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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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��Nous avons tout compris�, s'�cri�rent les logiciens qui, les uns les autres, se congratul�rent.

Et moi j'estimais que comprendre c'e�t �t� conna�tre, comme il se trouvait que je connusse, un certain sourire plus fragile qu'une eau dormante puisqu'il e�t suffi d'une simple pens�e pour le ternir, et qui peut-�tre en cet instant n'existait point puisque d'un visage endormi, et qui justement n'�tait point d'ici mais de la tente d'un �tranger situ�e � cent jours de marche.

Car la cr�ation est d'une autre essence que l'objet cr��, s'�vade des marques qu'elle laisse derri�re elle, et ne se lit jamais dans aucun signe. Toujours ces marques, toujours ces traces et toujours ces signes tu les d�couvriras qui d�coulent les uns des autres. Car l'ombre de toute cr�ation sur le mur des r�alit�s est logique pure. Mais cette d�couverte �vidente n'emp�chera point que tu sois stupide.

Comme ils n'�taient point convaincus je poursuivis dans ma bont� pour les instruire:

�Il �tait une fois un alchimiste qui �tudiait les myst�res de la vie. Il se fit que de ses cornues, de ses alambics, de ses drogues il retira un minuscule fragment de p�te vivante. Les logiciens donc accoururent. Ils recommenc�rent l'exp�rience, m�l�rent les drogues, souffl�rent le feu sous les cornues et d�gag�rent une autre cellule de chair. Et ils s'en furent en proclamant qu'il n'�tait plus de myst�re de la vie. La vie n'�tait que cons�quence naturelle de cause en effet et d'effet en cause, de l'action du feu sur les drogues et des drogues les unes sur les autres, lesquelles ne sont point d'abord vivantes. Les logiciens comme toujours avaient parfaitement compris. Car la cr�ation est d'une autre essence que l'objet cr�� qu'elle domine, ne laisse point de traces dans les signes. Et le cr�ateur s'�vade toujours de sa cr�ation. Et la trace qu'il laisse est logique pure. Et moi, plus humblement, je fus m'instruire aupr�s du g�om�tre mon ami: �Que vois-tu l�, dit-il, de neuf sinon que la vie ensemence la vie?� La vie ne f�t point apparue sans la conscience de l'alchimiste, lequel, � ma connaissance, vivait. On l'oublie car, comme toujours, il s'est retir� de sa cr�ation. Ainsi toi-m�me quand tu as conduit l'autre sur le sommet de ta montagne d'o� sont ordonn�s les probl�mes, cette montagne devient v�rit� en dehors de toi qui le laisses seul. Et nul ne se demande d'o� vient que tu aies choisi cette montagne puisque simplement on s'y trouve et qu'il faut bien que l'on soit quelque part.�

Mais comme ils murmuraient, car les logiciens ne sont point logiques:

�Pr�tentieux que vous �tes, leur dis-je, qui suivez la danse des ombres sur les murs avec l'illusion de conna�tre, qui lisez pas � pas les propositions de g�om�trie sans concevoir qu'il fut quelqu'un qui marcha pour les �tablir, qui lisez les traces dans le sable sans d�couvrir qu'il fut quelqu'un ailleurs qui refusa d'aimer, qui lisez l'ascension de la vie � partir des mat�riaux sans conna�tre qu'il fut quelqu'un qui r�futa et qui choisit, ne venez pas aupr�s de moi, vous les esclaves, arm�s de votre marteau � clous, feindre d'avoir con�u et lanc� le navire.

�Celui-l� qui �tait seul de son esp�ce et qui est mort, je l'eusse certes assis � mes c�t�s s'il l'e�t souhait� afin qu'aupr�s de moi il gouvern�t les hommes. Car celui-l� venait de Dieu. Et son langage savait me d�couvrir cette bien-aim�e lointaine qui, n'�tant point de l'essence du sable, n'y �tait point d'embl�e possible � lire.

�De m�langes possibles en nombre infini il savait �lire celui-l� que nulle r�ussite ne distinguait encore et qui cependant seul conduisait quelque part. Quand, faute de fil conducteur dans le labyrinthe des montagnes, nul ne peut progresser par d�duction, car ton chemin tu connais qu'il �choue � l'instant seulement o� se montre l'ab�me, et qu'ainsi le versant oppos� est encore ignor� des hommes, alors parfois se propose ce guide qui, comme s'il revenait de l�-bas, te trace la route. Mais une fois parcourue, cette route demeure trac�e et t'appara�t comme �vidente. Et tu oublies le miracle d'une d�marche qui fut semblable � un retour.�

LXXIX

Vint celui-l� qui contredit mon p�re: �Le bonheur des hommes��, disait-il. Mon p�re lui coupa la parole:

�Ne prononce point ce mot chez moi. Je go�te les mots qui portent en eux leur poids d'entrailles, mais rejette les �corces vides.

