La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
A propos de cette fille Raab, le bénédictin dom Calmet a discuté si elle fut ou non coupable d’un mensonge, en disant que les espions juifs étaient partis, lorsqu’ils étaient chez elle; il prétend qu’elle accomplit ainsi une très bonne action. «Etant informée, écrit ce théologien, du dessein de Dieu, qui voulait détruire les Cananéens et livrer leur pays aux Hébreux, elle n’y pouvait résister sans tomber dans le crime de rébellion à l’égard de Dieu; de plus, elle était persuadée des justes prétentions de Dieu, et de l’injustice des Cananéens; ainsi elle ne pouvait prendre un parti ni plus équitable ni plus conforme aux lois de la sagesse.» Le savant Fréret a répondu que, si cela était, la prostituée Raab aurait donc été inspirée de Dieu même, aussi bien que Josué; ce qui serait fort étrange. Il semble plutôt, dit-il, que cette Raab, par son crime abominable de trahison envers sa patrie au profit des espions d’un peuple barbare, était une infâme qui méritait le dernier supplice.
Mais n’insistons pas, et poursuivons. Josué ordonna de marcher contre Jéricho; pour cela, il fallait d’abord passer le Jourdain. Les prêtres qui portaient l’arche d’alliance marchèrent en tête du peuple; ils entrèrent hardiment dans l’eau, en gens bien certains qu’un miracle ne pouvait manquer de se produire. A peine leurs pieds furent-ils mouillés que les flots supérieurs du fleuve s’arrêtèrent, comme si une digue invisible s’était subitement élevée, et s’accumulèrent d’une manière formidable en hauteur, tandis que les eaux inférieures, suivant leur cours ordinaire, laissèrent le lit du Jourdain à sec. Et les prêtres restèrent au milieu du fleuve, jusqu’à ce que tout le peuple juif eût passé. En mémoire du miracle, on entassa douze grosses pierres auprès du Jourdain. Puis, une fois que les porteurs de l’arche d’alliance eurent gagné la rive droite, les eaux reprirent leur cours habituel (ch. 3, 4).
En apprenant ces merveilles, les rois des divers peuples de la région, jusqu’aux rivages de la Méditerranée, «sentirent leur cœur se fondre » et se découragèrent au plus haut point. Sur ces entrefaites, papa Bon Dieu fit remarquer à Josué que, depuis le départ d’Egypte, la circoncision n’avait plus été pratiquée. Pourquoi cet oubli? la Bible ne le dit pas; elle se borne à nous apprendre le fait, tout-à-coup. Aucun des mâles qui étaient nés au désert n’avait subi la petite opération que l’on sait. Or, la totalité du peuple hébreu dépassait alors quatre millions de personnes des deux sexes; cela faisait donc approximativement deux millions de mâles, de tout âge. On peut ainsi s’imaginer la quantité fantastique de prépuces qui furent coupés, sur l’ordre de Josué, et l’on ne s’étonne pas que leur tas fit une véritable colline; l’auteur sacré l’appelle «montagne des prépuces». Quatorze jours après, les Hébreux firent la Pàque et eurent assez de blé pour se fabriquer du pain; dès lors, la manne, n’étant plus nécessaire, cessa (ch. 5).
Conformément aux instructions divines, l’armée israëlite fit le tour de Jéricho, pendant six jours de suite, les soldats marchant gravement et les prêtres jouant de leurs instruments de musique; les assiégés étaient ébahis de cette manière de les combattre, mais ils ne se rendaient pas.
Le septième jour, de nouveau selon les prescriptions de Jéhovah, on exécuta encore la promenade circulaire, cette fois avec une autre musique plus forte, accompagnée d’un grand cri poussé par tout le peuple, et alors les remparts de la ville s’écroulèrent.
Josué ordonna de massacrer tout, «depuis l’homme jusqu’à la femme, depuis l’enfant jusqu’au vieillard, même jusqu’au bœuf, au menu bétail et à l’âne». La prostituée Raab fut seule épargnée, avec ses parents à qui elle avait donné asile dans sa maison.
