Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
Toute une partie du décor factice s’effondre sous le choc, révélant une armature complexe de poutrelles métalliques, vérins, faisceaux de câbles électriques et piliers de soutien. Des débris de décors chutent au travers de cette structure complexe dans un vacarme infernal, plusieurs dizaines de mètres plus bas. Dudon, stupéfait, reste immobile, figé par la surprise d’avoir provoqué ce désastre. C’est alors qu’une bourrasque de vent chasse la fumée provoquée par l’accident et révèle une complication dramatique : si l’un des soldats que visait Dudon a été projeté au loin par le souffle de l’explosion, l’autre, au contraire, a été aspiré par l’appel d’air de l’effondrement et se retrouve maintenant agrippé à un câble, suspendu au-dessus du vide.
Dans le centre de contrôle du dôme, c’est la stupeur. Quelques officiers laissent échapper un cri tandis que l’officier concepteur de l’entraînement, livide, se précipite à la baie d’observation. Godefroy se lève et tonne : « Par le Christ, que se passe-t-il ? »
L’officier le regarde, hagard, et croasse : « Seigneur, je ne sais pas. Peut-être un soldat a-t-il basculé par erreur son arme en mode guerre ? »
Godefroy ne cache pas son étonnement : « Cela est-il possible ? »
Toutes sortes de signaux d’alarme stridents résonnent dans la bulle, les obligeant à crier pour couvrir la cacophonie.
« Eh bien… je ne sais pas… » L’officier secoue la tête pitoyablement. « C’est très peu probable, mais je suppose que dans le chaos d’un combat, c’est possible. »
Tancrède tient en joue le lieutenant Van Nizan de son fusil T-farad. À cet instant, le visage de son ennemi arbore une expression qu’il connaît bien, un mélange de surprise et de fascination, suscitée par l’étonnement de s’être fait avoir et par l’étrange hypnose que crée la gueule d’un canon pointé sur soi. Mais Tancrède n’a pas la moindre intention de lui laisser une chance de sortir de cette torpeur momentanée et son doigt se crispe sur la gâchette pour tirer.
Soudain, un bruit terrible éclate derrière lui et une vague d’air chaud manque de le faire chuter. Il tourne la tête sur sa droite et voit, à travers une pluie d’éclats de pierre, qu’une brèche de plusieurs mètres vient de s’ouvrir dans le sol du décor. Beaucoup d’hommes sont simplement tombés à terre, mais un autre n’a pas cette chance : déséquilibré, il bascule en hurlant dans le vide et se rattrape in extremis à un câble électrique.
Sans réfléchir, Tancrède lâche son arme, saute au bas du rocher et se précipite vers la brèche. Van Nizan, qui n’a pas vu l’accident du fond de son trou, ne comprend pas ce que fait son ennemi. De toute façon, cela ne l’intéresse pas. Tout ce qui compte, c’est qu’il est encore vivant et qu’il ne doit pas laisser une seconde chance à Tancrède de Tarente de l’avoir à sa merci. Il se redresse, ajuste l’adversaire de son arme et tire. Cependant, la scène s’est déroulée trop vite pour qu’il puisse viser correctement, et c’est la jambe qu’il touche.
Une étoile de feu éclate soudain dans la jambe gauche de Tancrède. Il crie tandis que l’influx électrique lui vrille les nerfs pour simuler la douleur d’une blessure et chute lourdement. Il se relève sans attendre et reprend sa course en essayant d’ignorer la souffrance qui irradie dans sa cuisse. Il sait que ce n’est qu’une illusion, que ses muscles et ses tendons ne vont pas se déchirer même si son système nerveux lui hurle le contraire.
Quelques petits mètres à peine le séparent encore de la brèche. Pour gagner du temps, il saute sur la pente caillouteuse et se laisse glisser à l’horizontale. Il prend aussitôt de la vitesse alors que des dizaines de pierres lui labourent le dos. Les plaques en carbone-semtac de son armure d’entraînement encaissent une grande partie des chocs, mais une part non négligeable se répercute jusqu’à sa colonne vertébrale. Tous les hommes alentour restent figés devant la manœuvre insensée qu’il est en train d’exécuter.
