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Dominium Mundi. Livre I

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:

2202. Né des cendres d’une conflagration planétaire, l’Empire Chrétien Moderne règne sur une Terre ravagée et irradiée. Urbain IX, pape tout puissant et restaurateur du Dominium Mundi, y gouverne d’une main de fer ses peuples revenus à un mode de vie médiéval.Sous son impulsion, un vaisseau colonisateur est envoyé vers une planète d’Alpha du Centaure, dans l’espoir d’y trouver de nouveaux territoires pour l’humanité. Lorsque les passagers l’abordent, ils ont la surprise d’y découvrir un peuple, les Atamides. Le choc est grand. Mais ce n’est rien en comparaison d’une découverte encore plus bouleversante : le véritable tombeau du Christ ! Guidés par leur foi inébranlable, les missionnaires tentent de s’en emparer, en vain. Les indigènes les massacrent.Sur Terre, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Deux ans plus tard Urbain IX achève d’armer un gigantesque vaisseau, le St-Michel, capable d’abriter un million d hommes. Pour Tancrède de Tarente, le Méta-guerrier héros des champs de bataille, et Albéric Villejust, le génie de l’Infocosme enrôlé de force, débutera une croisade sanglante vers une nouvelle Jérusalem… Les événements feront-ils bégayer l’Histoire ?
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Sans s’occuper de la remarque de son répartiteur, le Normand continua à haranguer sa maigre troupe en arpentant le terrain.

« La gloire est un flamboiement éphémère. Il suffit que l’on en soit auréolé pour qu’aussitôt d’autres vous la disputent. À nous de faire étinceler notre mérite, même dans la défaite ! Nulle troupe de l’armée croisée n’a pu rivaliser avec nous jusqu’à présent, aussi, plutôt que de nous terrer ou de ramper pour fuir, faisons face avec aplomb ! Présentons-leur la pointe de nos épées et non le dos de nos armures. Montrons-nous dignes de notre renommée ! »

Les paroles de Tancrède faisaient mouche, les hommes se sentaient ragaillardis par ce discours enflammé. Ceux qui étaient courbés de fatigue se redressaient, ceux qui étaient assis se levaient. Les regards s’endurcissaient, les mains se crispaient sur les armes. Tancrède cessa de faire les cent pas pour se camper devant eux.

« Nous allons foncer sur ces couards ! Nous allons grimper sur les flancs directement vers eux ! Abattons-nous sur ces pleutres tel un essaim de frelons furieux !

— Le temps qu’on arrive en haut, ils vont tous nous dégommer ! lança Ardélion.

— C’est ce qu’ils feront de toute façon si nous passons par en bas. Au moins, si nous montons à leur rencontre, ceux qui réussiront à passer auront le temps d’en accrocher quelques-uns à leur tableau de chasse. On aura peut-être perdu cet exercice-là, mais personne n’oubliera ce qui se passe lorsqu’on prend la 78e au piège ! »

Alors qu’avant le drame Liétaud eut certainement goûté ces paroles, il restait aujourd’hui en retrait, atone, le regard perdu dans le lointain. Son frère, le front plissé et la mine soucieuse, secouait la tête en signe de désapprobation. Il voulut modérer l’ardeur de son chef : « Lieutenant, je ne suis pas sûr que… »

Mais, sans lui laisser le temps de finir sa phrase, Tancrède cria à l’adresse de ses hommes : « Milites Christi ! Êtes-vous avec moi ? Êtes-vous prêts à aller les écraser jusque dans leur nid ? Êtes-vous décidés à montrer à ceux qui ont conçu cet exercice de quel métal sont faits ceux de la 78 ? »

Entre chaque phrase martelée par Tancrède, toute l’unité avait scandé « Oui, chef ! » comme un seul homme.

Satisfait, Tancrède se tourna vers la passe où ils allaient bientôt s’engager pour la dernière fois. Il était parvenu à exalter son unité pour qu’elle le suive avec courage dans ce combat perdu d’avance.

En haut, l’unité 34 attendait depuis un bon quart d’heure que ceux de la 78 sortent à nouveau de leur asile improvisé au fond du cirque. Le lieutenant Van Nizan, un officier néerlandais venu avec le petit contingent fourni par un obscur seigneur de l’embouchure du Rhin, commençait à envisager de suivre la ligne de crêtes dans le but les prendre à revers. Mais la réputation de l’unité de Tancrède le faisait hésiter. Qui savait quel piège cet homme était capable de tendre à ses ennemis, même dans une situation aussi défavorable ?

Deux heures plus tôt, alors que l’exercice commençait à peine et qu’on lui avait communiqué le relevé de position de la 78e, il avait esquissé un mouvement de surprise devant l’avantage énorme que l’officier concepteur leur avait donné. Un léger pincement de culpabilité lui avait même tiraillé l’estomac. Toutefois, son professionnalisme avait vite repris le dessus ; il était là pour détruire l’unité adverse et c’était ce qu’il allait s’employer à faire. De plus, l’idée d’être le premier à défaire la 78e ne lui déplaisait pas. Obtenir la victoire dans ce genre de conditions ne lui procurerait certes pas une gloire immortelle, mais l’obtenir face à Tancrède de Tarente était une opportunité qui ne se refusait pas.

