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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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Elle entendit au loin rouler le tonnerre. Au nord. Des grondements sourds, répétés. Il n’allait pas tarder à pleuvoir. Ce serait sympa. Une petite pluie tropicale pour lui calmer les nerfs.

Elle traversa sans bruit le séjour pour gagner le porche. Avec David, ils l’avaient débarrassé de ses détritus et balayé ; c’était un coin désormais confortable. Elle descendit les bras d’un vieux fauteuil Morris et s’y allongea, étendant ses jambes lasses. L’air chaud du jardin était lourd du parfum de l’ylang-ylang. Pas encore de pluie. L’atmosphère était tendue, pesante.

Au loin, les projecteurs du portail s’allumèrent. Laura fit la grimace et leva la tête. Les deux veilleurs de nuit – elle ignorait toujours leur nom – étaient sortis et conféraient dans leurs téléphones portatifs.

Elle entendit un petit craquement, au-dessus d’elle. Très léger, discret, comme un chevron qui joue. Puis un autre : vaguement métallique, suivi d’un froissement. Très doux, comme des oiseaux qui se posent.

Quelque chose était tombé sur le toit. Quelque chose avait heurté le sommet de l’une des tourelles – et rebondi du toit de zinc sur les bardeaux.

Une lueur blanche recouvrit la cour, en silence. Une lueur blanche tombée du toit de la maison. Les gardes levèrent les yeux, étonnés. Ils levèrent les bras en l’air de surprise, comme de mauvais acteurs.

Le toit se mit à crépiter.

Laura se leva et hurla à pleins poumons.

Elle fonça dans la maison obscure jusqu’à la chambre. Le bébé s’était réveillé et hurlait de terreur. David était assis dans le lit, ahuri. « Il y a le feu. »

Il se catapulta hors du lit et, en trébuchant, enfila son pantalon. « Où ça ?

— Le toit. À deux endroits. Des bombes incendiaires, je pense.

— Bon Dieu ! Tu prends Loretta, moi, je vais chercher les autres. »

Elle attacha Loretta dans son couffin et fourra leurs consoles d’ordinateurs dans une valise. Elle n’avait pas fini qu’elle sentait déjà la fumée. Et il y avait à présent en permanence ce rugissement crépitant.

Elle trimbala dehors bébé et valise jusque dans la cour. Elle laissa Loretta dans son couffin, derrière la fontaine, puis se retourna pour regarder. Les flammes enveloppaient l’une des tourelles. Un ulcère de feu gagna l’aile ouest.

Rajiv et Jimmy sortirent, mi-tirant, mi-traînant une Rita en pleurs, secouée de quintes de toux. Laura courut à leur rencontre. Elle enfonça les ongles dans le bras nu de Rajiv. « Où est mon mari, sombre crétin !

— Très désolé, madame », gémit Rajiv. Il tirait nerveusement son pantalon qui tombait. « Désolé, madame, très désolé… »

Elle le repoussa avec une telle violence qu’il pivota et tomba. Elle gravit le perron d’un seul bond et se rua à l’intérieur, ignorant leurs cris.

David était dans la chambre. Presque plié en deux, une serviette mouillée pressée sur le visage. Il portait ses vidéoverres et avait ceux de Laura posés dans les cheveux. Le radio-réveil était coincé sous son aisselle. « Deux secondes », marmonna-t-il, la fixant de ce regard vide voilé d’une résille d’or. « Faut que je retrouve ma caisse à outils.

— Laisse tomber, David, viens ! » Elle le tira par le bras. Il suivit à regret, en trébuchant.

Une fois dehors, ils durent reculer devant la chaleur. Un par un, les étages supérieurs explosaient. Figé, David laissa échapper sa serviette. « Amorçage », commenta-t-il, fixant la scène.

