Peur sur Montmartre
- Автор: Rivière Maryse
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213693811
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
— Je ne suis pour rien dans ce meurtre, ni dans les autres. Je suis innocent.
— Un signe a été tracé sur le front de la victime, nous avons retrouvé le même symbole à proximité des autres cadavres, et les mêmes traces d’ADN apparaissent dans les trois cas.
— Alors, faites vos prélèvements sur moi tout de suite et vous verrez que je n’y suis pour rien.
Escoffier, serein, fit celui qui n’avait pas entendu.
— Vos parents adoptifs affirment que vous connaissiez l’identité de votre mère biologique depuis quatre ans, avez-vous cherché à la rencontrer récemment ?
Les mains de Nicolas Trouvé s’agitèrent. Ses membres inférieurs furent animés par des trépidations anarchiques, autant de signes qui ne passèrent pas inaperçus aux yeux de l’assistance. Quelque chose se passait dans le système émotionnel du suspect.
— Oui, lâcha Nicolas. J’étais en contact avec ma mère, par téléphone uniquement, depuis six mois. Ça n’a pas été facile. Mes parents adoptifs étaient au courant, je les aime trop pour leur cacher la vérité.
Ça l’avait pris comme ça, une envie irrépressible de connaître sa mère, d’entendre sa voix. Il avait appelé et dit simplement : « C’est Nicolas. » Un long silence s’était ensuivi, entrecoupé d’une respiration à peine audible, retenue, puis Nadine Pascoli avait répondu aussi simplement : « Oui. » Ils avaient trouvé des mots, de pauvres mots pour ne pas s’effrayer mutuellement. Le lendemain, c’était elle qui rappelait. Au fil de leurs conversations, ils soignaient leurs blessures et une nouvelle vie s’organisait.
— Pendant six mois, vous n’avez pas rencontré Mme Pascoli physiquement ? demanda Ughetti.
— Nous devions nous rencontrer le 24 décembre, chez elle. Après des semaines d’hésitation et de crainte, elle avait fini par me donner rendez-vous aux environs de 19 heures, la veille de Noël. Elle disait que ce serait un beau cadeau pour nous deux. Nous redoutions cette rencontre chacun de notre côté. J’ai quitté le bureau vers 17 heures et suis passé chez moi dans le Marais où j’habite avec mon ami. Je me suis rendu rue Eugène-Carrière en métro. À 19 heures précises, j’ai sonné plusieurs fois à la porte de la maison d’édition, personne n’a répondu. J’ai pensé que ma mère avait changé d’avis, qu’elle ne voulait plus me voir. Le lendemain, en écoutant la radio, j’ai compris qu’elle avait été assassinée peu de temps avant ma venue. J’étais effondré.
— Pourquoi ne pas vous être signalé aux autorités dans les jours qui ont suivi ?
— J’ai hésité, je vous l’avoue, mais quand la petite Laurette a été assassinée à son tour, à deux pas de la maison de mes parents adoptifs, j’ai paniqué. Ma présence sur les lieux des deux crimes faisait de moi le suspect numéro un. Je n’ai pas eu le courage de me présenter à la police. Je ne vous cache pas que je vis un enfer depuis Noël dernier.
Ughetti s’approcha de Damien et prit la suite.
— Parlons clair, dit-il. Le 24 décembre, vous avez rendez-vous avec votre mère qui se fait assassiner. Le 1er janvier, comble de malchance, vous passez devant le port de la Rosée, au moment où une pauvre gamine trouve la mort dans des conditions similaires. Vous avouerez que vous cumulez les handicaps, cher monsieur.
— Faites ce que vous avez à faire, monsieur le commissaire. Je vous ai dit la vérité.
Pichot s’éloigna quelques minutes dans le bureau voisin, et appela le juge. Axel Lagrange-Couturier se rallia aux conclusions des enquêteurs et accepta la mise en examen. De retour dans la pièce, Pichot fit un petit signe affirmatif au commissaire.
Damien enchaînait à présent les questions.
— Vous dites avoir téléphoné plusieurs fois à votre mère, mais nous avons épluché la liste des appels, aucun ne mène jusqu’à vous, comment expliquez-vous ce mystère ?