La brèche semble foncer vers lui à toute vitesse et menace de l’engloutir en fin de course. Au lieu de freiner en arrivant sur le bord de la faille, il tend un bras pour se rattraper à une poutrelle, paraît près de la manquer, parvient à l’agripper et opère un rétablissement périlleux qui lui permet de se retrouver à califourchon sur l’élément métallique. Il cale aussitôt ses jambes sur une poutre transversale afin d’y prendre appui, puis se penche pour tendre la main à l’homme suspendu dans le vide.
Celui-ci, blessé au côté, le visage luisant de sueur, est crispé par l’effort qu’il fournit pour se tenir d’un seul bras.
« Si tu veux vivre, soldat, prends ma main ! » lui lance Tancrède dans un souffle.
L’homme, presque à bout de force, soulève avec peine son bras blessé et parvient à glisser sa main dans celle de Tancrède. Les profondeurs de la structure du décor semblent insondables, comme un filet tridimensionnel de barres métalliques éclairées çà et là par des néons de service. L’ensemble commence à donner le vertige à Tancrède qui doit alors faire un effort mental pour se concentrer sur sa tâche.
« Tu vas lâcher ce câble et te laisser tomber. Avec le balancement, je vais essayer de t’envoyer jusqu’au rebord. Compris ? »
L’homme cligne des yeux pour acquiescer ; Tancrède craint qu’il ne lâche sa main. Il tourne la tête une dernière fois vers le rebord afin d’estimer la distance puis se concentre sur le blessé, toujours suspendu. Il inspire profondément, resserre son étreinte sur la poutrelle puis hoche la tête pour signifier à l’homme qu’il est prêt. L’autre fait de même.
« Maintenant ! »
En criant de peur, le soldat lâche le câble et chute brutalement dans le vide. Tancrède s’était préparé et parvient à encaisser le choc. Ses muscles sont tendus à tout rompre tandis qu’il retient le corps de l’homme à bout de bras. La masse de ce dernier décrit une courbe qui le fait passer sous le Normand. Tancrède grimace sous l’effort et tente de lui donner davantage de vitesse. Propulsé en l’air, le soldat atterrit directement sur le rebord adjacent en gémissant de douleur.
Toute la scène s’est déroulée en quelques instants. La plupart des soldats avaient cessé les combats lorsque les explosions avaient ébranlé la montagne, mais, sidérés, étaient restés sans réagir. Néanmoins, dès que leur camarade se retrouve en sécurité, certains se ressaisissent et accourent, qui pour secourir le blessé, qui pour aider Tancrède à remonter. Dès que celui-ci est remonté sur la crête, des vivats et des sifflements de joie éclatent spontanément de toutes parts.
Soudain, alors que la jambe sim-blessée de Tancrède lui fait toujours terriblement mal, le forçant même à boiter, la douleur disparaît comme par magie. La pluie cesse, la brume se disperse, le vent tombe, la température remonte, la lumière s’intensifie et les morts se relèvent. La puissante corne de fin d’entraînement retentit dans tout le dôme, répercutant son écho dans les vallées artificielles.
Traversant les volutes de quelques nuages attardés, la plate-forme en lévitation de l’officier superviseur vint se poser au niveau du sol, près des hommes. Tous se turent en voyant qui l’occupait.
Godefroy de Bouillon descendit à terre et fendit la troupe de soldats agglutinés autour des médicaux occupés à dispenser les premiers soins au blessé. Tancrède, à genoux près de celui-ci, ne remarqua le duc qu’au dernier instant. Il se redressa aussitôt et s’efforça tant bien que mal de se rendre présentable en dépit de sa tenue déchirée et maculée de boue. Godefroy le prit de court en lui donnant une tape sur l’épaule, puis lui serra vigoureusement la main.