Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
Le jeune tech s’exécuta et les données furent aussitôt transférées dans son communicateur de poignet.
« Mais comment pouvez-vous être au courant de si petits détails dans un navire aussi grand que le Saint-Michel ? s’étonna-t-il. Ça me dépasse. »
Je lâchai les sphères de contrôle et posai les mains à plat sur le pupitre, réfléchissant à la meilleure manière d’expliquer à ce néophyte comment fonctionnait le cœur informatique du vaisseau.
« Un bioStruct est une machine, mais c’est aussi un organisme artificiel. Les neurones clonés sur silicium permettent de traiter les données à une vitesse qu’on pouvait à peine imaginer avant l’ère de la bio-informatique. »
Le jeune tech ouvrait des yeux ronds comme des billes.
« Cependant, il ne faut pas perdre de vue que le bioStruct du Saint-Michel a beau être la structure la plus complexe et la plus puissante jamais conçue, il ne serait rien sans son réseau de capteurs. »
Je m’interrompis afin de lancer un coup d’œil discret en direction d’Harbert. Le cadre était occupé à houspiller Silvio Arnaboldi, l’un des inermes italiens du pupitre. Je pouvais donc continuer à perdre quelques une des précieuses minutes de mon temps pour décrire à Jean les merveilles du Nod2.
« Des centaines de milliers de senseurs organiques, enveloppés dans des gaines d’un matériau très spécial, ont été tirés jusque dans les moindres recoins du navire. Ce sont ses axones. Cela permet au Nod2 de ressentir littéralement chaque endroit du navire. Tu peux imaginer ça presque comme le système nerveux d’un corps gigantesque.
— Mais, pourquoi des cellules organiques ? Quel intérêt ? Les circuits à base de silicium sont ce qu’il y a de plus rapide. »
Je ne pus retenir un petit sourire, mais cela n’avait rien de condescendant. À ce stade de l’explication, les gens posaient toujours cette question.
« Détrompe-toi. La technologie basée sur le silicium date des débuts de l’ère informatique, il y a plus de deux siècles. Pour dire la vérité, elle commençait déjà à montrer ses limites dans les années 2000. L’hybridation silicium/cellules vivantes a permis de franchir un nouveau cap et la puissance des ordinateurs a crû de manière quasi logarithmique. Les bioStructs sont apparus lorsqu’on est parvenu à cloner industriellement des neurones artificiels sur des puces. »
Jean avait le front barré par deux grandes rides exprimant sa difficulté à suivre.
« Mais je n’arrive pas à comprendre comment on fait cohabiter des cellules vivantes avec du silicium.
— En fait, les puces ont, greffées à leur surface, des sondes moléculaires d’ADN qui ont la capacité de s’apparier avec d’autres cellules. Ce sont les matrices. Les neurones sont ensuite développés dans des bains nutritifs et se connectent d’eux-mêmes sur les sondes ADN. Ils sont faits pour ça. Ils ne pourraient pas réagir autrement. Après cette étape, les puces deviennent des micro-systèmes organiques qui abritent des colonies complètes de cellules vivantes reliées au cœur informatique proprement dit.
— Et quel avantage les neurones apportent-ils ?
— AMP. Analyses Massivement Parallèles. Le traitement de l’information par un réseau neuronal est quelque chose de fascinant. Cela semble parfois presque infini. Le traitement massivement parallèle permet d’avoir un aperçu presque instantané de tout ce qui se passe sur le Saint-Michel. Les données recueillies par les senseurs le long des axones sont transportées par un super-ARN qui stimule les neurones du Nod2 sans aucun courant – sinon ils s’oxyderaient et mourraient – en faisant appel à sa capacité de polarisation qui induit l’apparition d’une charge. Ceci déclenche un processus électrochimique modifiant l’état du neurone. À partir de là, le traitement de l’information redevient de l’informatique au sens classique du terme, mais le gros du travail a déjà été fait… »
Soudain, je remarquai que le tech ne me regardait plus, mais fixait un point juste au-dessus de mon épaule. Un frisson glacial me parcourut l’échine. Je me retournai brusquement et me retrouvai nez à nez avec Harbert. Cet enfoiré avait dû s’approcher sans faire de bruit et semblait encore plus furieux que d’habitude.
