Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
Cette bataille allait donc être la première défaite de la 78e unité I/C.
Godefroy de Bouillon suivait l’exercice depuis la baie d’observation.
Outre les curieux qui tuaient le temps en regardant les entraînements à partir de la coursive Visiteurs qui faisait le tour du dôme, quelques officiers avaient également fait le déplacement. Ils s’étaient réunis dans la salle de contrôle qui formait une excroissance en forme de bulle sur la baie circulaire où les concepteurs de la simulation supervisaient le déroulement des événements.
Godefroy était arrivé à l’improviste une heure plus tôt, semant quelque confusion parmi les officiers présents qui s’étaient empressés de rectifier leur tenue en bredouillant un salut. Il n’avait pas donné de raison particulière à sa visite et personne n’avait osé lui en demander. Il n’avait donc pas eu à expliquer que la réputation de l’unité 78 attisait sa curiosité depuis quelque temps déjà, mais aussi celle de son lieutenant : le fameux Tancrède de Tarente. Que valait donc réellement ce militaire à la réputation controversée et aux états de service longs comme le bras ? Et surtout, que valait militairement la famille de son nouvel allié, Bohémond de Tarente ?
La tournure que prenaient les événements dans le fond du dôme passionnait l’assistance, et Godefroy échangeait régulièrement ses impressions avec les officiers présents. À l’intérieur de la bulle, les données tactiques du combat s’affichaient en surimpression sur la baie vitrée, permettant aux observateurs d’être constamment informés des mouvements de troupes ou des pertes, même lorsque les conditions météo à l’intérieur du dôme ne permettaient plus de le voir directement. Aujourd’hui, avec la tempête qui redoublait de l’autre côté de la vitre, c’était indispensable.
Par l’intermédiaire d’une des caméras, Godefroy observait pensivement l’unité de Tancrède alors qu’elle se repliait derrière la barre rocheuse.
« Ces hommes sont dans une situation inextricable, finit-il par dire. S’ils restent sur leurs positions, ils finiront pris à revers et s’ils tentent de franchir la passe, ils seront massacrés jusqu’au dernier.
— En effet, acquiesça l’un des officiers. Je n’aimerais pas être à leur place. Leur première tentative pour forcer le passage était vouée à l’échec, mais ils ne pouvaient rien faire d’autre.
— Il est vrai que de bons soldats révèlent parfois leurs capacités dans les situations les plus difficiles, reprit Godefroy, mais en l’occurrence, si une telle situation se produisait dans la réalité, ils seraient tous tués. » Il se retourna vers le groupe d’officiers qui se tenait derrière lui. « Et à quoi cela sert-il de s’entraîner à mourir ? »
Tous les hommes présents furent soudain très intéressés par leurs chaussures ou par leurs boutons de manchette.
« Qui a conçu cet exercice ? » demanda Godefroy d’une voix forte.
Un homme joufflu dont le regard dur contrastait avec le visage poupin s’avança en saluant.
« C’est moi, Monsieur le Duc. »
Godefroy le dévisagea avec froideur avant de lui demander : « Mettez-vous souvent les hommes dans des situations impossibles telles que celle-ci ? »
— Vous l’avez dit vous-même, Seigneur, répondit l’homme, décontenancé. C’est dans l’adversité que les soldats développent leur sens du terrain.
— Vous-même, avez-vous souvent été sur le terrain ? »
Le gros homme semblait outré par la question.
« Je suis officier concepteur d’exercices, pas simple soldat, Seigneur.
— Descendriez-vous sous ce dôme avec ces simples soldats si je vous le demandais maintenant ? »
L’officier commençait à paniquer.
« Mais c’est leur travail, pas le mien ! glapit-il. De plus, c’est l’unité qui a reçu les meilleures notes depuis le début du voyage. Il est logique de leur proposer des cas de figure plus délicats que la moyenne ! »
Godefroy n’appréciait guère ce genre d’officier qui parlait des hommes comme on parle de fournitures. Selon lui, jamais de bons soldats ne se mettraient dans une situation aussi stupide que stationner au fond d’un cirque en territoire ennemi. Mais en son for intérieur, il était bien obligé d’admettre qu’il était curieux de voir la tactique que Tancrède de Tarente allait adopter pour faire face à cette embûche.
Le duc toisa l’officier un instant encore, puis reporta son attention vers l’intérieur du dôme. Dès qu’il eut tourné le dos, le concepteur de l’exercice s’éclipsa sans demander son reste.
Dans le cirque, l’intensité de la pluie avait diminué, mais le vent glacial soufflait toujours avec autant de violence, s’insinuant cruellement dans les treillis qui peinaient à maintenir les corps des soldats à une température supportable. L’orage s’était un peu éloigné, réduisant les claquements du tonnerre à de lourds grondements. Néanmoins, personne ne se faisait d’illusion, l’accalmie serait probablement de courte durée.
Toujours assis sur un rocher, Tancrède se tourna vers Engilbert dont le visage était, comme à l’accoutumée, impassible.
« Vois-tu un passage qui nous permettrait d’éviter d’être sous leur feu ? »
Le répartiteur décortiqua une énième fois son relevé dirSat en secouant la tête d’un air désolé.
« Non, mon Lieutenant. Je ne vois rien de sûr. Dès l’instant où nous poserons un pied en dehors de cette zone, nous serons dans leur ligne de tir. Il n’y a qu’ici que nous sommes hors de portée. »
Une moue de contrariété se peignit sur le visage de Tancrède qui observait la ligne de crêtes les surplombant.
« Et à mon avis, pas pour longtemps. Si j’étais eux, je profiterais de l’avantage acquis pour progresser là-haut à couvert et nous encercler. »
Venue du groupe de soldats massé autour de lui, la voix geignarde d’un homme se fit entendre : « Putain, j’ai pas envie de mourir à nouveau. Ça fait deux fois cette semaine que j’y ai droit ! Ras-le-bol ! »
Liétaud fit volte-face vers le deuxième classe qui avait parlé : « Tais-toi, soldat ! Peut-être que lorsque tu seras sur le terrain, tu regretteras le temps des entraînements ! » Quelques murmures de protestation montèrent du groupe. Les hommes semblaient rechigner à accepter des conditions d’exercice aussi déséquilibrées. Tancrède ne pouvait pas les blâmer, son opinion n’était pas très éloignée de la leur.
« Alors, si tout est perdu… Autant leur faire mal. »
Le lieutenant avait parlé pour lui-même, mais tous l’avaient entendu.
« Euh… Mon Lieutenant. Qu’est-ce que vous venez de dire là ? » demanda un soldat qui grelottait.
Tancrède redressa la tête et dévisagea les hommes qui attendaient ses instructions, trempés jusqu’aux os et le regard inquiet. Il se leva.
« Milites Christi, écoutez-moi ! »
Sa voix forte et assurée imposa immédiatement le silence dans les rangs.
« Il semble que l’on ait voulu nous infliger une épreuve, nous allons y faire face avec courage et détermination ! Nous allons montrer que la 78e n’a pas usurpé sa réputation. Ceux d’en face pensent qu’ils vont avoir l’occasion de briller à nos dépens ? Alors, puisque nous n’avons aucune chance de nous en sortir, employons-nous à diminuer l’éclat de leur victoire ! Soyez moins flatté d’obtenir les premiers rangs que de les mériter[3] ! »
Engilbert affichait une mine perplexe.
« Mon Lieutenant… Vous m’inquiétez là », dit-il à voix basse.
3
Tous les astérisques qui suivent signalent des citations de La Jérusalem délivrée du Tasse dans sa traduction originelle de Charles-François Lebrun (1774).