La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
On a plus loin le compte de ce massacre; deux généraux madianites, Horeb et Zeeb, furent tués par des hommes de la tribu d’Ephraïm, tandis qu’ils s’enfuyaient vers le Jourdain, et deux rois, nommés Zébah et Tsalmunah, furent atteints à Karkor et égorgés par Gédéon en personne. Le texte sacré dit expressément:
«Zébah et Tsalmunah purent gagner Karkor, et ils y étaient avec quinze mille hommes de troupes, c’est-à-dire ceux qui avaient survécu de toute l’armée des peuples orientaux; car il y avait cent vingt mille hommes, tirant l’épée, qui étaient tombés morts.» (8:10)
Nous apprenons donc par là qu’il y avait cent trente-cinq mille Madianites, Amalécites et autres orientaux campés dans la vallée de Jizréhel; ce camp était, par conséquent, d’une étendue considérable. Or, le camp d’une armée de cent mille hommes occupe, d’ordinaire, une lieue carrée de superficie; c’est le calcul du chanoine Röhrbacher, lorsqu’il parle des campements israëlites dans le désert (Histoire universelle de l’Eglise catholique, tome 1, page 182); et une lieue carrée équivaut à seize cents hectares; d’où l’on doit conclure que le camp madiano-amalécite de Jizréhel occupait deux mille deux cents hectares, au bas mot, et que la ligne extérieure de pourtour avait un développement de vingt-un kilomètres environ. N’oublions pas que les soldats de Gédéon pénétrèrent à peine dans les avant-postes et restèrent en place: «ils se tinrent, chacun en sa place, autour du camp» (v. 21); le texte est précis. Ainsi, pour entourer le camp, les trois cents lapeurs étaient forcément clairsemés, avec une distance de soixante-dix mètres entre chacun d’eux. Et cela se passait la nuit! Comment, à cette distance, pouvaient-ils se voir les uns les autres et imiter tous ensemble Gédéon brisant son pot de terre? Quel piètre effet dut être, en réalité; celui de trois cents cruches cassées dans une ligne circulaire de vingt-un kilomètres! Trois cents hommes, entrant dans un camp en phalange compacte, ne produiraient qu’un effet bien piteux sur une surface de deux mille deux cents hectares; à plus forte raison, s’ils étaient disséminés et demeuraient sur la ligne extérieure, le résultat serait absolument nul. C’est pourquoi le stratagème de Gédéon ne signifie rien de rien dans cette histoire; s’il a réussi, là est vraiment le miracle; il a fallu que Sabaoth ait fait faire à trois cents trompettes le vacarme de trente mille, qu’il ait plus que centuplé le bruit des cruches brisées, qu’il ait donné aux cris des lapeurs une multiplication formidable par des échos surnaturels dont la Bible ne parle pas. Réduit à ses termes mêmes, le récit du divin pigeon est une blague invraisemblable, impossible et grotesque.
Quoi qu’il en soit, à la suite de ce fait d’armes sans précédent, Gédéon devint extrêmement populaire dans tout Israël, et ses compatriotes lui offrirent la royauté; mais le héros, aussi modeste que pratique, refusa les honneurs souverains, en ajoutant toutefois: «Je préfère que vous me donniez, chacun de vous, les bagues d’or de votre butin.» Et le poids des bagues d’or qu’il reçut ainsi fut de «mille sept cents sicles d’or» (8:22-26).
L’auteur sacré nous apprend ensuite que Gédéon, étant polygame, eut soixante-dix enfants; en outre, d’une concubine habitant Sichem, il eut un garçon, nommé Abimélec, qui fit bientôt parler de lui, d’une peu fraternelle façon (v. 30-31). Abimélec, dans un seul jour, coupa le cou «sur une même pierre» à soixante-neuf de ses frères; un seul, le jeune Jotham, échappa à cette boucherie, s’étant caché pendant qu’Abimélec charcutait sa nombreuse famille (9:5).