Néanmoins, Van Nizan commençait à avoir les mains légèrement moites. Pourquoi diable restaient-ils terrés ainsi au fond du cirque ? Qu’avaient-ils à y gagner ? À moins qu’ils n’aient trouvé une solution pour se sortir de cette impasse à laquelle lui-même n’avait pas pensé. À en croire la légende, ce Normand était capable de tout. Van Nizan se rendait compte que cette réputation le paralysait et l’empêchait de prendre l’offensive. Pourtant, l’occasion était trop belle. Il suffisait d’envoyer un petit détachement les prendre à revers, et ils seraient cette fois totalement sous leur feu. Il savait qu’il avait déjà trop tardé et décida alors de tenter la manœuvre sans plus attendre. Il se retourna vers son répartiteur pour lui demander de rechercher la voie optimale.

À ce moment-là, des tirs T-farad retentirent dans le fond de la vallée. Les hommes de la 34 commencèrent aussitôt à répliquer. Van Nizan se jeta à plat ventre et rampa à toute vitesse vers la bordure de la crête où ses hommes étaient embusqués. Ses yeux s’arrondirent de surprise lorsqu’il vit ce que les soldats de Tancrède de Tarente étaient en train de faire.

« Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Ils sont devenus dingues ! »

Dans la bulle de la baie d’observation, les seuls bruits réguliers étaient les légers cliquetis des pupitreurs qui surveillaient et régulaient en permanence les événements programmés – météo ou autres – à l’intérieur du dôme. Afin de ne pas les perturber, les officiers faisaient leurs commentaires à voix basse.

Depuis la fin du premier combat, Godefroy échangeait ses vues avec quelques-uns des militaires présents concernant les options dont disposait la 78e unité I/C pour se sortir de ce mauvais pas. Tous concluaient invariablement que l’unité n’avait pas la moindre chance de sortir victorieuse.

Soudain, un capitaine de l’armée de l’air les interpella : « Je crois qu’ils tentent quelque chose ! »

Godefroy reporta son attention vers l’intérieur du dôme et y observa alors un étrange spectacle. Tous les hommes de l’unité 78 bondissaient hors de leur abri en poussant des cris de guerre et se ruaient directement vers l’ennemi en grimpant sur les flancs de la vallée.

Comprenant le but de la manœuvre, le capitaine de l’armée de l’air porta une main à son front en s’exclamant : « Seigneur c’est de la folie ! Cela va être un carnage ! Ce lieutenant est un véritable fou. »

Godefroy de Bouillon ne bougeait pas, observant attentivement la scène.

« Fou, je ne sais pas. Audacieux, c’est certain. »

« ASSAUT ! rugit Tancrède de sa voix puissante. ASSAUT ! »

Toute l’unité 78 s’élance aussitôt.

Les soldats contournent en courant la barre rocheuse qui leur servait d’abri afin de se disperser le plus possible sur l’étroit plateau que forme le fond du cirque. Il ne faut surtout pas offrir une cible groupée avant d’aborder le flanc raide de la vallée. Cinquante mètres seulement les séparent du pied de la montée. Néanmoins, quatre hommes tombent avant d’y parvenir.

Ils atteignent enfin la pente et s’y engagent en lançant des cris de guerre. La situation semble alors vraiment tourner à l’avantage de l’unité de Van Nizan tandis que les hommes peinent sur la paroi fortement inclinée, dérapant sur les pierriers et laissant retomber leurs armes en bandoulière afin de s’aider de leurs mains dans les passages les plus difficiles. Cependant, les rochers leur offrent des abris plus nombreux que dans le fond du défilé, permettant à certains d’entre eux de répliquer aux tirs tandis que les autres progressent.

Au cœur de la troupe, Tancrède gravit la pente de toutes ses forces en haletant sous l’effort lorsqu’il remarque le crépitement d’étincelles d’une rafale T-farad se rapprochant sur la droite d’un soldat, trois mètres au-dessus de lui. Bandant les muscles de ses cuisses, il bondit alors vers l’homme qui n’a rien vu et le percute de son épaule gauche. Ils vont rouler ensemble quelques mètres plus loin, percutant durement plusieurs pierres au passage. L’homme grogne de douleur, mais il est sauf. Sans perdre de temps à écouter ce qu’il dit, Tancrède se relève aussitôt et repart de plus belle à l’assaut. L’adrénaline qui envahit maintenant son organisme lui permet d’ignorer la souffrance physique et décuple ses forces. Un tir éclate sur un rocher près de sa tête, il se jette au sol en roulant sur lui-même puis réplique d’une rafale dans la même direction sans savoir s’il a atteint sa cible.

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