Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
La Vie rêvée d'Ernesto G. - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

La Vie rêvée d'Ernesto G.

Электронная книга - «La Vie rêvée d'Ernesto G.». Краткое содержание книги:

La Vie rêvée d'Ernesto G.
1 ... 53 54 55 56 57 58 59 60 61 ... 110
Перейти на страницу:

Son chef-d’œuvre s’appelait La Paix de Brest-Litovsk, diplomatie et révolution, une somme de plus de mille pages sur ce traité fondamental qui avait failli bouleverser le monde. Quand il était premier secrétaire à l’ambassade de Moscou, Pavel avait eu accès à des archives inédites, une vraie mine d’or historique. Ses révélations résonneraient comme un coup de tonnerre, il comptait sur la publication de ce texte pour établir sa réputation et espérait de multiples traductions. Au début, Christine appréciait que Pavel lui explique en détail les finesses byzantines de ce jeu de dupes et les dessous machiavéliques de cette négociation si compliquée, elle en profitait pour parfaire son vocabulaire.

– En tchèque, Pavel, en tchèque.

Mais au bout d’un moment, cette histoire ne l’intéressa plus tellement. Elle avait le tournis avec tous ces télégrammes diplomatiques, elle se perdait dans le ballet des négociateurs aux noms imprononçables et hésitait à lui dire que ça lui cassait les pieds.

Pavel fut assez déçu que Christine refuse de taper son manuscrit sur son Underwood portable sous prétexte qu’elle n’était pas secrétaire mais comédienne. Elle n’apprécia pas qu’il insiste, sous le prétexte fallacieux que cet exercice aurait été un excellent apprentissage pour sa nouvelle langue. Il la trouva soupe au lait mais ne lui en voulut pas.

– On peut toujours essayer, non ?

– Non !

Le 9 juin, Pavel accompagna Joseph au camp de Terezín, Christine voulut absolument être du voyage. Ils firent les soixante kilomètres sans échanger le moindre mot, arrivèrent en milieu de matinée en face de la forteresse. Hormis les trois rangées de barbelés qui couraient sur les murs, elle ne paraissait ni hostile ni inquiétante. Trois soldats ukrainiens montaient la garde et leur en interdirent l’entrée. À la demande de Pavel, l’un d’eux alla chercher un officier. Ils patientèrent un long moment, n’osant rompre le silence qui les enveloppait, comme s’il n’y avait plus aucun être vivant à des kilomètres à la ronde, pas un oiseau ni un souffle de vent. Il revint avec un médecin-major. Ce dernier ne pouvait leur donner l’autorisation de pénétrer dans l’enceinte du camp en raison d’une épidémie de typhus qui y sévissait encore. Il n’y avait aucune exception à cette interdiction.

Depuis sa libération un mois auparavant, le camp avait été en grande partie vidé des dix-sept mille prisonniers qui y avaient été entassés ; il avait été transformé en hôpital de fortune pour ceux qui étaient trop malades ou n’avaient plus la force de se déplacer. L’armée américaine leur avait donné des caisses d’antibiotiques, ils étaient inefficaces pour les cas les plus graves, c’est-à-dire pour ceux qui étaient restés. Le médecin-major se sentait désespérément impuissant, avait dix décès chaque jour dont, la veille, paraît-il, un grand poète français. Quant aux archives, ce n’était pas sa préoccupation immédiate, les Allemands en avaient brûlé une partie avant de fuir, il ferait faire des recherches dès que possible. Pavel et Joseph discutèrent pendant plus d’une demi-heure avec lui. Le médecin-major serra chaleureusement la main de Joseph, heureux de rencontrer un confrère du célèbre institut français, et lui promit de l’aider à retrouver la trace de son père.

– De quoi vous avez parlé si longtemps ? demanda Christine à Pavel.

