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Dominium Mundi. Livre I

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:

2202. Né des cendres d’une conflagration planétaire, l’Empire Chrétien Moderne règne sur une Terre ravagée et irradiée. Urbain IX, pape tout puissant et restaurateur du Dominium Mundi, y gouverne d’une main de fer ses peuples revenus à un mode de vie médiéval.Sous son impulsion, un vaisseau colonisateur est envoyé vers une planète d’Alpha du Centaure, dans l’espoir d’y trouver de nouveaux territoires pour l’humanité. Lorsque les passagers l’abordent, ils ont la surprise d’y découvrir un peuple, les Atamides. Le choc est grand. Mais ce n’est rien en comparaison d’une découverte encore plus bouleversante : le véritable tombeau du Christ ! Guidés par leur foi inébranlable, les missionnaires tentent de s’en emparer, en vain. Les indigènes les massacrent.Sur Terre, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Deux ans plus tard Urbain IX achève d’armer un gigantesque vaisseau, le St-Michel, capable d’abriter un million d hommes. Pour Tancrède de Tarente, le Méta-guerrier héros des champs de bataille, et Albéric Villejust, le génie de l’Infocosme enrôlé de force, débutera une croisade sanglante vers une nouvelle Jérusalem… Les événements feront-ils bégayer l’Histoire ?
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Tancrède et ses hommes se terraient au fond d’un cirque rocheux, cernés par des falaises noires et abruptes auxquelles des congères s’accrochaient çà et là, révélant l’altitude élevée des lieux. La couverture nuageuse était si dense qu’elle occultait presque toute la lumière du jour et si basse qu’elle fermait la vallée comme un couvercle. Ils étaient battus en permanence par les bourrasques d’une pluie glacée qui leur fouettait le visage et rendait les roches glissantes sous leurs pas.

Une heure et demie plus tôt, avant que l’exercice ne commence, on leur avait ordonné d’aller se placer au fond du cirque en attendant que la corne retentisse, indiquant ainsi le début de la simulation. En l’occurrence, la corne avait été superflue puisque le déchaînement de la tempête qu’on leur avait programmé avait été parfaitement suffisant pour signaler le lancement de l’exercice.

Aux premières gouttes de pluie, le textile synthétique intelligent de leur uniforme avait resserré ses mailles, faisant gagner en imperméabilité ce qu’il perdait en aération. Encore une fois, au grand dam des troupes, l’entraînement se déroulait en simple treillis renforcé et non en exosquelette de guerre. Même s’ils portaient une armure légère constituée de plaques de carbone-semtac protégeant le torse et les principales articulations, l’eau glacée n’avait aucune peine à s’insinuer sous les vêtements.

Deux jours avaient passé depuis le drame atroce qui était survenu dans la vie de Liétaud. Tancrède avait proposé de l’exempter d’entraînement pour quelque temps, mais le géant flamand avait refusé net. Il était clair pour tous qu’un Liétaud enfermé seul dans la cabine collective ou pire, dans une chambre d’hôpital, deviendrait rapidement neurasthénique ou incontrôlable. Par contre, si on le laissait continuer à participer aux simulations de combat, il parviendrait à purger une partie de l’énergie négative qu’il accumulait en ce moment.

Et effectivement, alors qu’il l’observait pendant l’entraînement, Tancrède constata que la vigueur et l’audace qui l’habitaient auparavant brillaient toujours avec autant d’intensité. Il paraissait avoir encaissé le choc initial et ne laissait rien paraître d’éventuels tourments intérieurs. Cependant, il n’avait pas échappé à Tancrède que, même si la simulation de combat l’avait momentanément galvanisé, la tristesse qui voilait son regard n’avait en rien disparu.

Résignés à combattre dans ces conditions difficiles, les cinquante hommes s’étaient réunis autour de leur chef afin d’attendre les instructions. Avant de décider d’une stratégie, Tancrède avait demandé à Engilbert, répartiteur opérationnel de la 78e, de lui faire un relevé dirSat. Le Flamand s’était aussitôt connecté au satellite – ou plutôt à la simulation du satellite dont ils disposeraient une fois sur Akya – pour obtenir un relevé des lieux. Une multitude de points blancs étaient alors apparus sur son moniteur et il avait crié quelque chose comme « Bon sang, ils sont des dizaines au-dessus de nous ! » Mais personne n’avait pu entendre la fin de sa phrase ; elle avait été couverte par le bruit des tirs qui venaient de commencer.

Tous les soldats s’étaient jetés à l’abri des innombrables rocs qui s’étalaient en chaos au pied des falaises. Les rafales de fusils T-farad tombaient des hauteurs comme une averse de grêle, crépitant sur la rocaille dans des gerbes d’étincelles bleuâtres. Trois hommes s’étaient effondrés dès les premiers instants de l’attaque-surprise.

