Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Dans l’attente d’aller faire la circulation dans les rues de Saint-Tropez et d’entraîner Bourvil dans sa combine, Louis assiste impuissant au petit succès rencontré par Faites sauter la banque qui ne peut rivaliser avec L’Homme de Rio de Philippe de Broca avec Jean-Paul Belmondo et La Tulipe noire avec Alain Delon sortis ce même mercredi 26 février. Sans être désastreuse, la critique accorde peu d’intérêt à ce film, tout en soulignant que « si de Funès est un excellent acteur, il devrait songer à renouveler son comique[255] ». L’effet Pouic-Pouic n’a pas fonctionné, au grand dam du distributeur du film — la Comacico — qui décide de le retirer de l’affiche à Paris et en banlieue dans l’espoir qu’une programmation en date du 6 mai sera plus favorable. Hélas, il n’en sera rien. Ce cent onzième film de Louis de Funès serait tombé dans l’oubli s’il n’avait connu une seconde jeunesse une fois son héros devenu star ! Ce ne sera pas le seul long métrage de Louis de Funès à renaître ainsi de ses cendres sous son titre d’origine ou sous un autre. En 1969, dans le magazine Show Business, il s’en indignera en ces termes : « On ne peut rien faire contre les distributeurs qui ressortent de vieux films sous un autre titre. C’est une véritable escroquerie envers le public. Plusieurs films dans lesquels je n’avais tourné que des petits rôles sont ressortis de cette manière. Totò à Madrid, dans lequel je n’ai que huit minutes de présence, est devenu Un coup fumant, et Certains l’aiment froide est devenu Les râleurs font leur beurre. J’ai écrit au directeur du Centre de la cinématographie, M. André Holleaux. Il m’a répondu que malheureusement on ne pouvait rien faire, que la loi n’avait pas prévu ce genre de cas. Faire un procès ne servirait à rien sinon à perdre de l’argent. Je ne vois qu’une solution, que m’avait d’ailleurs conseillée dans le temps Michel Simon : leur casser la gueule. Mais je ne suis pas assez fort ! » Juste retour pécuniaire de sa célébrité pour l’heure seulement en devenir alors qu’il se glisse sous les commandes de Jacques Poitrenaud aux studios d’Épinay.
Un scénario signé Albert Simonin, des dialogues ciselés par Michel Audiard d’après un roman de Francis Ryck où il est question de deux cambrioleurs surpris en plein fric-frac par une jeune fille de bonne famille qui menace de les dénoncer s’ils n’acceptent pas de l’associer à leur vilaine entreprise. Cette production à petit budget vise surtout à mettre en valeur la jeune Dany Saval. À 22 ans, cette ancienne danseuse du Moulin-Rouge et mannequin chez L’Oréal s’est déjà fait remarquer dans différents films dont trois signés Jacques Poitrenaud : Les portes claquent, Les Parisiennes et Strip-Tease. Fidèle abonnée aux soirées mondaines, sa plastique et son joli minois attirent nombre de convoitises chez les producteurs qui souhaiteraient voir sa carrière décoller. Avec Une souris chez les hommes[256], ils comptent bien réussir ce pari en l’entourant de comédiens solides et populaires. Maurice Biraud, Robert Manuel, la pulpeuse Dany Carrel, Maria Pacôme, Jean Lefebvre, la savoureuse Dora Doll et Louis de Funès font partie de cette équipée sans grande envergure[257]. En dépit des répliques acidulées de Michel Audiard, Jacques Poitrenaud ne sait pas tirer avantage du potentiel d’un de Funès qui, il faut bien le reconnaître, ne fait guère d’efforts pour forcer son talent. Une dizaine de jours de tournage plus tard, il ne perd pas un instant pour aller prendre l’air à Saint-Clair-sur-Epte et fortifier son genou qui continue de le harceler. Il tient à afficher une forme quasi olympique pour mener l’enquête à Saint-Tropez au nom de la loi.
Dans l’Oise, Louis se plonge également dans la lecture du scénario et des dialogues que vient de lui confier André Hunebelle. Ce dernier s’est mis en tête, après d’âpres négociations avec Marcel Allain, unique survivant après la mort le 26 février 1914 de Pierre Souvestre, de mettre en images une énième version des aventures de Fantômas. En s’attaquant aux tribulations de ce « génie du crime » qui passionnèrent les Français sous la forme de feuilleton, Hunebelle et son fils Jean Halain veulent, à leur façon, renouveler le genre. Sans trahir l’œuvre originale, ils placent Fantômas dans une intrigue moderne sans grand rapport avec les romans d’origine. Ils imaginent que le commissaire Juve et le journaliste Fandor ne croient pas une seconde à l’existence de ce vaniteux individu se faisant appeler Fantômas et qui réussit à répandre un mouvement de panique au sein de la société. Mais ils changeront rapidement d’avis quand ils se trouveront en face de la réalité : Fantômas, au visage céruléen, accomplit ses forfaits sous diverses identités grâce à des masques fabriqués dans son laboratoire ; c’est ainsi qu’il se fera passer pour le journaliste Fandor et le commissaire Juve qui seront successivement arrêtés. Dans leur scénario, ils donnent au personnage une dimension comique tranchant nettement avec le Fantômas tragique de Louis Feuillade réalisé en 1913. En un mot, ils entendent faire de leur film une comédie d’action en abandonnant les aspects cruels, voire proches de l’épouvante, jusqu’alors de mise. Un cinéma de détente et d’action un peu à la manière du James Bond 007 contre Dr No de Terence Young qui a connu un formidable succès l’année précédente. André Hunebelle va même se payer le luxe de solliciter le Britannique Sean Connery pour incarner Fantômas. Une tentative qui se solde, tout naturellement, par un refus poli de celui qui vient d’apporter ses lettres de noblesse au héros de Ian Fleming.
255
Samuel Lachize in L’Humanité daté du 27 février 1964.
256
En 1972, Une souris chez les hommes sera rebaptisé Un drôle de caïd.
257
À sa sortie en salles le 17 juillet 1964, Une souris chez les hommes, en dépit du charme acidulé de Dany Saval, ne connaîtra qu’un bien médiocre succès, n’apportant pas grand-chose de neuf au cinéma comique français.