus d’occasion ; tout m’était imposé, et je me contentais de riposter, pour rester en vie.
En moins de trois secondes je sus que je me trouvais devant un escrimeur bien meilleur que moi, dont le poignet était d’acier, mais avait la souplesse d’un serpent. C’était le premier escrimeur que je rencontrais qui utilisait les gardes de prime et d’octave, qui les utilisait, je veux dire, avec autant d’aisance que celles de sixte et de quarte. Tout le monde les apprend et mon propre maître d’armes m’avait enseigné à les utiliser aussi souvent que les six autres, mais la plupart des escrimeurs ne s’en servent pas ; il leur arrive parfois d’y être contraints, mais ils y sont maladroits et c’est en général juste avant d’être touchés.
J’allais perdre, non pas une touche mais la vie ; je savais, bien avant la fin de cette première passe, que c’était ma vie que j’étais sur le point de perdre, selon toutes probabilités.
Et pourtant, au premier engagement, cet idiot se mit à chanter !
Dors donc, rends-toi à ma merci.
Son chant dura assez longtemps pour qu’il m’attaque au moins trente fois et presque avec succès mais, au dernier mot, il rompit avec autant de douceur, sans prévenir, comme il avait attaqué.
— « Viens, viens, mon garçon ! » me dit-il. « Ressaisis-toi ! Voudrais-tu me laisser chanter seul ? Voudrais-tu mourir comme un clown sous les yeux des dames ? Chante !… et dis au revoir avec grâce, et que le dernier vers de ta chanson s’échappe avec ton dernier souffle. » Il fit un appel du pied. « Essaye ! De toute manière, c’est le même prix ! »
Je ne baissai pas les yeux, au bruit de son appel du pied ; c’est un vieux truc et certains escrimeurs frappent du pied à chaque pas en avant, à chaque feinte, chaque fois qu’ils rompent. Cela leur permet parfois de toucher. J’avais failli tomber dans le piège mais m’étais ressaisi au dernier moment.
Ses paroles me donnèrent cependant une idée. Il n’avait pas beaucoup d’allonge et, s’il est bon de se fendre à fond quand on tire au fleuret, c’est trop dangereux quand on se bat vraiment. J’avais rompu, le dos au mur. Dans peu de temps, dès qu’il attaquerait de nouveau, ou je me ferais piquer au mur comme un papillon, ou bien je trébucherais sur quelque chose que je n’avais pas vu, je basculerais cul par-dessus tête et me ferais piquer comme un papier gras sur la pelouse d’un parc. Je n’osais pas rester le dos au mur.
Le pis, c’est que Star pouvait sortir à tout moment du trou de rat derrière moi et risquait donc de se faire tuer en surgissant, même si je réussissais à le tuer au même instant. Si je pouvais cependant le contourner… Ma bien-aimée était une femme pratique, et elle n’aurait aucun scrupule sportif à le poignarder dans le dos.
Il y avait cependant une heureuse contrepartie à ces sinistres pensées, c’était que si je sacrifiais à sa curieuse fantaisie, si j’essayais de versifier et de chanter, il n’était pas impossible qu’il ait envie de jouer avec moi, qu’il prenne du plaisir à entendre ce que je pourrais inventer, qu’il attende un moment avant de me tuer.
Malheureusement, les idées ne me venaient pas et j’étais incapable de traduire ces pensées en actes. Sans que je m’en aperçoive, il m’avait piqué à l’avant-bras ; ce n’était qu’une égratignure que Star pourrait réparer en quelques minutes, mais qui n’allait pas tarder à m’affaiblir le poignet et je serais alors fort désavantagé pour les gardes basses, car le sang rendrait glissante la fusée de mon arme.
— « Première strophe, » annonçai-je en avançant et en battant légèrement son fer. Il répondit légèrement lui aussi, sans attaquer, jouant avec l’extrémité de ma lame et, pendant quelques instants, ce ne fut qu’une série de contres et de dégagements précis.
C’était exactement ce que je désirais. Je commençai alors à me déplacer vers la droite tout en récitant,… et il me laissa faire :
— « Continue, mon vieux, continue ! » dit-il avec une joie d’enfant. « Pas de marchandage, il faut toujours honorer le bétail ! Les rimes sont faibles, et le rythme mauvais. Continue donc ta chanson, mais sans bredouiller, cette fois ! »
— « Je vais essayer, » dis-je tout en continuant mon mouvement tournant par la droite. « Seconde strophe…»
Sur ces mots, je me ruai sur lui.
Cela ne marcha pas tout à fait. Il avait bien, comme je l’avais espéré, relâché un peu son attention, pensant naturellement que j’allais continuer mon histoire idiote, sans trop penser au combat.
Je le pris au dépourvu, garde baissée, mais il ne rompit pas, il se contenta de parer avec force et nous nous retrouvâmes tout à coup dans une position impossible, au corps à corps, les épées engagées jusqu’à la garde, presque en tête à tête.
Il me rit au nez, se dégagea, en même temps que moi, et nous nous retrouvâmes tous les deux en garde. Mais j’avais gagné un avantage. Nous n’avions combattu qu’avec la pointe. Avec les épées, la pointe est plus dangereuse que le tranchant mais mon arme les possédait tous les deux ; et un homme qui a l’habitude de se battre à l’épée est souvent mauvais sabreur. Au moment où nous nous séparions, je lui assenai un coup de tranchant sur le crâne.
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En français dans le texte. (N.D.T.)