��Cependant, lui dit l'autre, si toi, chef d'un empire, tu ne te pr�occupes point le premier du bonheur des hommes�

��Je ne me pr�occupe point, r�pondit mon p�re, de courir apr�s le vent pour en faire des provisions, car, si je le tiens immobile, le vent n'est plus.

��Mais, dit l'autre, si j'�tais le chef d'un empire, je souhaiterais que les hommes fussent heureux�

��Ah! dit mon p�re, ici je t'entends mieux. Ce mot-l� n'est point creux. J'ai connu, en effet, des hommes malheureux et des hommes heureux. J'ai connu aussi des hommes gras ou maigres, malades ou sains, vivants ou morts. Et moi aussi je souhaite que les hommes soient heureux, de m�me que je les souhaite vivants plut�t que morts. Encore qu'il faut bien que les g�n�rations s'en aillent.

��Nous sommes donc d'accord, s'�cria l'autre.

��Non�, dit mon p�re. Il songea, puis:

�Car quand tu parles de bonheur, ou bien tu parles d'un �tat de l'homme qui est d'�tre heureux comme d'�tre sain, et je n'ai point d'action sur cette ferveur des sens, ou bien tu parles d'un objet saisissable que je puis souhaiter de conqu�rir. Et o� donc est-il?

�Tel homme est heureux dans la paix, tel autre est heureux dans la guerre, tel souhaite la solitude o� il s'exalte, tel autre a besoin pour s'en exalter des cohues de f�te, tel demande ses joies aux m�ditations de la science, laquelle est r�ponse aux questions pos�es, l'autre, sa joie, la trouve en Dieu en qui nulle question n'a plus de sens.

�Si je voulais paraphraser le bonheur je te dirais peut-�tre qu'il est pour le forgeron de forger, pour le marin de naviguer, pour le riche de s'enrichir, et ainsi je n'aurais rien dit qui t'appr�t quelque chose. Et d'ailleurs le bonheur parfois serait pour le riche de naviguer, pour le forgeron de s'enrichir et pour le marin de ne rien faire. Ainsi t'�chappe ce fant�me sans entrailles que vainement tu pr�tendais saisir.

�Si tu veux comprendre le mot, il faut l'entendre comme r�compense et non comme but, car alors il n'a point de signification. Pareillement je sais qu'une chose est belle, mais je refuse la beaut� comme un but. As-tu entendu le sculpteur te dire: �De cette pierre je d�gagerai la beaut�?� Ceux-l� se dupent de lyrisme creux qui sont sculpteurs de pacotille. L'autre, le v�ritable, tu l'entendras te dire: �Je cherche � tirer de la pierre quelque chose qui ressemble � ce qui p�se en moi. Je ne sais point le d�livrer autrement qu'en taillant.� Et, que le visage devenu soit lourd et vieux, ou qu'il montre un masque difforme, ou qu'il soit jeunesse endormie, si le sculpteur est grand tu diras de m�me que l'�uvre est belle. Car la beaut� non plus n'est point un but mais une r�compense.

�Et lorsque je t'ai dit plus haut que le bonheur serait pour le riche de s'enrichir, je t'ai menti. Car il s'agit du feu de joie qui couronnera quelque conqu�te, ce seront ses efforts et sa peine qui se trouveront r�compens�s. Et si la vie qui s'�tale devant lui appara�t pour un instant comme enivrante, c'est au titre o� t'emplit de joie le paysage entrevu du haut des montagnes quand il est construction de tes efforts.

�Et si je te dis que le bonheur pour le voleur est de faire le guet sous les �toiles, c'est qu'il est en lui une part � sauver et r�compense de cette part. Car il a accept� le froid, l'ins�curit� et la solitude. L'or qu'il convoite, je te l'ai dit, il le convoite comme une mue soudaine en archange, car, lourd et vuln�rable, il s'imagine qu'est all�g� d'ailes invisibles celui qui s'en va, dans la ville �paisse, l'or serr� contre le c�ur.

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