Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1970
- Язык: французский
- Год: OPTA
- Переводчик: Jacques de Tersac
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]». Краткое содержание книги:
Vous allez dire que je ne suis jamais content, mais vous ne croyez pas qu'il y a de quoi vous faire regretter notre bonne vieille Terre, Sud-Est asiatique ou pas ? Et encore, je ne vous raconte pas tout !
J’avais l’intention de lui ouvrir le crâne, mais je n’avais pas pris d’élan, le coup n’avait pas assez de force ; il lui ouvrit quand même le front presque jusqu’aux sourcils.
— « Touché[59], » hurla-t-il. « Un beau coup, et c’était bien chanté. Voyons la suite. »
— « D’accord, » acquiesçai-je, restant soigneusement en garde, attendant que le sang lui coule dans les yeux. Une blessure au cuir chevelu est celle qui saigne le plus et j’espérais beaucoup de celle-ci. Et le combat à l’épée est une chose étrange. On n’y utilise pas vraiment sa cervelle, car tout va beaucoup trop vite pour cela. C’est le poignet qui pense et qui dit aux pieds et au corps ce qu’il faut faire, en court-circuitant le cerveau, et toutes les pensées qui vous viennent sont emmagasinées pour plus tard, comme dans un programme d’ordinateur.
Je continuai :
Je le touchai à l’avant-bras, comme il m’avait touché, mais plus gravement. Je pensai qu’il était à ma merci et je le pressai vivement. Il fit quelque chose dont j’avais entendu parler mais que je n’avais jamais vu : il rompit rapidement et lança son arme en l’air, pour la rattraper de l’autre main.
Ce n’était pas pour m’arranger : un escrimeur droitier déteste se battre contre un gaucher ; toutes les attaques, toutes les parades sont inversées tandis qu’un gaucher connaît les points faibles des droitiers qui sont la majorité… Et ce fils de sorcière était aussi fort, aussi adroit de sa main gauche que de la droite. Le pire, c’était qu’il me regardait maintenant et que ses yeux n’étaient pas obscurcis par le sang.
Il me toucha encore, à la rotule, ce qui me fit l’effet d’un jet de feu et me ralentit dans mes mouvements. Malgré ses blessures, qui étaient bien plus graves que les miennes, je savais que je ne pourrais pas tenir bien longtemps. Nous nous mîmes alors au travail avec acharnement.
Il existe une attaque de seconde qui est terriblement dangereuse mais très brillante… si on arrive à la porter jusqu’au bout. Elle m’avait permis de gagner plusieurs combats à l’épée[60], alors qu’on me jouait perdant à vingt contre un. On commence par une garde de sixte, on dégage et l’adversaire contre. Au lieu de parer en quarte, on appuie et on lie l’épée tout en bas, baissant la main et imprimant à sa lame un mouvement de tire-bouchon jusqu’au moment où la pointe rentre dans la chair. On peut aussi battre, contrer et lier, toujours en partant d’une garde de sixte, et en se donnant à fond.
L’inconvénient est que, si l’attaque n’est pas exécutée à la perfection, il est alors trop tard pour parer et riposter ; vous précipitez vous-même votre propre poitrine contre la pointe de votre adversaire.
Je n’essayai même pas de commencer, pas avec cet escrimeur-là ; je ne fis qu’y penser.
Nous continuâmes à nous escrimer et nos mouvements étaient parfaits. Puis, il se mit à rompre lentement tout en parant et glissa légèrement dans son propre sang.
Mon poignet mena la charge ; je liai son épée dans un parfait mouvement de tire-bouchon venant en garde de seconde, et ma lame lui traversa le corps.
Il parut surpris, leva la coquille de son épée pour saluer et s’écroula sur les genoux en laissant échapper son arme. Pendant qu’il tombait, je suivis le mouvement en avant de ma lame, puis commençai à la retirer de son corps.
Il la retint de la main : « Non, non, mon ami, je vous en prie, laissez-la. Elle empêche le vin de couler, au moins pour un instant. Votre logique est parfaite et m’est allée jusqu’au cœur. Quel est votre nom, monsieur ? »
— « Oscar de Gordon. »
— « C’est un beau nom. On ne devrait jamais se laisser tuer par un étranger. Dites-moi, Oscar de Gordon, êtes-vous jamais allé à Carcassonne ? »
— « Non. »
— « Allez-y. Aimez une fille, tuez un homme, écrivez un livre, et volez jusque sur la lune… J’ai fait toutes ces choses. » Il soupira et une écume rosâtre s’échappa de sa bouche. « Une maison m’est même tombée sur la tête. Quel gâchis ! Quel honneur quand les poutres te tombent sur la tête ? Tête ? Taper ? Taupe ? Touche ?… Tonsure !
