Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1970
- Язык: французский
- Год: OPTA
- Переводчик: Jacques de Tersac
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]». Краткое содержание книги:
Vous allez dire que je ne suis jamais content, mais vous ne croyez pas qu'il y a de quoi vous faire regretter notre bonne vieille Terre, Sud-Est asiatique ou pas ? Et encore, je ne vous raconte pas tout !
— « Venez, venez ici ! » dit le professeur d’un ton impératif. « Ne faites pas perdre de temps à toute la classe, E.C. Vous n’Avez Pas Étudié Votre Leçon. »
C’était vrai, je ne l’avais pas apprise. Si, je l’avais apprise, mais on avait écrit sur le tableau noir « Problèmes 1-6 » et j’avais compris qu’il s’agissait des problèmes 1 et 6, et c’était le numéro 4. Mais Elle ne voudrait jamais me croire ; l’excuse n’était pas valable. Il y a des cas où il n’y a pas d’excuses.
— « Voilà ce qu’il en est, Essai » continua mon pion, et sa voix reflétait plus de tristesse que de colère. « C’est bien beau de rester là mais vous ne gagnerez pas la moindre pièce de 10 cents si vous n’allez pas jusqu’à la ligne de but avec l’œuf que vous tenez sous le bras. » Il plaça un ballon de football sur son bureau. « Le voici. Je l’ai fait dorer et graver à votre nom dès le commencement de la saison, tellement vous paraissiez bon, et tellement j’avais confiance en vous ; il vous était destiné, on devait vous le remettre à la fin du banquet organisé pour fêter la victoire. » Ses sourcils tremblaient quand il parlait en faisant tout pour donner l’apparence de la franchise : « Je n’irai pas jusqu’à dire que vous auriez pu tout seul rétablir la situation mais vous prenez les choses trop à la légère, Essai – peut-être avez-vous besoin d’un autre nom. Quand la route devient plus dure, vous pourriez, vous aussi, vous donner plus de mal, et essayer de poursuivre. » Il sourit. « C’est ma faute, j’aurais dû laisser tomber ; au lieu de cela, j’ai essayé d’être un véritable père pour vous. Mais je veux quand même que vous sachiez que vous n’êtes pas le seul à vous être perdu pour cela… il n’est pas facile, à mon âge, de trouver un nouveau boulot. »
Je tirais les couvertures au-dessus de ma tête. Je ne pouvais plus supporter de le regarder. Mais ils ne voulaient pas me laisser seul ; quelqu’un se mit à me secouer par l’épaule. « Gordon ! »
— « Laissez-moi seul ! »
— « Réveille-toi Gordon, cesse de faire l’idiot. Tu as des ennuis. »
Certainement, que j’en avais, cela, je m’en étais aperçu rien qu’en entrant dans le bureau. J’avais un mauvais goût de bile dans la bouche et je me sentais mal à l’aise, comme si tout un troupeau de buffles des marais m’avait piétiné, me brisant par-ci par-là quelques os. Saletés !
Le sergent-chef ne leva même pas les yeux quand j’entrai ; il me laissa au garde-à-vous, tout en sueur. Puis il leva les yeux et m’examina de la tête aux pieds avant de parler.
Alors, il prit lentement la parole, pour me laisser savourer tous les mots : « Absent au-delà de la durée de votre permission, menaces et tortures infligées à des femmes indigènes, usage illégitime de matériel appartenant au gouvernement… conduite scandaleuse… insubordination et paroles obscènes… révolte contre des agents de la force publique… Vous avez frappé un policier militaire… Gordon, pourquoi n’avez-vous pas volé un cheval ? Dans ce pays, nous pendons les voleurs de chevaux. Tout aurait été tellement plus simple. »
Il se mit à sourire de sa plaisanterie. Ce vieux bâtard trouvait toujours qu’il avait de l’esprit, et il avait à moitié raison.
