Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]
- Автор: Дик Филип Кайндред
- Год: 1988
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-22451-0
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
— L’impact que vous auriez. Les ventes, les musées et les galeries connaîtront votre nom, vos productions. Il y aurait une avalanche d’acheteurs.
— Je vous en prie, intervint Mary Anne d’un ton posé. Laissez-moi toute seule. Je suis très heureuse comme ça. Je sais que je suis un bon potier. Je sais que les marchands – les bons – aiment ce que je fais. Faut-il tout voir sur une grande échelle ? N’ai-je pas le droit de mener ma petite vie comme je le désire ? Elle décocha à Jason un regard indigné et reprit d’une voix presque inaudible : je ne vois pas ce que la gloire et la célébrité vous ont apporté.
Tout à l’heure, dans ce bistrot, vous m’avez demandé si votre disque était vraiment dans le juke-box. Vous aviez peur qu’il n’y soit pas. Vous étiez moins en sécurité que je ne l’ai moi-même jamais été.
— À propos, j’aimerais écouter ces deux disques avant de partir.
— Laissez-moi les mettre sur l’électrophone, il est capricieux.
Mary Anne prit les albums et les vingt dollars. Jason resta debout à sa place devant les débris du vase.
Un air familier s’éleva. Le disque qui avait dépassé tous les records de vente. Ses sillons n’étaient plus vierges.
— Vous pouvez les garder. Je m’en vais.
Maintenant, se dit-il, je n’en ai plus besoin. Je pourrai les acheter chez n’importe quel disquaire.
— Ce n’est pas le genre de musique que j’apprécie. Je crois que je ne les écouterai jamais.
— Gardez-les quand même.
— En échange de vos vingt dollars, je vais vous donner un autre vase. Attendez un instant.
Elle disparut précipitamment. Il y eut des froissements de papier, le bruit d’une activité débordante. Mary Anne ne tarda pas à réapparaître avec un autre vase bleu. Celui-ci avait quelque chose d’indéfinissable que ne possédait pas l’autre et Jason eut l’intuition qu’elle jugeait que c’était l’une de ses meilleures œuvres.
— Merci.
— Je vais l’envelopper et le mettre dans une boîte pour qu’il ne se casse pas comme le premier. (Joignant les actes à la parole, elle l’emballa avec un soin fébrile.) Je suis très fière d’avoir déjeuné avec quelqu’un d’illustre, dit-elle en lui tendant la boîte ficelée. Je suis très heureuse d’avoir fait votre connaissance et je me rappellerai longtemps cette rencontre. Et je souhaite que vos ennuis s’arrangent.
Je veux dire que j’espère que ce qui vous tourmente deviendra bénéfique.
Jason Taverner prit dans sa poche le petit étui de cuir marqué à ses initiales dont il sortit une carte de visite gravée et polychrome.
— Appelez-moi au studio n’importe quand si jamais vous changez d’avis ou si vous avez envie de passer à mon émission. Je suis sûr que ça pourra s’arranger. Vous trouverez également sur cette carte mon numéro personnel.
— Au revoir, fit-elle en lui ouvrant la porte.
— Au revoir. (Il hésita, cherchant quelque chose à ajouter. Mais en vain.) C’est le ratage. Le bide complet. Pour tous les deux.
Mary Anne cilla.
— Que voulez-vous dire ?
— Prenez soin de vous.
Jason Taverner sortit sur le trottoir. Sous le soleil brûlant de l’après-midi.
24
— Pour le moment, je peux seulement vous dire qu’elle est morte pour avoir absorbé une overdose d’une drogue toxique ou semi-toxique, fit le coroner agenouillé devant le corps d’Alys Buckman. Dans vingt-quatre heures, nous serons en mesure de préciser la nature de cette drogue.
— Cela devait arriver, murmura Felix Buckman. Un jour ou l’autre.
Chose curieuse, il ne se sentait pas tellement bouleversé. En fait, à un certain niveau et d’une certaine façon, il avait éprouvé un profond soulagement quand Tim Chancer, leur garde du corps, lui avait appris qu’on avait retrouvé Alys morte dans la salle de bains du premier étage.