» Quand les poutres tapent ta tonsure. Vous m’avez rasé la mienne. »
Il s’étrangla et se remit à parler : « Il commence à faire sombre. Il faut que nous échangions des cadeaux et que nous nous séparions en bons amis. D’abord mon cadeau, en deux parties : Article un, vous avez de la chance, vous ne mourrez pas dans votre lit. »
— « Je ne pense pas. »
— « Je vous en prie. Article deux : le rasoir de Frère Guillaume n’a jamais rasé le barbier, il a la main trop lourde. Et maintenant, votre cadeau à vous, mon vieux, et faites vite, j’en ai besoin. Mais d’abord, comment finit donc votre limerick[61] ? »
Je le lui dis. Tout bas, presque dans un soupir, il me dit : « C’est parfait, continuez d’essayer. Et maintenant, faites-moi votre cadeau, je suis plus que prêt. » Et il essaya de se signer.
Je lui fis hommage d’une prière, me levai péniblement, allai sur le banc où je m’écroulai puis j’ai nettoyé nos deux épées, essuyant d’abord la lame de Solingen puis fourbissant avec soin Dame Vivamus. Je parvins à me lever et à le saluer avec une épée immaculée. Cela avait été un grand honneur que de le rencontrer.
J’étais désolé de ne pas lui avoir demandé son nom. Il semblait penser que je le connaissais.
Je m’assis ensuite lourdement et regardai la tapisserie qui recouvrait l’extrémité de la pièce ; je me demandais pourquoi Star et Rufo n’étaient pas encore sortis ? Avec tous ces chocs d’acier et toutes ces parlotes…
J’eus l’idée de me lever pour les appeler. Mais j’étais encore trop épuisé pour arriver seulement à me mouvoir. Je soupirai et fermai les yeux…
Par jeu, par gaminerie (et j’avais pourtant été souvent grondé pour ces gamineries) j’avais cassé une douzaine d’œufs. Ma mère me regardait faire ce gâchis et je voyais bien qu’elle était sur le point de pleurer. Je commençais à avoir les yeux pleins de larmes moi aussi. Elle retint alors ses propres larmes et me prit tendrement par l’épaule, tout en me disant : « Tout est parfait, fiston. Les œufs n’ont pas une telle importance. » Mais j’avais honte de moi, aussi me détournai-je pour m’enfuir.
Je courus en bas de la colline, insouciant et m’envolant presque, puis je me rendis tout à coup compte que j’étais au volant et que j’avais perdu le contrôle de ma voiture. Je cherchai la pédale de frein à tâtons, mais ne parvins pas à la trouver et je ressentis la panique… puis je la trouvai, je l’écrasai mais elle s’enfonça sans peine, ce qui prouvait que j’avais une fuite dans la tuyauterie de freinage. Il y avait quelque chose devant moi sur la route mais j’étais incapable de voir. Je ne pouvais même pas tourner la tête, mes yeux étaient embrumés et j’avais quelque chose qui leur coulait dedans. Je tournai le volant mais rien ne se produisit, la tige de direction avait disparu.
Quels cris dans mes oreilles au moment du choc ! – et je me suis réveillé dans un lit ; je me tortillais et c’était moi qui poussais ces cris. J’allais être en retard à l’école, ce que je ne pourrais pas supporter. Mort-né, honteuse agonie, car la cour de l’école était déserte ; les autres gamins, tous bien propres et bien sages, étaient à leur place et je n’arrivais pas à retrouver ma classe. Je n’avais même pas eu le temps d’aller aux toilettes et j’étais là, derrière mon pupitre, mes culottes baissées, en train de faire ce que je n’avais pas eu le temps de faire avant de quitter la maison ; tous les autres élèves levaient le doigt mais c’était moi que le professeur interrogeait. Il m’était absolument impossible de me lever pour répondre : non seulement j’avais baissé culotte mais je n’avais même pas de culotte et, si je me levais, cela se verrait, les garçons se mettraient à rire, les filles se trémousseraient, détourneraient les yeux et se pinceraient le nez. Et pour comble de disgrâce, je ne connaissais même pas la réponse !
59
En français dans le texte. (N.D.T.)
60
En français dans le texte. (N.D.T.)
61
Petit poème à cinq vers, burlesque. (N.D.T.)