La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Ainsi, j’en fais juge mon vieil ami Léon XIII, et je le prie humblement de soumettre au prochain concile la question que voici: le fait des trois versets en question, auxquels un fidèle est obligé de croire sous peine d’anathème, puisqu’ils appartiennent à la Bible, ne complique-t-il pas d’une étonnante façon le mystère de l’Eucharistie, déjà si compliqué?
En deux mots, pendant la messe, au moment de la consécration, si le prêtre, en prononçant les paroles sacramentelles, lâche, par accident, un pet au chou-pourri, Dieu descend-il dans l’hostie et la transsubstantiation a-t-elle lieu?
Ne me dites pas qu’il est impossible qu’un tel accident arrive. Dans mon jeune âge, au collège Saint-Louis, — je précise! — j’ai rempli quelques fois l’office d’enfant de chœur, et il m’est arrivé de servir la messe, notamment à un saint homme, l’abbé Jourdan, qui était d’un tempérament très venteux. Étaient-ce les haricots du collège qui lui produisaient de l’effet? J’incline à le croire, à sa décharge. Quoi qu’il en soit, je me rappelle qu’un matin, au moment où, agenouillé derrière lui, je relevais le bas de sa chasuble, tout en agitant la sonnette, vrai! c’était à ne pas y tenir, tant l’artillerie intestinale du saint homme faisait fureur, et sans doute bien malgré lui. Le brave abbé Jourdan existe encore; il est chanoine, dans mon diocèse natal; qu’il soit guéri ou non de son infirmité crépitante, la question doit évidemment l’intéresser plus que personne. Aussi, quand elle sera examinée par le concile que je sollicite, je me ferai un plaisir de lui offrir ses frais de voyage, ne serait-ce que pour lui prouver que je ne lui en veux pas des infectants quarts d’heure qu’il me fit passer autrefois.
Donc, au temps de mon enfance, je n’attachai aux accidents venteux d’un prêtre officiant que l’importance d’une mauvaise odeur infligée à mon nez humain. Mais, aujourd’hui que je feuillette avec soin la sacrée Bible et que je plonge dévotement au sein de ses sublimes splendeurs, les trois versets du Deutéronome, demeurés trop inaperçus jusqu’à présent, stimulent mon zèle et m’ont fait comprendre que j’avais un grand devoir à remplir, en soulevant la grave et nécessaire question de la vesse sacerdotale lâchée par un officiant au moment où il prononce les mots: «Ceci est mon corps, ceci est mon sang.»
Nul n’ignore qu’à cet instant même le Très-Haut devient semblable au maquereau, tel qu’il est crié à Paris dans les rues, c’est-à-dire: «Il arrive! il arrive!…» Bien plus, Dieu réalise alors, mieux que ledit maquereau, l’annonce de la marchande de poisson, attendu que celle-ci exagère en ajoutant: «Il demande à frire!» La vérité est que le maquereau ne demande pas plus à frire que l’anguille à être écorchée vive; ce sont les humains qui leur attribuent ces demandes, au sujet desquelles ces infortunés poissons ne furent jamais consultés. Au contraire, en ce qui concerne le Très-Haut Jéhovah (et Cie), non seulement il arrive dans l’hostie tout-à-coup, mais encore il demande réellement à être boulotte, lui!… C’est cela, l’Eucharistie.
Par conséquent, comme il est inadmissible que le Nouveau Testament soit en contradiction avec l’Ancien Testament, dont fait partie le Deutéronome, comme ces deux Testaments sont, l’un aussi bien que l’autre, l’œuvre de l’Esprit-Saint, il apparaît d’une logique des plus limpides que Dieu, dont l’horreur des puantises est un fait d’absolue certitude, doit évidemment se faire tirer l’oreille pour se transformer en pain à cacheter, quand il a affaire à un ministre au trou-de-balle gazeux. S’installe-t-il définitivement dans l’hostie, oui ou non? Attend-il que l’odeur du pet de curé soit passée, ou bien remonte-t-il en son paradis avec plus ou moins de mauvaise humeur? Voilà la question d’intérêt général que ma ferveur pose candidement à ma sainte mère l’Eglise.
