L'apprenti [Prentice Alvin - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Alvin le faiseur #3
- Год: 1993
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-905158-70-0
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «L'apprenti [Prentice Alvin - fr]». Краткое содержание книги:
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre de pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des « talents » à la dimension de pouvoirs et, les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. Un récit magique et flamboyant où l’enjeu n’est rien moins que le destin du monde.
Or, sachez qu’Alvin rencontra la nouvelle institutrice et se mesura à un rat de rivière, tout ça en l’espace d’une heure.
L’homme contre lequel il se battit appartenait à la bande de traînailleurs qui se prélassaient sous l’avant-toit du bureau du port, probablement dans l’attente qu’ouvre une maison de jeu. À chaque fois qu’Alvin sortait du bureau avec une caisse de barres de fer, ils l’interpellaient, lui lançaient des quolibets. D’abord bon enfant, du genre : « Pourquoi donc tu fais tant d’voyages, mon gars ? T’as qu’à t’coincer une caisse sous chaque bras ! » Alvin répondait par un sourire à ces remarques, car ils connaissaient parfaitement le poids d’un chargement de fer, il le savait. D’ailleurs, lorsqu’ils l’avaient débarqué du bateau la veille, les bateliers s’étaient sûrement mis à deux par caisse. Alors, en un certain sens, le taquiner en le traitant de feignant ou de gringalet, c’était une sorte de compliment car il s’agissait forcément d’une blague, vu que le fer était lourd et Alvin vraiment très costaud.
Puis Alvin se rendit au magasin pour acheter les épices que Gertie lui avait demandé de ramener ainsi que deux ou trois ustensiles de cuisine fabriqués en Irrakwa et en Nouvelle-Angleterre dont l’utilité lui échappait en partie.
Lorsqu’il revint, les bras pleins, il retrouva les rats de rivière toujours vautrés à l’ombre, seulement ils avaient maintenant jeté leur dévolu sur une nouvelle victime dont ils se moquaient par des remarques déplaisantes. C’était une femme entre deux âges, autour de la quarantaine, de l’avis d’Alvin, les cheveux remontés et réunis en un chignon austère, coiffée d’un chapeau quelconque, en robe sombre serrée au cou et aux poignets comme si elle craignait que le soleil sur sa peau ne la fasse périr. D’un œil glacial, elle regardait fixement devant elle tandis que les vauriens l’apostrophaient.
« Trouvez pas que c’te robe lui a l’air cousue d’sus, les gars ? »
C’était bien leur avis.
« Probab’ qu’a s’remonte jamais pour un homme, c’te robe-là.
— Ben non, tiens, y a rien par en d’sous, les gars, c’est qu’une tête et des mains d’poupée cousues sur une robe empaillée, croyez pas ?
— Pas possib’ qu’ce soye une vraie femme.
— J’reconnais une vraie femme quand j’en vois une, toujours ben. À la s’conde qu’elles posent les yeux sus moi, c’est plus fort qu’elles, les vraies femmes, elles écartent les pattes et r’lèvent la jupe.
— P’t-être qu’en y donnant un p’tit coup d’main, tu pourrais en faire une vraie femme.
— Celle-là ? Celle-là, elle est taillée dans l’bois. Je m’écorcherais l’aviron si j’voulais ramer dans des eaux pareilles. »
Alors là, Alvin refusait d’en entendre davantage. C’était déjà grossier pour un homme de lancer de telles réflexions à propos d’une femme qui les cherchait – les filles des maisons de jeu, qui ouvraient leur décolleté si bas qu’on leur comptait les tétons aussi nettement que les pis d’une vache et qui se déhanchaient le long des rues en remontant leur jupe du pied pour qu’on leur voie les genoux. Mais cette femme-ci était évidemment une lady et en toute justice n’aurait jamais dû entendre les réflexions dégoûtantes de cette vermine. Alvin se dit qu’elle attendait sûrement quelqu’un qui venait la chercher – la diligence pour Hatrack River allait passer, mais pas avant une couple d’heures. Elle n’avait pas l’air apeurée, elle savait probablement ces hommes plus forts en paroles qu’en actes, sa vertu ne risquait donc pas grand-chose. En regardant son visage, Alvin ne put déterminer si même elle écoutait, tant l’expression en était froide et distante. Mais les quolibets des rats de rivière l’embarrassaient, lui ; il ne pouvait le supporter, pas plus qu’il n’estimait correct de partir comme ça avec son chariot et de la laisser là. Il déposa donc dans le chariot les paquets qu’il ramenait du magasin du port, s’avança vers les rats de rivière et s’adressa au plus bruyant et plus grossier de la bande.
