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Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]

Электронная книга - «Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]». Краткое содержание книги:

Je n'étais pas très chaud pour partir en colonie de vacances dans le Sud-Est asiatique, mais on ne m'avait pas donné le choix. Enfin, à mon retour, j'avais une belle cicatrice toute neuve sur la figure et un billet de Sweepstake gagnant dans la poche grâce auquel j'ai rencontré la plus belle sorcière des Vingt Univers. C'est là que mes ennuis ont commencé : je me suis retrouvé dans un monde parallèle, à pourchasser des rats gros comme des loups, des dragons cracheurs de feu (évidemment), et même un Ogre, tout en essayant d'échapper aux Fantômes à Longues Cornes et autres Ecumeurs des Eaux Glacées. Sans compter Celui-Qui-N'a-Jamais-Vu-Le-Jour et Celui-Qui-Dévore-Les-Âmes. Et tout ça pour récupérer un oeuf de Phénix…
Vous allez dire que je ne suis jamais content, mais vous ne croyez pas qu'il y a de quoi vous faire regretter notre bonne vieille Terre, Sud-Est asiatique ou pas ? Et encore, je ne vous raconte pas tout !
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Mais l’Œuf ne se rapprochait pas obligatoirement à chaque tournant, à chaque courbe, sauf si l’on part du fait que la ligne droite n’est pas toujours le plus court chemin d’un point à un autre… mais est-ce bien toujours vrai ? Notre chemin était tout aussi tortueux que des intestins dans un ventre ; l’architecte avait dû utiliser un cor d’harmonie en guise de fil à plomb. Ce fut encore pire, lorsque, plus loin, nous étions en train de grimper des escaliers « vers le haut », – alors que le croquis indiquait un sol plat : nous fûmes tout à coup surpris par une anomalie gravitationnelle et nous nous mîmes soudain à glisser vers le plafond.

Il n’y eut pas de mal, si l’on excepte le fait que tout se déforma à nouveau lorsque nous heurtâmes le fond et que nous basculâmes du plafond au sol. Gardant les yeux ouverts, j’aidai Rufo à ramasser les flèches, puis nous repartîmes. Nous nous approchions de la tanière du Jamais-Né… et de l’Œuf.

Les passages commençaient à se rétrécir et devenaient caillouteux, les faux tournants étaient rudes et difficiles à franchir, la lumière commençait à faiblir.

Mais ce n’était pas encore le pire. Je n’ai pas peur de l’obscurité pas plus que des endroits étroits ; il faut que je me trouve dans l’ascenseur d’un grand magasin, un jour de soldes, pour que je commence à souffrir de claustrophobie. Mais j’ai alors commencé à entendre des rats.

Des rats, des quantités de rats, qui couraient et qui se glissaient dans l’épaisseur des murs qui nous entouraient, en dessous de nous, en dessus de nous. Je commençais à transpirer et regrettais d’avoir bu ce grand verre d’eau. L’obscurité et l’étroitesse ne firent qu’augmenter jusqu’à ce que nous rampâmes dans un tunnel rugueux creusé dans le roc, avançant péniblement sur le ventre dans une obscurité totale comme si nous étions en train de nous évader du château d’If[57]… et les rats nous frôlaient maintenant, avec des petits cris ; on aurait cru qu’ils bavardaient.

Non, je n’ai pas crié. Star était derrière moi ; elle ne criait pas et ne se plaignait pas de son bras blessé, aussi ne pouvais-je pas crier. Chaque fois qu’elle progressait, elle me caressait le pied pour me dire que tout allait bien pour elle et pour me signaler que tout était parfait aussi pour Rufo. Nous ne gaspillions pas nos forces en bavardages.

Je vis faiblement quelque chose devant moi, deux fantômes de lumière ; je m’arrêtai, et regardai en clignant les yeux, et regardai encore une fois. Puis je soufflai à Star : « Je vois quelque chose. Reste tranquille pendant que j’avance pour voir ce que c’est. Tu m’entends ? »

— « Oui, seigneur Héros. »

— « Dis-le à Rufo. »

C’est alors que je fis la seule chose courageuse que j’aie jamais faite de toute ma vie : j’avançai. La bravoure, c’est de continuer au hasard, alors qu’on est tellement terrifié que vos sphincters n’arrêtent plus rien du tout, que l’on est incapable de respirer et que l’on croit que son cœur va s’arrêter, et c’est bien là une description exacte, à ce moment-là, d’E.C. Gordon, ex-soldat de première classe et héros de profession. J’étais on ne peut plus certain de la nature de ces deux faibles lueurs, et plus j’avançais, plus j’en étais certain… je pouvais sentir cette maudite chose et situer sa silhouette.