On le voit, rien n’est plus grave; car, si, dans le cas dont il s’agit, les hosties que le curé crépitant s’apprête à distrihuer aux fidèles ne sont qu’un vulgaire pain, sans même un poil de la barbe à Sabaoth dedans, les communiants sont volés, parbleu!… Et supposez un fidèle qui compte sur cette communion, avec indulgence plénière applicable, afin de tirer sa belle-mère du purgatoire, calculez, je vous prie, l’immensité du désastre!… Allons, saint-père, vite un concile, s’il vous plaît!
Ne fermons pas les chapitres du Deutéronome, qui dictent les ordonnances divines, sans citer encore celle-ci:
«Quand des hommes auront une querelle ensemble, l’un contre l’autre, si la femme de l’un s’approche pour délivrer son mari de celui qui le bat, et si alors, avançant la main, elle saisit celui-ci par les testicules, on coupera la main de cette femme.» (25:11-12)
Excellent Jéhovah! il prévoyait tout!…
Il déclara encore à Moïse que ses compatriotes, après leur entrée dans la Terre Promise, devraient affecter deux montagnes à un usage assez curieux: sur l’une, nommée Garizim, on bénirait le peuple; sur l’autre, nommée Hebal, on prononcerait toutes sortes de malédictions (ch. 27).
Quant aux menaces de Jéhovah, en voici quelques échantillons, extraits du chapitre 28:
«Si vous ne voulez point écouter la voix de l’Éternel votre Dieu, l’Éternel vous enverra la ruine dans toutes les affaires que vous entreprendrez (v. 20); l’Éternel vous frappera de langueur et de fièvre (v. 22); l’Éternel vous accablera d’hémorrhoïdes, de gale et de gratelle, dont vous ne pourrez pas guérir (v. 27)… Lorsque vous vous marierez, un autre couchera avec votre femme (v. 30); on vous prendra vôtre âne et on ne vous ne le rendra pas (v. 31); l’Éternel vous fera avoir un ulcère très malin qui rongera vos genoux, ainsi que vos cuisses (v. 35); vous serez un sujet de raillerie pour tous les peuples (v. 37); vous sèmerez beaucoup de grains dans vos champs, et vous n’aurez que des récoltes très maigres (v. 38)… Il vous naîtra des fils et des filles, mais ils ne seront pas à vous (v. 41); l’étranger vous prêtera à usure, et vous ne lui prêterez pas à usure (v. 44)… L’Éternel fera venir d’un pays reculé, et des extrémités de la terre, un peuple dont vous n’entendrez point le langage, et qui n’aura pitié ni de vos vieillards ni de vos enfants: ce peuple mangera vos fruits, les petits de vos bêtes, et il ne vous laissera ni blé, ni vin, ni huile (v. 49-51)… Vous mangerez vos propres enfants, aussi bien la chair de vos filles, que celle de vos fils (v. 53); l’homme le plus tendre et le plus délicat d’entre vous regardera d’un œil sec son frère et sa femme bien-aimée et refusera de leur donner à manger de la chair de ses enfants, qu’il mangera tout seul (v. 54-55); la mère la plus tendre prendra son enfant à peine né, le mangera en cachette, et regardera d’un œil sec son mari bien-aimé (v. 56-57).»
De toutes les peines dont Jéhovah menace son peuple, pas une n’est un châtiment spirituel. Le peuple de Dieu ne connaissait donc que les peines temporelles; il est bon de le faire remarquer, en observant en outre que nulle part, dans l’Ancien Testament, il n’est question d’enfer ni de purgatoire. Si Dieu, comme on l’a vu, se préoccupait du caca des Juifs, par contre il n’avait guère souci de leurs âmes, à tel point que ces mots «immortalité de l’âme», ne se trouvent en aucun endroit des livres sacrés, sur lesquels les chrétiens ont greffé leur religion.
Après les menaces, vient un fragment historique (!): Moïse, âgé de cent-vingt ans, se démet de sa charge en faveur de Josué, au vif déplaisir du grand-prêtre Eléazar, et confie à Josué la mission de conduire les Hébreux au pays de Canaan. Nous ferons grâce au lecteur d’un cantique chanté par Moïse faisant ses adieux à ses compatriotes, ainsi que des bénédictions qu’il prononce sur chacune des tribus d’Israël. Finalement, l’extraordinaire héros biblique, obéissant à un ordre divin, monte sur le mont Nébo, où il sait qu’il va mourir, et d’où il peut, avant d’entrer en agonie, contempler la Terre Promise.