– Il m’a confirmé ce que je redoutais. Des histoires circulaient sur Terezín. En Suisse, j’avais rencontré un membre de la Croix-Rouge qui y avait fait une tournée d’inspection. Je l’avais interrogé, j’avais toutes les raisons de penser que mon père y était interné et je m’inquiétais. Ce diplomate m’avait rassuré ; à l’entendre, c’était une prison modèle, je le connaissais, ce n’était ni un sympathisant des nazis, ni un imbécile, mais un honnête homme. Son compte rendu contredisait d’autres informations mais je n’avais aucune raison de douter de lui, de ce qu’il avait vu de ses propres yeux et vérifié : à peine trois ou quatre personnes, propres, correctement habillées dans des cellules pimpantes avec des pots de fleurs aux fenêtres, des pelouses entretenues par des jardiniers détendus, une bibliothèque avec une salle pleine de lecteurs, une cuisine bien approvisionnée, un salon de coiffure où on faisait des mises en plis, des échoppes où les détenus pouvaient acheter de la nourriture, deux cafés où ils pouvaient s’attabler, certains jouaient du violon ou de la clarinette, d’autres les écoutaient, il y avait un groupe de jazz, il avait assisté à une représentation d’un opéra joué par les prisonniers avec un chœur d’enfants qui avaient l’air heureux et en pleine santé. Il avait aussi remarqué un détail qui ne trompait pas : les femmes étaient maquillées ! Les nazis avaient tourné un film pour faire taire les rumeurs… Je l’avais vu à l’ambassade, cela m’avait rassuré, bien sûr, ou peut-être ai-je voulu croire qu’ils n’étaient pas complètement des monstres, que dans mon pays c’était différent, que mon père allait s’en sortir. Eh bien, on en a maintenant la preuve, c’était une mystification, une mascarade, tous les acteurs de cette diabolique supercherie ont été assassinés comme quatre-vingt-dix pour cent des juifs tchèques. Terezín était un camp de concentration comme les autres, les conditions de vie y étaient terrifiantes, il y a eu ici trente ou quarante mille morts de faim, de dysenterie ou du typhus, c’était surtout l’antichambre d’Auschwitz… Tu ne reverras jamais ton père, Joseph.

Ce génocide eut des conséquences imprévisibles, seule une infime partie des survivants émigrèrent en Israël, les autres intégrèrent massivement le Parti communiste tchèque.

En Tchécoslovaquie, ils en avaient la certitude, ils vivraient dans un monde radieux.

Les semaines qui avaient suivi la Libération avaient été ambiguës, la guerre était omniprésente, envahissait encore le quotidien et suintait des consciences, étau dont on ne pouvait se défaire. Il fallait pourtant laisser en arrière ces années noires, tenter de repartir, d’avancer sans penser toujours au passé, essayer d’oublier pour ne pas sombrer, s’organiser, travailler, faire des projets et recommencer à vivre, tout simplement.

Quand Joseph passa par la place de l’Hôtel-de-Ville, il découvrit qu’une partie était écroulée. Il poussa jusqu’à la rue Kaprova. L’immeuble paternel était toujours étrangement silencieux. Il ouvrit la porte de l’appartement avec la clé que madame Marchova lui avait donnée. L’électricité avait été coupée, il avança dans la pénombre, buta sur des objets à terre, écrasa du verre, ouvrit les volets pour avoir de la lumière, découvrit avec stupéfaction que l’appartement avait été cambriolé. La bibliothèque était retournée, les livres éparpillés, le buffet ouvert, la vaisselle cassée jonchait le sol, les coussins des fauteuils et des deux canapés étaient éventrés, les tableaux avaient disparu des murs, le phonographe était démembré, son bras arraché, les disques brisés comme si on s’était amusé à les jeter sur les murs. Apparemment les cambrioleurs détestaient Gardel, sa collection était en miettes, ils n’aimaient pas Bach non plus, les Variations Goldberg avaient subi le même traitement.

Dans chaque pièce, le désordre laissait penser à une fouille méthodique.

Le cabinet médical était sens dessus dessous, les produits de la pharmacie dispersés, les flacons avaient explosé sur les murs, y laissant des traces mauves, rouges et jaunes. Dans la chambre de son père, il aperçut le parchemin avec l’arbre généalogique de sa famille reconstitué par son grand-père Gustav, il avait été froissé en boule mais n’était pas trop abîmé. Il l’enroula avec précaution, chercha le tube de cuir vert, il avait glissé sous le lit, il récupéra les deux morceaux et mit le parchemin à l’intérieur avec difficulté. Sa chambre était dévastée, la laine sortait du matelas, ses livres étaient en deux ou trois morceaux, il trouva la couverture arrachée de l’Histoire d’un savant par un ignorant de René Vallery-Radot et chercha, en vain, l’autre moitié dans le capharnaüm. Dans le bas de l’armoire, il découvrit une caisse en bois avec une dizaine de disques de Gardel qui avaient échappé au massacre, il les emporta comme des reliques.

1 ... 53 54 55 56 57 58 59 60 61 ... 110
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)