« Vous feriez p’t-être mieux d’y causer comme à une lady, dit-il. Ou alors de pas y causer du tout. »
Alvin ne s’étonna pas de voir l’éclair qui passa dans les yeux de tous les gars dès l’instant où il se mit à parler. Se moquer d’une femme pour rigoler, c’était une chose, mais il savait qu’à présent ils le jaugeaient pour évaluer leurs chances de le corriger. Avoir l’occasion de donner une leçon à un villageois, même bâti en force comme le forgeron qu’était Alvin, ils adoraient ça.
« P’t-être que toi, tu f’rais mieux de pas nous causer du tout, à nous autres, répliqua le fort en gueule. P’t-être que t’en as déjà trop dit. »
L’un des vauriens comprit de travers et crut que le jeu des grossièretés à la lady continuait toujours. « L’est jaloux, v’là tout. Y veut lui-même pousser sa perche dans l’fond d’sa rivière.
— J’en dirai encore plusse, reprit Alvin, tant qu’vous aurez pas les manières pour causer à une lady. »
À ce moment seulement, la lady parla pour la première fois. « Je n’ai pas besoin de protection, jeune homme, dit-elle. Passez votre chemin, je vous prie. » Elle avait une voix étrange. Cultivée, comme celle du révérend Thrower, elle articulait distinctement chaque mot. Comme les gens qui allaient à l’école dans l’Est.
Il aurait mieux valu pour elle se taire, car le son de sa voix ne fit qu’encourager les rats de rivière. « Oh, mais c’est qu’elle en pince pour le p’tit gars !
— Elle y fait les doux yeux !
— Y veut ramer dans not’ bateau !
— On va y montrer, à la lady, qui c’est l’homme !
— Si c’est son p’tit mât qu’elle veut, on a qu’à y couper et on va y donner. »
Un couteau apparut, puis un autre. Elle ne savait donc pas quand fermer le bec ? S’ils n’avaient eu affaire qu’à Alvin tout seul, ils se seraient décidés pour une simple bagarre, un contre un. Mais s’il leur prenait envie de farauder devant elle, ils seraient ravis de se mettre à plusieurs contre lui, de lui donner de méchants coups de lame, peut-être de le tuer, en tout cas certainement de lui prendre une oreille ou le nez, voire, comme ils l’avaient dit, de le châtrer.
Alvin la fixa un moment d’un œil furibard, lui demandant en pensée de tenir sa langue. Soit elle comprit le sens de son regard, soit elle s’estima tirée d’affaire ou prit peur d’en rajouter, toujours est-il qu’elle ne relança pas la discussion, à laquelle Alvin donna un tour qui lui convenait mieux.
« Des couteaux, fit-il avec tout le mépris dont il était capable. Vous avez donc peur d’vous frotter à un forgeron les mains nues ? »
Ils se moquèrent de lui, mais les couteaux reculèrent et disparurent.
« Un forgeron, c’est rien du tout à côté des muscles que ça nous donne, à nous autres, d’naviguer à la perche sus la rivière.
— Vous naviguez plus à la perche sus la rivière, les gars, et tout l’monde connaît ça, dit Alvin. Vous restez là à faire du lard et vous r’gardez la roue à aubes pousser les bateaux. »
Le fort en gueule se leva et se détacha du groupe en passant sa chemise crasseuse par-dessus sa tête. Il était puissamment musclé, pour ça oui, et pas mal de cicatrices lui faisaient des marques rouges et blanches un peu partout sur les bras et la poitrine. Il lui manquait aussi une oreille.
« À c’que j’vois, dit Alvin, vous vous êtes battu souvent.
— Tout juste, fit le rat de rivière.
— Et à c’que j’vois aussi, vos adversaires ont souvent eu l’dessus. »
L’homme devint cramoisi, il rougit sous son hâle jusqu’à la poitrine.
« Vous avez personne à m’présenter avec qui ça vaut l’coup d’se battre ? Quelqu’un qu’a l’habitude de gagner ses combats ?