Tancrède chercha du regard Engilbert. Le répartiteur avait trouvé refuge à une trentaine de mètres de lui. Il le contacta sur sa fréquence pour avoir davantage de détails sur la position et le nombre de leurs ennemis. Le tableau que le Flamand lui dressa n’était guère encourageant. Le cirque s’ouvrait sur une vallée en auge, dont les parois descendaient abruptement jusqu’à l’ancien lit d’un glacier aujourd’hui disparu. C’était la seule et unique voie pour sortir de cette nasse et les ennemis étaient disposés à intervalles réguliers sur le flanc est de l’auge, à l’entrée du cirque. Les parois de la vallée devaient bien mesurer dans les quarante mètres de haut et leur inclinaison en rendait une éventuelle ascension malaisée.

Tancrède ne voyait donc qu’une seule solution pour sortir de là, et elle lui déplaisait souverainement : foncer tout droit. Le fond de la vallée était faiblement en pente et parsemé de rocs imposants qui pouvaient offrir des refuges temporaires. Mais entre chaque bloc, il faudrait courir à découvert. Tancrède craignait qu’aucun d’eux ne sorte vivant de ce guêpier. Il donna néanmoins ses instructions sur le canal général et lança la manœuvre.

Les hommes jaillirent de leurs cachettes et coururent droit vers le bas de la vallée. Les tirs fusèrent à nouveau du haut des remparts rocheux, fauchant aussitôt deux soldats. Tous les autres parvinrent indemnes jusqu’à un autre roc protecteur et attendirent le signal de leur lieutenant pour repartir. Ils avaient franchi à peine trente mètres.

Ils progressèrent ainsi avec la plus grande peine, luttant contre le vent qui s’acharnait à les déséquilibrer et essayant vainement de riposter contre un ennemi invisible. Une demi-heure plus tard et deux cents mètres plus loin, treize hommes étaient à nouveau tombés et ils n’avaient parcouru qu’un tiers de la distance qui les mettrait hors de portée de tirs venant du haut de la vallée. L’implacable arithmétique de la situation et le regard dubitatif de Liétaud convainquirent Tancrède que personne ne sortirait de cette vallée de cette manière. Il ordonna alors le repli vers le fond du cirque où ils seraient à nouveau dans une relative sécurité. De là, il réfléchirait à une nouvelle tactique.

Le retour emporta deux autres membres de la 78e unité I/C, portant ainsi leur décompte de morts à vingt sur cinquante, contre zéro pour l’ennemi.

Les trente survivants, massés derrière un monumental bloc de granite gris, avaient les yeux rivés sur leur chef qui cogitait, assis sur un rocher. N’y tenant plus, l’un d’eux s’exclama : « C’est impossible, chef ! Jamais on ne passera sous leur feu ! »

Un autre lança : « Ils n’ont pas le droit de nous foutre dans des situations pareilles, on a aucune chance !

— Il y a toujours une chance, soldat, lâcha Tancrède.

— Faudrait aller dire ça aux gars qui sont tombés et sont encore en sim-mort là-bas », répondit une voix aigre, venue de derrière les rangs.

C’était Ardélion. Tancrède avait déjà remarqué le mauvais esprit de ce soldat vendéen. Ce n’était pas le moment de faire une démonstration d’autorité en règle, mais il fallait moucher l’insolent.

« La mort est un risque du métier, lâcha-t-il avec dédain. Un vrai soldat doit pouvoir l’envisager sans sourciller. N’as-tu pas assez de tripes pour affronter… la sim-mort ? »

Quelques ricanements se firent entendre et Ardélion détourna le regard. Tancrède le fixa encore quelques instants afin d’imprégner le groupe de son autorité tout en songeant lui aussi que la simulation n’était pas très bien conçue. Puis il se releva et, prenant appui sur des blocs plus petits, se hissa jusqu’au sommet de la barre rocheuse afin d’examiner prudemment les environs. Tourner et retourner le problème dans sa tête ne servirait pas à grand-chose, ils étaient pris au piège aussi sûrement que des rats au fond d’une cage.

Si cette situation avait été réelle, peut-être aurait-il été tenté par une reddition. Mais dans les dômes de simulation, la Règle stipulait qu’il n’y avait que deux façons de terminer un exercice : vainqueur ou mort. D’ailleurs, cette règle était une composante officieuse de l’Art de la Guerre instauré par l’école du Danemark. Même sur le terrain, Tancrède n’avait jamais entendu parler d’une unité papale qui se soit rendue.

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