« Vous vous foutez vraiment de ma gueule, Villejust », gronda-t-il les dents serrées.
La longue pratique que j’avais des membres de l’autorité fit que je sus immédiatement qu’il ne fallait pas réagir. Lorsqu’une personne qui a l’ascendant sur vous a trouvé une bonne excuse pour vous tomber dessus, il vaut mieux faire profil bas et éviter de le regarder droit dans les yeux. Toutefois, je ne pouvais pas me résoudre à baisser la tête devant cet abruti, aussi fixai-je son menton tandis qu’il fulminait. Tous les autres membres du pupitre, gênés, faisaient mine de ne pas nous voir.
« Vous croyez vraiment que vous êtes ici – aux frais de l’armée – pour étaler votre science devant des petits techs impressionnables ? »
Jean piqua un fard et obtempéra immédiatement lorsqu’Harbert lui fit signe de déguerpir.
« Ça fait déjà longtemps que votre petit air supérieur me casse les couilles, Monsieur Villejust. Peut-être pensez-vous que votre talent de pupitreur vous dispense de discipline ? C’est une putain de lourde erreur. J’ai horreur qu’on me prenne pour un con et j’ai la désagréable impression que c’est exactement ce que vous faites. » Son visage empâté était si empourpré sous l’effet de l’afflux de sang qu’on l’aurait cru couperosé. « Afin que vous n’oubliiez pas, à l’avenir, que lorsque je donne des consignes, vous avez intérêt à les suivre : vous resterez tous les soirs deux heures de plus que les autres au pupitre, jusqu’à ce que j’en décide autrement. »
Pas une fois pendant sa diatribe acharnée je ne relevai le regard, supportant le flot de reproches et d’injures avec un calme apparent. Mais en moi, la rage se déchaînait. Qu’est que ça peut bien lui foutre à ce crétin qu’on passe cinq minutes à être aimable avec quelqu’un qui se donne la peine de l’être aussi ? Ce demeuré a un tel complexe d’infériorité qu’il ne supporte pas qu’un inerme comprenne cent fois mieux que lui les principes techniques des bioStructs !
Deux heures de travail en plus tous les soirs, ça voulait dire davantage de fatigue, dîner froid – et seul – à chaque fois, se sentir encore plus isolé…
Puis, par hasard, mon regard croisa celui de Maurin qui observait la scène depuis son pupitre. Je sus aussitôt. Je sus avec certitude que cet infernal lèche-botte m’avait signalé à Harbert, interrompant son entrevue avec Silvio, afin qu’il remarque qu’un inerme enfreignait ses consignes avec outrecuidance.
Je sentis alors la fureur déferler en moi avec la violence d’un torrent de boue dévalant les pentes d’une montagne et une bouffée d’agressivité me brouilla le regard. Maurin dut s’en rendre compte, car il se détourna aussitôt pour se remettre à son pupitre.
Jusqu’à aujourd’hui, jamais je n’avais fait une telle promesse, mais à cet instant, je jurai qu’avant la fin de cette campagne je me se serais vengé de ce rat.
En quittant le Conseil, un diacre rappela à Pierre son rendez-vous avec le Saint-Père. Le Préteur acquiesça sèchement puis fit signe à ses gardes du corps de le suivre.
Traiter les affaires courantes jusqu’à la fin de la séance, après toutes ces querelles et ces provocations, avait été un véritable calvaire pour lui. Il n’avait eu qu’une seule idée en tête durant tout ce temps, renvoyer ces damnés seigneurs qui se permettaient de contester son autorité en bafouant l’étiquette la plus élémentaire. Que n’aurait-il pas donné pour avoir la possibilité de les traîner un à un par le col aux portes de la salle du Conseil et les jeter dehors comme des gueux ! Dans ces moments-là, il rêvait de s’affranchir de la tutelle du vote qui, même si sa propre voix en valait deux, l’empêchait souvent de prendre les décisions les plus justes.