Un rat. Pas un de ces rats ordinaires qui vivent dans les décharges d’ordures des villes et qui grignotent quelquefois les bébés, mais un rat géant, assez gros pour bloquer le trou de rat où je me trouvais mais cependant un peu plus petit que moi, ce qui lui laissait assez de place pour manœuvrer et pour m’attaquer, … et moi, de la place, je n’en avais pas. La meilleure chose que je pouvais faire, c’était de me tortiller pour avancer, en tenant mon épée devant moi et d’essayer de fixer le but afin de le toucher, de lui faire avaler de l’acier car si je ratais le bon endroit je n’aurais plus alors que mes mains nues et même pas de place pour m’en servir. Il serait alors tout contre mon visage.

J’avais dans la gorge un goût de bile amère mais je continuais d’avancer petit à petit. Ses yeux me semblèrent s’abaisser un peu comme s’il se préparait à charger.

Mais il n’y eut aucune charge. Les lumières se firent plus nettes et s’écartèrent ; quand j’eus encore risqué un ou deux pas je compris avec grand soulagement qu’il ne s’agissait pas des yeux d’un rat mais de quelque chose d’autre, d’autre chose dont je ne me souciai pas.

Je continuai donc d’avancer pas à pas. Non seulement l’Œuf se trouvait dans cette direction mais je ne savais pas encore de quoi il s’agissait et il valait mieux que j’aille voir avant de dire à Star de me rejoindre.

Les « yeux » étaient constitués par deux trous jumeaux percés dans la tapisserie qui couvrait l’extrémité du trou de rat. Je pouvais maintenant en voir la trame et je découvris que je pouvais regarder à travers l’une des déchirures si je me levais.

Au-delà de la tapisserie, il y avait une grande pièce dont le sol se trouvait à deux pieds en dessous de celui de l’endroit où j’étais. Tout au fond, à cinquante pieds, un homme était assis sur un banc en train de lire un livre. Pendant que je l’observais, il leva les yeux et regarda vers moi. Il parut hésiter.

Moi, je n’hésitai pas. Le trou s’était suffisamment agrandi pour que je puisse ramener un pied en dessous de moi ; je m’élançai en écartant la tapisserie avec mon épée. Je trébuchai, pour me retrouver immédiatement sur mes pieds, en garde.

Il se montra au moins aussi rapide que moi. Il avait laissé tomber le livre sur le banc et avait tiré son épée ; il s’était avancé vers moi, pendant que je surgissais de mon trou de rat. Il s’arrêta, les jambes fléchies, le poignet en avant, le bras gauche tendu en arrière, il dirigea la pointe de son arme vers moi, dans une position digne de celle d’un maître d’armes, et me regarda sans engager sa lame qui était encore à trois ou quatre pieds de la mienne.

Je ne me suis pas rué sur lui. Je connaissais une tactique du tout-ou-rien qui m’avait été enseignée par les meilleurs épéistes, et cette tactique consiste à foncer tête baissée, l’arme, le poignet et la lame en pleine extension, – attaquer seulement sans même essayer de parer. Mais cette tactique ne marche que si vous profitez de l’instant exact où vous voyez votre adversaire se relâcher momentanément. Autrement, c’est un véritable suicide.

Cette fois, cela aurait été un vrai suicide. Il était ramassé sur lui-même comme un gros matou. Je l’avais bien jaugé, dès le premier instant. C’était un petit homme bien net, avec des bras assez longs pour sa taille, – je pouvais ou non l’atteindre, plutôt non, car sa rapière était d’un modèle ancien, plus longue que Lady Vivamus (quoique plus lente, à moins qu’il n’eût un poignet extrêmement puissant) – et il était vêtu plus à la mode du Paris de Richelieu qu’à celle de Karth-Hokesh. Non, ce n’est pas exact ; la grande Tour noire n’avait pas de style car, autrement, j’aurais moi-même été démodé avec ma panoplie de faux Robin des Bois. L’Igli que nous avions tué ne portait pas de vêtements.

C’était un vilain petit homme avec une grimace joyeuse et le plus gros nez à l’ouest de Durante, – il me rappelait le nez de mon sergent-chef que l’on avait intelligemment l’habitude d’appeler « Gros-Pif ». Mais la ressemblance s’arrêtait là ; mon sergent-chef ne souriait jamais et avait des petits yeux de cochon ; cet homme-là avait de la fierté et de la gaieté dans le regard.

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Comme le comte de Monte-Cristo, naturellement. (N.D.T.)

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