Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
Son entrevue avec Urbain IX n’étant que vingt minutes plus tard, il décida de se rendre à pied à la chapelle.
Marcher le détendrait un peu. Les gardes lui emboîtèrent le pas.
En fait, il ne parvenait à supporter tous ces seigneurs bouffis d’orgueil que pour le bien de l’ECM. Sans eux, il n’y aurait pas de troupes, donc pas d’armée chrétienne, donc pas d’empire. Mais aujourd’hui, ces pensées n’étaient pas parvenues à chasser son sentiment de rage, ni le dégoût de lui-même que lui inspirait cette situation inextricable : devoir endurer toutes ces provocations ouvertes sans réellement posséder le pouvoir de faire passer l’envie de recommencer à leurs auteurs.
Bande d’imbéciles !
Dans ces moments, il ne cessait de se répéter que si ces seigneurs avaient eu en face d’eux Urbain en personne, le moindre haussement de sourcil leur eût clos les lèvres sur le champ, la peur au ventre et les mains tremblantes. Même s’il avait honte de se l’avouer, Pierre l’Ermite enrageait de ne pas disposer d’un tel pouvoir et restait persuadé que les autres membres du Conseil se rendaient compte de sa frustration.
Bien entendu, il était profondément contrit de sa propre vanité et passait souvent des heures entières en pénitence, allongé à même le sol de sa cabine, à plat ventre et les bras en croix, devant une statue de la Sainte Vierge. Cependant, il avait beau essayer de se donner bonne conscience en luttant contre ces sentiments inavouables, son unique désir était d’être craint et admiré par ces puissants hommes autant qu’il l’était par la plèbe. Pierre l’Ermite était capable de soulever jusqu’à l’hystérie des foules de milliers d’hommes et de femmes, mais ces seigneurs mettaient un point d’honneur à feindre l’indifférence.
Ces derniers temps, toutefois, son principal sujet de préoccupation était devenu le comportement irresponsable de Robert de Montgomery : celui-ci avait récemment manifesté une fâcheuse tendance à prendre des initiatives malheureuses ou à perdre son calme en public. Cette stupide attaque lancée contre Godefroy pendant le Conseil avait poussé le chef flamand à répliquer violemment, alourdissant ainsi la suite des débats.
Il est impératif que je le mette au pas. Je dois avoir une discussion ferme avec lui afin de lui rappeler qui est l’autorité suprême à bord.
Il arriva à la chapelle papale, située non loin de l’entrée de la « zone réservée » où seuls les dignitaires croisés pouvaient pénétrer. Le technicien se leva à son entrée :
« Mes respects, seigneur Préteur. Si vous voulez bien patienter quelques minutes, le temps que nous ajustions la fréquence.
— Oui, mais ne perdez pas de temps. Il serait impensable de faire attendre Sa Sainteté.
— Bien entendu, seigneur Préteur. »
Pierre s’installa dans un fauteuil et ses pensées revinrent à Robert de Montgomery.
Lorsque le duc lui avait été présenté quelques années auparavant, il avait rapidement compris tout le profit qu’il pouvait tirer d’une collaboration active avec lui. Leur complémentarité était leur force. Robert, seigneur décrié et mal aimé, n’en était pas moins un personnage puissant et influent tandis que Pierre n’était qu’un prêtre idéaliste, sans cour à ses pieds ni moyens matériels. Il possédait toutefois une ressource essentielle qui faisait défaut à Robert de Montgomery : la popularité. À l’inverse du duc, Pierre savait se faire aimer des gens. Chez lui, provoquer la ferveur était comme une seconde nature, déclencher l’adoration confinait à l’art.
La nécessité pour chacun de se tailler une place importante dans le commandement croisé les avait menés à œuvrer de concert pour servir une évidente communauté d’intérêts. Pourtant, maintenant que Pierre l’Ermite était à la tête de la croisade, il commençait à trouver bien encombrant un personnage aussi individualiste et imprévisible que Robert. Il aurait payé cher pour se débarrasser d’un tel allié, tout en sachant qu’il ne pouvait pas encore se passer de lui, ni de son réseau d’influence.
Cependant, loin de toute considération politique, le problème le plus important était pour l’heure cette femme retrouvée morte aux buanderies. Les remous de cette affaire menaçaient de troubler l’ordre public et accentuaient le fossé entre les ultras et les modérés. Il ne savait plus comment gérer cette stupide guerre de clans et se tourmentait à l’idée qu’il pourrait prendre une décision malheureuse.
C’était la raison pour laquelle il avait sollicité une entrevue avec Urbain IX dès qu’il avait appris la nouvelle ce matin. Il espérait que s’entretenir avec le Saint-Père lui éclaircirait les idées.
« La chapelle est prête, mon père.
— Merci, mon fils », répondit Pierre en se levant.
En fait, l’endroit méritait assez peu le nom de chapelle, ce n’était jamais qu’une cabine super-tachy aux murs gris. Néanmoins, c’était une cabine super-tachy privée et surtout, en ligne directe avec le Saint-Siège à Rome. Ici, le chef suprême de la croisade et Urbain IX discutaient de sujets déterminants pour la suite de la campagne. Il était donc dévalorisant de se contenter d’appeler l’endroit « cabine super-tachy ». Chapelle papale du Saint-Michel semblait moins commun.
L’endroit était peu ostentatoire. Seuls quelques cierges, une grande croix dorée d’où partaient une myriade de rayons solaires stylisés et une icône représentant la descente de croix du Christ, rappelaient que Pierre s’isolait parfois ici pour prier, loin de l’agitation de la basilique.
Sur le sol au centre de l’autel, un élément de haute technologie tranchait avec les symboles religieux : un cercle d’un mètre cinquante de diamètre composé de dizaines de lentilles grises et froides qui délimitait la zone de projection de l’image volumétrique. C’était dans ce volume que le pape apparaissait lors de ses conciliabules avec Pierre.
Un autre cercle se trouvait quelques mètres devant celui-ci, l’émetteur. Pierre s’y agenouilla et des points multicolores scintillèrent aussitôt sous le verre, indiquant que l’installation était active. L’image de Pierre était donc désormais visible sur le récepteur volumétrique du bureau d’Urbain au Vatican. Il baissa la tête en signe d’humilité, ne sachant pas si Urbain le voyait déjà et le faisait attendre, ou simplement s’il ne se trouvait pas dans son bureau.
Contrairement à la version officielle diffusée à l’époque, sa première entrevue avec le pape ne fut pas celle qui avait eu lieu après sa marche sur le Vatican. Deux ans avant la croisade, alors qu’il attendait dans son camp du Bosphore l’autorisation de franchir le détroit, Pierre avait eu la surprise de voir débarquer une nuit des gardes suisses dans sa tente. Il fut alors emmené – poliment, mais sans qu’on lui demande son avis – par IT-jet furtif jusqu’à Urbain IX lui-même.
Il avait craint durant tout le trajet de finir dans un cachot pour avoir osé lancer une campagne médiatique destinée à obtenir du pape l’autorisation de traverser. Cela n’arriva pas.
Au contraire, Urbain l’avait accueilli à bras ouverts en s’excusant de l’avoir fait venir de cette façon. Il lui avait longuement expliqué qu’il avait grand besoin d’un homme tel que lui pour prendre la tête de la croisade, un homme capable de se faire aimer des foules et doté d’une foi profonde. Urbain ne voulait pas d’Adhémar de Monteil à ce poste. Trop gras et pas assez croyant, avait-il dit.