Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
Ce jour-là… Ça oui, il faisait chaud. Les vêtements collaient au corps moite. Bobby n’arrêtait pas de se plaindre. Alors elle était montée toute seule sur le toit, espérant qu’il ne la suivrait pas.
Évidemment, il l’avait suivie tout de même.
Il s’était hissé sur l’avant-toit et avait rampé sur les bardeaux derrière elle, accroché au pied de sa sœur en attendant de pouvoir s’allonger en toute sécurité. Ne bouge pas, empoté, et tu ne glisseras pas. Mais ce n’est pas ce qu’Annie avait dit.
Si tu as peur, tu vas transpirer et tes mains seront toutes mouillées.
Bobby avait froncé les sourcils.
Et si tes mains sont mouillées… tu pourrais glisser.
Terrorisé, il avait regardé, par-delà Annie, la cime des cèdres déformée par l’air brûlant. Annie, dis pas ça…
On est très très haut, tu sais, Bobby.
Saisi de panique, il lui agrippa le pied à deux mains.
Hé, lâche-moi, c’est pas de jeu !
Mais il s’y accrocha plus fort. Elle était en short, pieds nus. Avec la chaleur, les doigts de Bobby étaient collants comme de la poix. Elle ne supportait pas.
Bobby ! Lâche-moi !
Elle secoua la jambe pour se dégager.
Annie, cria-t-il, arrête !
La peur commençait maintenant à la gagner, elle aussi. Son regard quitta le bleu profond du ciel, descendit sur les fermes, les silos, les maisons, les rues, et s’arrêta sur la gouttière et l’allée pavée, juste en dessous. Sa mère venait de sortir la poubelle qui semblait trembloter sous la chaleur.
Elle imagina Bobby en train de tomber ; elle le vit qui l’entraînait dans sa chute.
Elle donna un coup de pied, plus fort.
Il lâcha une main, s’agrippa aux bardeaux.
Un nouveau coup de pied.
Annie, fais pas ça, arrête !
Sa voix était alors étrangement, effroyablement calme.
Annie donna une dernière secousse pour se libérer, et sentit la main de Bobby lâcher sa cheville. Quand elle se tourna de nouveau vers lui, elle n’eut que le temps de le voir qui disparaissait par-dessus le bord du toit, une expression d’étonnement, d’incompréhension, inscrite sur son visage figé.
Elle dégringola l’échelle en toute hâte et se pencha sur la rambarde du balcon. Bobby gisait au milieu de l’allée, près de la poubelle. Elle le regarda longtemps, l’esprit comme engourdi, incapable d’interpréter ce qu’elle voyait. La tête de son frère, ouverte, baignait dans une mare de sang sur les pavés. Énorme éclaboussure garance sur la grisaille de l’allée.
Quand Bobby quitta l’hôpital, il portait de nouveau des couches. Leur mère devait le changer tout le temps.
Une fois, elle avait agité une couche souillée sous le nez d’Annie.
— C’est ta faute, avait-elle dit.
La tête de Bobby était curieusement plate sur un côté et il ne parlait plus, mais chaque fois qu’il voyait Annie, il se recroquevillait sur lui-même et fermait les yeux.
Leur mère était morte deux ans plus tard.
Annie avait espéré regagner l’affection de son père en obtenant un diplôme de médecine ; mais lui aussi était mort avant qu’elle ait terminé ses études.
Elle persista malgré tout jusqu’à son diplôme. Bobby était soigné dans un établissement spécialisé, intégralement payé par l’argent de l’héritage. Mais cet argent ne durerait pas éternellement, et elle aurait besoin d’un bon revenu, un revenu de médecin, pour assumer les soins de Bobby.
Son internat fut particulièrement pénible. La seule vue d’une blessure à la tête lui donnait des vertiges.
Quand elle accepta de s’associer avec Matt Wheeler, il lui parla de sa femme Celeste et de la façon dont il l’avait perdue. Annie, jamais, ne parla de Bobby. C’était son secret. Un secret qui les éloignait, mais Annie était convaincue que leur relation était exactement telle qu’elle devait être : plus forte que l’amitié, plus légère que l’amour. Matt se sentait coupable d’aimer quelqu’un après Celeste. Et Annie… Annie, elle, se sentait indigne d’être aimée.
Les Voyageurs avaient réveillé ces souvenirs, mais ils avaient offert une contrepartie : l’objectivité, fraîche et purifiante comme l’eau d’un torrent. La possibilité de se pardonner à soi-même.
Et près d’un quart de siècle plus tard, Annie pardonna enfin à Annie.
Mais ce n’était pas seulement son propre pardon qu’elle espérait de toute son âme.
Bobby se fatigua vite et ils s’assirent à l’ombre, sous l’arbre de la cour intérieure. Annie alla chercher deux jus d’orange à la cafétéria du personnel. Ils étaient frais, presque glacés.
— On va partir en voyage, dit Bobby.
— Avec les autres patients de Wellborne ? C’est bien. Où allez-vous ? À la plage ?
— Non, je veux dire… On va tous faire un voyage.
— Oh… Tu parles de ce voyage-là… Oui, c’est vrai.
— Tu es excitée, Annie ?
— Ce n’est pas encore pour tout de suite, Bobby. Dans quelques mois, peut-être.
— Il faut qu’ils construisent le vaisseau, d’abord.
— Oui.
Il secoua la tête.
— Il faut que je grandisse vite.
— Il n’y a pas urgence.
— J’ai tout de même un gros retard à rattraper.
Elle ne put trouver sa voix pour répondre.
— Je reprends des forces, tu sais, dit-il. Tiens, regarde ce que je peux faire.
Une rambarde de bois courait tout autour de la cour. Avant qu’elle ait pu l’en empêcher, Bobby s’était hissé dessus. Il s’accrocha un instant à l’étroite poutre, puis se releva en hésitant, tel un funambule cherchant son équilibre.
Ses hanches maigres saillaient sous son jean trop large. Ses bras tendus semblaient aussi fragiles que des brindilles.
Une saute de vent suffirait à le faire tomber. Annie céda à la panique.
— Bobby, arrête !
— Non, Annie, regarde !
Il mit prudemment un pied devant l’autre. Deux pas. Fier de son équilibre. Fier de sa force nouvelle.
— Bobby, tu vas te faire mal !
— Mais non, je…
Mais elle s’était déjà levée et, sans réfléchir, elle courait vers lui. Elle l’attrapa par la taille et l’attira contre elle. Il était plus léger encore qu’elle ne l’aurait cru. Aussi léger qu’un gamin de neuf ans.
— Annie ! Annie, il n’y a pas de quoi avoir peur !
Il la prit dans ses bras et pressa sa tête déformée contre la joue de sa sœur.
— Je sais pourquoi tu pleures, murmura-t-il.
Elle eut l’impression que son cœur cessait de battre.
— Mais c’était il y a si longtemps, ajouta-t-il. On était des gosses. Ça n’a plus d’importance.
Et Annie pleura dans les bras de son frère, et les larmes coulèrent, irrépressibles, intarissables, se déversant d’un puits de douleur avide de lumière.
TROISIÈME PARTIE
Été indien
19
Appel à tous
Tom Kindle décida de rester à Buchanan jusqu’à la fin des championnats de base-ball. Après… l’horizon avait ma foi quelque chose d’ensorcelant, par ces pluvieuses journées automnales.
Matt Wheeler, manifestement, n’approuvait pas cette idée.