Mais je me fichais pas mal de ce qu’il disait. Je me rendais vaguement compte que tout cela n’avait été qu’un rêve, juste un autre de ces rêves que je n’avais que trop souvent eus dernièrement, tellement je voulais quitter cette terrible jungle. Même Elle n’avait pas été réelle. Elle, – mais comment s’appelait-elle déjà ? – comment l’avais-je nommée ? Star ? Ma bonne étoile. Oh ! Star, ma chérie, tu n’existes pas !
Il continua : « Je vois que vous avez ôté vos galons. Eh bien ! cela nous fait gagner du temps, mais c’est tout ! Et vous êtes en civil. Pas rasé ! Et vos vêtements sont répugnants ! Gordon, vous êtes une honte pour l’Armée des États-Unis. Vous vous en rendez compte, n’est-ce pas ? Cette fois, pour vous en tirer, il faudra plus qu’une petite chanson. Pas de plaque d’identité, pas de papiers, et vous portez un nom qui n’est pas le vôtre. Bien, Evelyn Cyril, mon joli garçon, nous allons maintenant nous servir de votre véritable nom. Officiellement. »
Il se balança sur son fauteuil pivotant, qu’il n’avait pas quitté depuis qu’on l’avait envoyé en Asie, car les patrouilles, ce n’était pas pour lui. « Il y a quand même une chose que j’aimerais connaître. Où avez-vous trouvé cela ? Et qu’est-ce qui vous a donc pris d’essayer de le voler ? » Il fit un geste du menton vers le classeur qui se trouvait derrière son bureau.
Je reconnus ce qui était dessus même si, la dernière fois que je l’avais vu, il était peint en or, tandis que, maintenant, il était entièrement recouvert de cette boue épaisse, noire et collante que l’on ne trouve qu’en Asie du sud-est. Je fis un pas dans sa direction. « C’est à moi ! »
— « Non, non ! » dit-il sèchement. « Espèce de tête brûlée. » Et il mit le ballon de football un peu plus loin. « L’avoir volé ne vous en rend pas propriétaire. Je le garde comme pièce à conviction. Pour votre gouverne, héros à la manque, les toubibs pensent qu’il va mourir. »
— « Qui ? »
— « Qu’est-ce que cela peut vous faire ? Je parierais n’importe quoi que vous ne connaissiez même pas son nom quand vous vous êtes colleté avec lui. On ne peut quand même pas passer son temps à découdre les indigènes seulement parce que l’on se croit plus intelligent… Ils ont des droits, peut-être n’en avez-vous pas entendu parler. Vous n’avez le droit de les abattre que quand et où on vous dit de le faire. »
Il se mit tout à coup à sourire. Cela ne l’améliorait pas. Il avait le nez long, pointu et deux petits yeux injectés de sang ; je me rendis compte tout à coup qu’il ressemblait à un rat.
Il continua de sourire et dit : « Evelyn, mon garçon, peut-être bien que vous avez ôté trop tôt ces galons. »
— « Quoi ? »
— « Oui. Il y a peut-être un moyen de sortir de là. Asseyez-vous. » Il répéta sèchement, « Asseyez-vous, ai-je dit. Si on me laissait faire, on vous enverrait simplement à la 8e section[62] et on vous oublierait… On ferait n’importe quoi pour se débarrasser de vous. Mais le commandant de la compagnie a d’autres idées… une idée particulièrement brillante qui permettra de clore votre dossier une fois pour toutes. On doit lancer un raid cette nuit. Alors…» Il se pencha en avant, prit une bouteille de Four Roses et deux verres dans un tiroir de son bureau ; il versa deux rasades. « Buvez un coup. »
Tout le monde savait ce qu’il en était de cette bouteille, tout le monde sauf, peut-être, le commandant de compagnie. Mais le sergent-chef, de mémoire d’homme, n’avait jamais offert à boire à personne, sauf une fois, quelques secondes avant de dire à sa victime qu’elle allait être déférée à la cour martiale.
— « Non, merci. »
— « Si, buvez un coup, mauvaise tête. Vous allez en avoir besoin. Puis allez prendre une serviette et tâchez de vous rendre présentable, même si ça vous est difficile, avant d’aller voir le commandant de compagnie. »
62
Section 8, désignation officielle pour les individus qui sont mentalement inaptes au service militaire. (N.D.T.)