— J’ai pensé que ce Taverner lui avait fait un mauvais parti, répéta une fois de plus Chancer pour essayer de retenir son attention. Il avait un comportement bizarre. J’ai compris qu’il se passait quelque chose d’anormal. Je lui ai tiré dessus à deux reprises mais il a réussi à se sauver. S’il n’est pas coupable, c’est peut-être tant mieux si je l’ai raté. Mais, d’un autre côté, peut-être qu’il se sentait coupable de l’avoir poussée à se droguer. Vous ne croyez pas ?
— Personne n’aurait eu besoin de pousser Alys, répondit sèchement Buckman. (Il sortit de la salle de bains. Dans le couloir, deux pols en gris au garde-à-vous attendaient des instructions.) Elle n’avait pas besoin que Taverner ou qui que ce soit d’autre la lui administre, cette drogue.
Maintenant, Buckman se sentait physiquement mal à l’aise. Bon Dieu ! songea-t-il. Comment réagira Barney ? C’était le hic. Pour des raisons qui lui échappaient, l’enfant adorait sa mère… Enfin… Chacun ses goûts !
D’ailleurs, lui-même… Il l’aimait. Elle avait un tel dynamisme. Elle lui manquerait. Elle tenait une place importante dans la vie en général et dans sa vie en particulier.
Pour le meilleur ou pour le pire.
Herb Maime, blême, grimpa l’escalier quatre à quatre, les yeux fixés sur Buckman.
— Je suis arrivé dès que j’ai pu, dit-il en lui serrant la main. Alors ? Elle a pris une overdose ? ajouta-t-il en baissant le ton.
— Apparemment, dit Buckman.
— J’ai eu un coup de fil de Taverner, tout à l’heure. Il voulait vous parler. À propos d’Alys.
— Il voulait me dire qu’elle était morte. Il était là quand ça s’est produit.
— Pourquoi ? Comment la connaissait-il ?
— Je n’en sais rien.
Mais, pour l’instant, cela n’avait pas grande importance aux yeux de Buckman. Il n’avait aucun grief contre Taverner. Compte tenu du tempérament et des habitudes d’Alys, il y avait de fortes chances pour qu’elle l’ait attiré chez elle. Quand Taverner était sorti de l’Académie de police, elle avait probablement mis le grappin sur lui et l’avait conduit à la maison dans son aéromobile gonflé. Après tout, Taverner était un six. Et Alys aimait les six. Les hommes et les femmes.
Particulièrement les femmes.
— Il y a peut-être eu une orgie.
— À deux seulement ? objecta Maime. Mais vous pensez peut-être qu’ils n’étaient pas seuls ?
— Il n’y avait personne d’autre. Chancer l’aurait remarqué. Non, je pense plutôt à une orgie téléphonique. Elle a failli tant de fois se brûler la cervelle avec ces foutues orgies téléphoniques… J’aimerais qu’on puisse épingler les nouveaux organisateurs, ceux qui ont repris la combine quand nous avons liquidé Bill, Carol, Fred et Jill… cette bande de décadents ! (D’une main tremblante, Buckman alluma une cigarette sur laquelle il se mit à tirer à petites bouffées rapides.) Ça me rappelle une chose qu’Alys m’a dite un jour sans faire exprès d’être drôle. Elle parlait d’une orgie qu’elle envisageait et se demandait si elle ne devait pas envoyer des invitations officielles. « Ce serait préférable, sinon tout le monde n’arrivera pas en même temps », m’a-t-elle expliqué.
Il s’esclaffa.
— Vous m’avez déjà raconté cette anecdote, dit Herb.
— Elle est morte. Vraiment morte. Raide morte. (Buckman écrasa sa cigarette dans un cendrier.) Ma femme. C’était ma femme.
D’un signe de tête, Maime désigna les deux gris figés au garde-à-vous.
— Et après ? s’exclama Buckman. Ils n’ont pas lu le livret de La Walkyrie ? (D’une main toujours aussi tremblante, il alluma une nouvelle cigarette.) Sigmund et Siglinde. Schwester und Braut. Sœur et fiancée. Et au diable Hunding !