Vicieux, un poing de flammes brisa une fenêtre à l’étage. Des éclats de verre tombèrent en cascade sur la pelouse. « La chaleur s’accumule, murmura-t-il, sur un ton clinique. Toute la pièce s’embrase d’un coup. Et la pression des gaz souffle alors le mur. »

Les soldats les firent reculer, tenant leurs vains et stupides fusils-entraveurs à hauteur de poitrine, comme des matraques de flics. David recula à contrecœur, hypnotisé par le spectacle de la destruction. « J’ai fait tourner des simulations du phénomène mais jamais je ne l’avais vu se produire en vraie grandeur, dit-il, à personne en particulier. Bon Dieu, quel spectacle ! »

Laura bouscula l’un des jeunes soldats qui lui écrasait les pieds. « Z’êtes d’un grand secours, tiens ! Merde, où sont les pompiers ou ce qui en tient lieu dans ce bled pourri ? »

Le garçon recula, tremblant, et laissa tomber son arme.

« Regardez le ciel ! » Il tendait le bras vers le nord-est.

De gros nuages embrasés roulaient lentement à l’horizon nord. Éclairés comme une aube d’horribles reflets ambrés.

« Bon sang, s’exclama David, stupéfait. C’est à des kilomètres d’ici… Laura, c’est la pointe du Sauteur. Tout leur putain de complexe. C’est un feu de raffinerie !

— Les feux de l’enfer », pleurnicha le soldat. Il se mit à sangloter en se tamponnant le visage. L’autre, un homme plus imposant, lui flanqua un coup de pied dans les jambes. « Ramasse ton flingue, enflure ! »

Au loin, un éclair sale illumina les nuages. « Mon Dieu, j’espère qu’ils n’ont pas touché les pétroliers ! J’espère que ces pauvres bougres ont des chaloupes ! » Il tripota son écouteur. « Vous recevez bien, Atlanta ? »

Laura releva casque et lunettes. Elle s’écarta pour aller chercher Loretta dans son couffin. Elle libéra la petite qui hurlait et la nicha contre sa poitrine, la berçant en murmurant.

Puis elle remit les lunettes.

À présent, elle pouvait observer sans avoir aussi mal.

Le manoir brûla de fond en comble. Cela prit toute la nuit. Blotti dans le poste de garde, leur petit groupe écouta au casque des récits de désastre.

Aux alentours de sept heures du matin, un hélico militaire arachnéen vint se poser près de la fontaine.

Andreï, l’émigré polonais, en sortit. Il prit des mains du pilote une grosse boîte et les rejoignit au portail.

Il avait le bras gauche bandé et puait les résidus de produits chimiques. « J’ai apporté des chaussures et des uniformes pour tous les survivants », annonça-t-il. La boîte était pleine de paquets aplatis emballés dans du plastique ; la tenue réglementaire du cadre : jean et chemisette. « Tout à fait désolés d’être de si mauvais hôtes, leur dit Andreï, la voix sombre. Le peuple de la Grenade vous présente ses excuses.

— Au moins, nous avons survécu », répondit Laura. Elle glissa ses pieds avec plaisir dans les chaussures souples de marin. « Qui a revendiqué l’attentat ?

— Les brigands du FAIT ont rompu avec toutes les règles de la civilisation.

— Je m’en doutais, dit Laura en prenant la boîte. On va se changer les uns après les autres dans le poste de garde, David et moi passerons les premiers. » À l’intérieur, elle se débarrassa de sa chemise de nuit vaporeuse et boutonna la chemise propre et raide, puis elle enfila le jean de toile épaisse. David mit simplement chemise et souliers.

Ils sortirent et Rita entra à son tour, frissonnante. « À présent, voulez-vous, je vous prie, me suivre dans l’hélicoptère, dit Andreï. Le monde doit connaître cette atrocité…

— Très bien, dit Laura. Qui est en ligne ? »

[« Quasiment tout le monde »], lui dit Emily. [« Vous passez en direct dans toute la compagnie et la transmission est relayée par deux ou trois agences de presse. Ce coup-ci, Vienne aura du mal à étouffer l’affaire… C’est tout simplement trop gros. »]

Andreï s’arrêta au pied de l’hélicoptère. « Pouvez-vous laisser le bébé ?

— Pas question », répondit David, inébranlable. Ils se casèrent dans deux sièges de secours à l’arrière, et David cala le couffin de Loretta sur ses genoux. Andreï s’installa à la place du copilote et ils bouclèrent leurs ceintures.

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