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À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité

Электронная книга - «À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité». Краткое содержание книги:

Pendant des années, Alain Rey a enchanté les matins de France Inter avec son mot du jour. Aujourd'hui il nous offre une sélection de ses chroniques écrites entre 2000 et 2005, quatre cents mots qui vont de « Racaille et Voyou » à « Victime », de « Torride » à « Mammouth », de « Tempête » à « Abracadabrantesque »…
Le plus souvent un mot lié à l'actualité sert de prétexte pour une chronique érudite et parfois espiègle. Tout en en rappelant la valeur exacte, les origines du mot choisi, l'étymologiste se livre à l'exercice ou il excelle : rattacher la langue de tous les jours au patrimoine culturel, réduire les contresens, combattre les à-peu-près et les préjugés, pour mieux rendre compte des réalités.
Cette sélection, ou Alain Rey a choisi de garder les mots les plus significatifs en les agrémentant parfois d'un petit commentaire pour les restituer dans l'actualité, est aussi l'occasion de se retourner sur les cinq premières années du XXIe siècle.
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Aujourd’hui, les soldes sont devenus un procédé de vente, une bonne affaire pour l’acheteur, parce que l’objet vendu est le même en moins cher. Alors, vivent les soldes, et la « fièvre ach’teuse » qui ne donne pas d’aphtes, mais qui vide les portefeuilles, ce qui est le but de cette chère « horreur économique ». Phénomène de société, on vous dit…

8 janvier 2003

Désarroi, 2

Dans les situations dangereuses et incertaines, une réaction et un sentiment assez normal de trouble et de détresse apparaissent. Pour les salariés d’une entreprise qui menace de fermer, le Coréen Daewoo en Lorraine, en ce moment même, pour les sans-abri dans les grands froids, pour les victimes des catastrophes naturelles, on peut parler à bon escient de désarroi et chacun comprend ce qu’on veut dire : trouble angoissé, sentiment d’impuissance devant une situation menaçante ou incompréhensible. Dans L’Odyssée de l’espèce[41], on voit de nombreux cas de désarroi, tel celui qui accompagne la domestication du feu.

La détresse serre la gorge : c’est bien le sens de districtus, « serré » ; mais le désarroi, qu’est-ce que ça peut bien être ? C’est un mot négatif, comme dés-illusion, qui est plus clair, ce qui revient à se demander ce qu’était l’arroi[42].

Arroi est un mot disparu depuis longtemps, mais qui laisse des souvenirs : un bout de patrimoine en péril, si on veut. Arroyer, le verbe dont vient arroi, est un mot apporté en Gaule romaine par les soldats germaniques de l’Empire romain en difficulté. Il voulait dire « organiser, arranger » et l’arroi était donc une organisation, une mise en ordre le plus souvent complexe : l’arroi des cortèges signalait aux populations impressionnées, non seulement le pouvoir et la puissance, mais aussi la bonne organisation. Aujourd’hui, l’arroi des armées américaines et britanniques est fait pour impressionner les témoins de leur déploiement par l’image d’un ordre « formidable », au sens originel de cet adjectif galvaudé.

On comprendra que, devant un tel déploiement, ceux contre qui il est organisé, avec force technique, soient, eux, en grand désarroi. Le désarroi est une désorganisation psychologique, un trouble, un sentiment de menace sans réaction possible. D’où angoisse, égarement de la conscience, des esprits. Devant les désastres et les menaces subies, devant la mort des proches, le désarroi guette. C’est un sentiment courant chez les adolescents, comme en témoigne le magnifique roman de Robert von Musil, Les Désarrois de l’élève Törless. Mais les désarrois pourraient porter leur remède en eux, ce serait un nouvel arroi : se reprendre, se réorganiser, ne pas se laisser envahir par la défaite. Il nous manque un mot, arroi étant mort et enterré, pour remédier au désarroi ; ce serait le réarroi, le remonteur de moral.

10 janvier 2003

Dialogue

Sous toutes ses formes, le dialogue est une dimension essentielle de la vie sociale. C’est un mot ancien en français comme en d’autres langues vivantes, et nous le devons aux philosophes grecs, notamment à Platon, qui n’expose pas ses idées en un discours unique, un monologue, mais sous forme d’une discussion à plusieurs. Ces dialogues mettent souvent en scène un certain Socrate, qui savait faire sortir la vérité, ou plutôt ce qu’on peut en connaître, par un jeu de questions-réponses où les interlocuteurs, réagissant chacun à leur manière, font avancer les idées de tous.

C’est bien l’idée qu’exprime dialogos, où logos signifie « la parole », et où dia signifie « à travers ». Mais comme dialogue s’oppose à monologue, où mono veut dire « un, unité », on croit souvent que le dialogue est une relation de parole entre deux personnes. Erreur fatale ! comme soupirent nos ordinateurs. Le dialogue est un discours à plusieurs, un discours qui traverse les différences individuelles, qui s’adresse à tous ceux qui se parlent et qui s’écoutent, car il doit aller dans les deux directions. De même, le dia-lecte est le langage commun à toute une région et la diaspora déplace une population à travers les pays. Le dialogue, au théâtre, au cinéma, à la télé, comprend les échanges de paroles entre tous les personnages.

Certes, on peut dialoguer avec un seul interlocuteur, mais la situation qu’évoque le mot dialogue, c’est l’échange généralisé.

Comme tous les mots de la parole, dialogue recèle une autre ambiguïté : celle de la forme et du sens. Lorsqu’on évoque la modernisation du dialogue social, c’est-à-dire de la discussion entre ces partenaires que sont par exemple les travailleurs, leurs employeurs, les entreprises, les correctes et les voyoutes, et puis l’État, et les associations et tous les citoyens, on peut viser soit les méthodes employées pour se rencontrer et discuter, soit les sujets à aborder pour faire avancer les choses.

Le dialogue est un aspect de la démocratie. La monarchie absolue et la dictature, c’est le monologue. Des monologues, nous en entendons tous les jours : c’est la pensée unique, la langue de bois. Sinon, on parle d’un dialogue de sourds.

Paul Valéry, à propos du dialogue intérieur, écrit que dans cet exercice d’échange, « l’esprit mis en mouvement… produit des idées vives qui s’enhardissent l’une l’autre ». Voilà sans doute l’idéal du dialogue. Le dialogue, à travers les groupes sociaux, doit être, avant tout, une parole réciproque.

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41

Ce téléfilm sur l’évolution préhistorique des hominidés venait d’être diffusé.

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42

Une réponse succinte était donnée à cette question le 9 février 2001.

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