À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité
- Автор: Rey Alain
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert Laffont
- ISBN: 978-2221112724
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité». Краткое содержание книги:
Le plus souvent un mot lié à l'actualité sert de prétexte pour une chronique érudite et parfois espiègle. Tout en en rappelant la valeur exacte, les origines du mot choisi, l'étymologiste se livre à l'exercice ou il excelle : rattacher la langue de tous les jours au patrimoine culturel, réduire les contresens, combattre les à-peu-près et les préjugés, pour mieux rendre compte des réalités.
Cette sélection, ou Alain Rey a choisi de garder les mots les plus significatifs en les agrémentant parfois d'un petit commentaire pour les restituer dans l'actualité, est aussi l'occasion de se retourner sur les cinq premières années du XXIe siècle.
Veto
Est-ce le temps des veto ? Les États-Unis sont fâchés lorsqu’un veto bloque une décision de l’Otan. Ce veto, d’ailleurs, n’en est pas un juridiquement, Bernard Guetta vient de m’affranchir. Que serait-ce si un vrai veto intervenait au Conseil de sécurité ? Le veto, tout le monde le comprend, en français comme en anglais, est une déclaration de refus, une interdiction.
Le mot fait irrésistiblement penser à vote et voter, car on vote le veto et ce faisant, on bloque, on empêche, on coince… Et pourtant, les deux mots, d’origine parfaitement latine, n’ont qu’une ressemblance formelle. Votum, d’où vient le vote, c’est une prière adressée aux dieux sous forme de promesse : si j’obtiens tel avantage, je te donne ceci, un sacrifice, par exemple… D’où l’idée de vœu, de votif, de vouer… Vetare, c’est pratiquement le contraire ; un mot de vocabulaire religieux, lui aussi, mais pour interdire.
Voilà bien la vieille Europe ; quand elle n’est pas d’accord et qu’elle le fait savoir, elle se met à parler latin : veto, veto, « j’interdis », c’est ce que pouvaient proférer les tribuns romains, pour s’opposer à un décret du Sénat ou des consuls.
Le droit de dire non, en politique, avait reçu un nom, et les temps modernes s’en souvinrent lorsque l’Église souhaita contrôler, au XVIIIe siècle, les délibérations de la diète polonaise. En français, le veto commença sa carrière en 1790, avec le même aspect de censure, puisque c’est le roi qui avait le droit de bloquer l’entrée en vigueur d’une loi régulièrement votée. De là les surnoms donnés à Louis XVI et à Marie-Antoinette par le peuple de Paris : Monsieur, Madame Veto.
Aujourd’hui, grâce à l’organisation internationale mise en place sous l’égide des Anglo-Saxons et des Russes, le veto permet au représentant d’un pays de s’opposer à une décision collective. L’unanimité est soit un beau rêve d’accord parfait, soit, plus souvent, le reflet d’une autorité impérieuse à laquelle nul n’ose s’opposer. Malheureusement, pas de veto pour s’opposer à diverses monstruosités comme l’écrasement génocidaire de la Tchétchénie, les famines organisées en Corée du Nord, les attentats terroristes, la peine de mort très légale dans de nombreux pays et tout ce que décrit Amnesty. Pas de veto pour l’Apocalypse ; non, le veto, on le réserve aux mômes qui veulent cloper, les salauds !