«Après quoi, les Hébreux, ayant pris l’or et l’argent pour le trésor du Seigneur, brûlèrent la ville et tout ce qui était dedans.» (ch. 6)
Ce carnage inspira à lord Bolingbroke ces réflexions, que l’on trouve dans ses œuvres publiées par le poète David Mallet, son ami: «Est-il possible, écrivait le grand ministre du royaume d’Angleterre, que Dieu, le père de tous les hommes, ait conduit lui-même un barbare à qui le cannibale le plus féroce ne voudrait pas ressembler? Grands dieux! venir d’un désert inconnu pour massacrer toute une ville inconnue! égorger les femmes et les enfants, contre toutes les lois de la nature! égorger tous les animaux! brûler les maisons et les meubles, contre toutes les lois du bon sens, dans le temps qu’on n’a ni maisons ni meubles! n’épargner qu’une vile p…. digne du dernier supplice! Si ce conte n’était pas le plus absurde de tous, il serait le plus abominable. Il n’y a qu’un voleur ivre qui puisse l’avoir écrit, et un imbécile ivre qui puisse le croire.» N’oublions pas que l’auteur de ces réflexions fut un des plus éminents hommes d’État de la nation anglaise; ministre des Affaires étrangères, lord Bolingbroke fut l’instigateur et le véritable auteur du fameux traité d’Utrecht, qui mit enfin terme aux longues et sanglantes guerres du règne de Louis XIV; on peut dire que, par ce grand ouvrage, l’orgueil de sa vie, il rendit la paix à l’Europe, et cela dans des conditions satisfaisantes pour toutes les puissances. Il est utile de rappeler la gloire de cet homme de bien qui honore l’humanité et qui employa son génie à arrêter l’égorgement des peuples; cela est nécessaire, afin de fermer la bouche des fanatiques qui seraient tentés de traiter la citation qu’on vient de lire de divagation impie de quelque obscur folliculaire. C’est lord Bolingbroke qui a porté ce jugement sur la Bible: «Ce serait offenser Dieu et les hommes que de discuter sérieusement ce misérable tissu de fables, dans lesquelles il n’y a pas un mot qui ne soit ou le comble du ridicule ou le comble de l’horreur.»
Au dire de l’auteur sacré, la prise et le sac de Jéricho eurent pour résultat une conspiration générale contre Israël. Voyant la façon expéditive dont les Hébreux entendaient la conquête, les rois qui gouvernaient la contrée se dirent qu’il leur fallait exterminer ces envahisseurs, sous peine d’être exterminés par eux; ils se liguèrent donc et tinrent un conseil où de grandes résolutions furent prises (ch. 9).
Toutefois, ils n’avaient pas songé à un léger détail, qui avait bien son importance: c’est que Dieu était avec Josué. Le seigneur Jéhovah mit l’épouvante dans leur armée, et
«Josué leur infligea une terrible défaite près de Gabaon; il les poursuivit par le chemin de Béthoron, continuant à les battre jusqu’à Hazaka et même jusqu’à Makkéda» (10:10)
Bien mieux, le père Sabaoth, se piquant d’amour-propre, prit lui-même part au combat:
«Tandis que les fuyards couraient sur la route de Béthoron, l’Éternel jeta sur eux, du haut du ciel, de grosses pierres, jusqu’à Hazaka, et ils en moururent; il y en eut plus de ceux qui périrent sous la grêle de pierres que de ceux que les Israélites tuèrent avec l’épée» (v. 11)
Mais Josué trouvait que sa victoire n’était pas encore assez complète.
«Alors, Josué dit en présence de tous les enfants d’Israëclass="underline" Soleil, arrête-toi sur Gabaon, et toi, lune, arrête-toi dans la vallée d’Aïalon. Et le soleil s’arrêta, et la lune aussi, jusqu’à ce que le peuple eût achevé le carnage. Le soleil, qui était au milieu des cieux, s’arrêta donc et ne se hâta point de se coucher, environ un jour entier. Jamais jour, ni avant, ni après, ne fut aussi long que celui-là» (10:12-14)