Les Sichémites, très fiers de leur compatriote, le bâtard de Gédéon, le proclamèrent roi; mais, au bout de trois ans, Abimélec avait cessé de plaire, et les révoltes se multiplièrent, fomentées par un certain Gaal. Abimélec s’empara de la ville révoltée et massacra le peuple; les chefs de l’insurrection s’étant réunis dans la tour de Sichem, il en fit le blocus et incendia ce fort dans un gigantesque feu de joie.
Il assiégea, peu de temps après, une ville du nom de Tébets; mais là, il reçut sur la tête une meule de moulin que lui lança une femme du haut de la citadelle. Cette énorme pierre lui brisa le crâne, comme on pense bien. Toutefois, Abimélec appela aussitôt le jeune garçon qui portait ses armes et lui dit: Je meurs; mais tue-moi tout de suite, afin qu’il ne soit pas dit que c’est une femme qui m’a tué. Alors, pour lui être agréable, l’adolescent le transperça (ch. 9). Abimélec, on le voit, avait de l’amour-propre.
Ainsi finit l’illustre bâtard de Gédéon. Après lui, la Bible mentionne les sieurs Tolah et Jaïr, qui furent juges d’Israël, l’un pendant vingt-trois ans, et l’autre pendant vingt-deux.
9. Les juges Jephté et Samson
Les leçons de l’expérience ne profitaient guère aux Juifs, en ce temps-là: ils avaient toujours des tendances à abandonner le culte de Jéhovah pour celui des autres dieux, et pourtant ils savaient ce qu’il leur en cuisait d’adorer Baal, Astaroth. Dagon, etc., dont leur batailleur Sabaoth était fort jaloux. Étant retombés dans l’apostasie, ils en furent punis par une nouvelle servitude; cette fois, c’est aux Ammonites qu’ils furent livrés. Voilà donc le sixième esclavage des Israélites, dans ce pays même qu’ils avaient conquis avec une armée de six cent mille hommes, en cette contrée où Josué avait complètement exterminé les premiers occupants.
Au bout de dix-huit ans de servitude de son peuple, Jéhovah se laissa toucher et suscita un libérateur:
«Jephté, homme fort et vaillant, était fils d’une prostituée qui avait couché avec Galaad. Mais Galaad avait eu de sa femme d’au très enfants, et ceux-ci, quand ils furent grands, chassèrent Jephté comme fils d’une mère indigne; et Jephté, s’étant établi dans la terre de Tob, se mit à la tête d’une troupe de gens sans aveu, avec lesquels il vagabondait en pillant de tous côtés.» (11:1-3)
Ce chef de bandits fut l’élu de Dieu.
En toute justice, il convient de dire que Jephté avait une qualité: il était excellent père. Il possédait une fille, son unique enfant, et il fallait voir comme il la choyait, comme il la dorlotait, comme il la bichonnait, comme il la couvrait de bijoux, comme il lui apportait chaque jour des montagnes de cadeaux! Il est vrai que bijoux et cadeaux ne lui coûtaient pas cher.
Ses compatriotes s’adressèrent donc à lui pour secouer le joug des Ammonites. Il accepta et se mit aussitôt en campagne. Mais, le brigandage n’excluant pas la piété, Jephté, avant de partir contre les Ammonites, fit vœu à Jéhovah de lui immoler, s’il était vainqueur, la première personne qu’il rencontrerait, venant de sa ville, à son retour…
Rien n’est plus facile à papa Bon Dieu que de donner la victoire à ses protégés. Or, comme d’une part le vieux Sabaoth chérissait son petit Jephté charmant, comme d’autre part il appréciait le sacrifice qui lui était promis, il décupla les forces du capitaine hébreu, et celui-ci tailla en pièces les Ammonites. Le carnage fut très grand, depuis Haroher jusqu’à Minith, dit la Bible, et vingt villes furent ravagées.
Mais quelle surprise attendait notre héros, lorsqu’il rentra dans sa bonne ville de Mitspa!… Un chœur de jeunes filles, jouant de la flûte et du tambourin, venait au-devant de lui pour célébrer son triomphe; en tête d’elles, marchait la fille même de Jephté, qui ne connaissait pas le vœu paternel, la pauvre bichette. C’était ce qui peut s’appeler une tuile…