— Je passe mes coups de fil du bureau. Mon travail consiste à organiser des opérations qui mettent en valeur le patrimoine de la capitale, nous avons notre fonctionnement propre, nous éditons nous-mêmes nos brochures et nos guides et je passe beaucoup de temps au téléphone. Si vous cherchez bien, vous devriez trouver le numéro de notre maison d’édition dans votre liste.
— Était-ce intentionnel ?
— Non, c’est une habitude simplement.
— Et le 24, avez-vous cherché à joindre votre mère, peu avant 17 heures, pour avancer le rendez-vous par exemple ?
— Non.
— Souffrez-vous de myopie ou de tout autre trouble de la vue ?
— Je suis légèrement myope en effet, il m’arrive de porter des lunettes mais je m’en passe volontiers, je préfère vivre dans le flou.
— Parlez-nous de votre père, M. Lavigne. N’avez-vous pas cherché à le contacter lui aussi ?
— J’ai beaucoup de mépris pour cet homme. Je lui en veux de ne pas avoir soutenu et sauvé ma mère des griffes du vieux. Je suis entré dans sa librairie, le soir de Noël, après m’être rendu chez ma mère, je voulais voir sa tête. Je ne suis pas resté plus de cinq minutes, après m’être présenté comme un client potentiel, à la recherche de documents sur mai 68. J’ai tenté de lui mettre la puce à l’oreille, mais il n’a pas réagi.
— Quelqu’un a cherché à attenter à sa vie, mais vous n’y êtes pour rien si je suis bien votre raisonnement.
— Pour rien, commissaire. La violence de mes sentiments à son égard ne va pas jusqu’au meurtre.
— Parlons de votre grand-père. Que vous inspire-t-il ? continua Ughetti.
— De la haine. Mes parents adoptifs m’ont tout raconté au fur et à mesure. C’était insoutenable. Je les ai d’abord détestés pour avoir accepté ce chantage et puis, avec les années, j’ai fini par comprendre. Ce sont des gens d’une rare bonté, d’un dévouement absolu, à qui je dois tout. Je leur ai pardonné. Mais au vieux, non, je ne peux pas oublier le mal qu’il a semé autour de lui. Ce qu’il a fait n’a pas de nom. Je l’ai appelé, une fois, pour l’insulter, mais j’ai compris que ça ne servait à rien. Il a demandé à me rencontrer plusieurs fois au bureau, j’ai toujours refusé et il a finalement capitulé. Ma mère non plus ne voulait plus voir ses parents depuis qu’elle avait appris toute la vérité de ma bouche. Il nous aurait fallu des années pour nous reconstruire, pour apprendre à nous aimer…
Des pans entiers de la personnalité d’Albert Pascoli se dévoilaient au fil de l’enquête. À l’origine d’un véritable drame familial, le vieil homme était-il conscient de l’ampleur des dégâts qu’il avait causés ?
— Je dois vous avouer quelque chose, fit Nicolas Trouvé.
L’attention redoubla autour de lui.
— C’est moi qui ai envoyé la lettre anonyme au commissariat du 18e. Le corbeau… c’était moi. J’ai intentionnellement laissé des fautes d’orthographe en espérant brouiller les pistes.
— Pourquoi vous êtes-vous livré à ce petit jeu stupide ? demanda Escoffier, dépité.
— Je cherchais à nuire à Lavigne, je voulais qu’il ait des ennuis, qu’il ne dorme plus, qu’il soit hanté comme je l’avais été. Je voulais qu’il souffre.
— Une lettre anonyme, c’est tout ce que vous avez imaginé ?
Nicolas ne répondit pas, il baissa seulement la tête.
— Et quelle est la signification des initiales SR ?
— Il n’y en a pas, je les ai choisies au hasard.
— « Sans rancune », chuchota Bauer, content de sa trouvaille.
Intimement convaincus de l’innocence de Nicolas, les enquêteurs convenaient que tout, cependant, l’accablait : la concordance des horaires et des lieux, la pauvreté des alibis, un mobile plausible. La mise en examen devenait incontournable. Presque à regret, Escoffier l’invita à suivre Bauer et Loyrette dans le labo de l’IJ où des photos, des prélèvements buccaux et des relevés d’empreintes papillaires devaient être faits. Le suspect s’y prêta sans hostilité, persuadé que la science viendrait à son secours en le disculpant. Ce n’était qu’une question d’heures ou de jours. Avant de quitter la pièce, il demanda si l’on pouvait prévenir son ami.