Peur sur Montmartre
- Автор: Rivière Maryse
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213693811
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
— Sa femme l’accompagnait-elle ? demanda Zellerman.
— Non, jamais. On ne l’a vue qu’une seule fois, au début. Je crois qu’elle n’était même pas au courant des voyages que faisait son mari, tous les mois, entre Guermantes et Claye-Souilly. C’est un drôle de bonhomme, vous savez. Il disait que sa femme était malade des nerfs, mais c’est pas étonnant avec un mari pareil.
— Où se cache Nicolas à présent ?
— Oh, il ne se cache pas, vous le trouverez à son travail, comme d’habitude. Je pense qu’il vous attend, déclara Micheline tristement. Bien sûr, il ne se serait pas jeté dans la gueule du loup en sonnant à votre porte, mais je crois qu’il sera soulagé quand il vous verra. Il a des choses à vous dire, mais on préfère qu’il vous les dise lui-même, pas vrai, Jean-Jacques ?
Jean-Jacques acquiesça d’un coup de tête.
— Il a un bon poste, continua Mme Trouvé, il travaille dans l’île Saint-Louis, pour la mairie de Paris, au service du patrimoine. Il était à l’accueil du public, avant, et puis quelqu’un lui a proposé un nouvel emploi, un travail prestigieux. Mon mari et moi, on a toujours pensé que le père Pascoli avait magouillé dans son dos, parce que c’était pas nous qui pouvions le pistonner pour ce poste. Nicolas s’occupe de la culture et du patrimoine, on est bien contents pour lui.
Jean-Jacques Trouvé appuyait chaque propos de sa femme par de petits hochements de tête. Ils étaient fiers du petit.
— Nicolas se trouvait-il chez vous, pour les deux derniers réveillons ?
— On ne va pas vous mentir. Il est venu pour la Saint-Sylvestre mais pas pour Noël. Il a couché là le 31 au soir et il est reparti le lendemain vers 14 heures avant les embouteillages. Mais si vous pensez à lui pour la petite Laurette, vous faites fausse route, vous comprendrez vous-mêmes, quand vous le verrez, que ça ne peut pas être Nicolas. C’est impossible.
Le commandant expliqua au couple qu’une équipe de la police scientifique allait venir effectuer différents prélèvements dans la maison, particulièrement dans la chambre de Nicolas. Les sanglots de Micheline reprirent de plus belle, entrecoupés de soupirs angoissés.
Le commandant et ses hommes quittèrent le pavillon avec un sentiment de malaise au ventre : cette affaire se compliquait jour après jour, dévoilant un imbroglio inimaginable entre des groupes sociaux disparates que la vie avait fait se côtoyer. Dans la voiture, Zellerman transmit par radio à la brigade toutes les informations glanées auprès du couple Trouvé. Centimètre par centimètre, le fil d’Ariane se déroulait sous les doigts des enquêteurs mais ils avaient le désagréable sentiment de tourner en rond au fond du labyrinthe.
Ughetti appela le père Pascoli et demanda quelques éclaircissements. Albert Pascoli rétorqua, avec le culot d’un homme qui a connu le pouvoir, qu’il avait suffisamment collaboré, qu’il n’avait rien à ajouter. « La police n’a qu’à faire son travail ! » dit-il. Le commissaire rétorqua que sa qualité ne le mettait pas à l’abri d’une éventuelle garde à vue, étant donné son comportement. À l’autre bout du fil, Albert Pascoli ne répondit pas ; il raccrocha brusquement le combiné.
38
Nicolas Trouvé ne manifesta aucun mouvement d’humeur, ni la moindre surprise quand la police vint le chercher dans les bureaux de l’annexe de la mairie de Paris, rue Saint-Louis-en-l’Île. À l’instant où les policiers en civil passèrent le pas de la porte du bureau, il tourna la tête vers eux et comprit. Il pria ses collègues de bien vouloir l’excuser et suivit ces messieurs dans le calme. Une secrétaire tenta bien un début de protestation auquel Nicolas mit fin sur-le-champ en prononçant des paroles rassurantes. La femme suivit le groupe jusqu’à la sortie et, l’œil humide, regarda M. Nicolas s’en aller, encadré par quatre hommes.
Comme tant d’autres suspects, il monta les cent quarante-neuf marches en lino de la PJ avec la sensation de monter à l’échafaud. Le gang des Corses, les frères Zeymour, les gens d’Action directe avaient emprunté ce même escalier qui desservait également la brigade anti-terroriste, l’anti-gang, les stups et la brigade d’intervention. Une vie intense s’y déroulait du matin jusqu’au soir et durant la nuit. S’y croisaient des hommes armés, parfois cagoulés, des policiers en civil ou en uniforme, des témoins, des criminels menottés et toutes sortes de visiteurs.
Nicolas Trouvé se sentait à la fois humilié et libéré d’un poids. Il comprenait que le mystère entretenu autour de sa naissance et son existence avait fini par inquiéter les enquêteurs. Il était devenu le suspect idéal.
Le long du couloir où on le guidait, des têtes surgissaient. On jetait des regards discrets sur le fils de l’éditrice, on s’interrogeait : était-il victime d’un complot ou coupable d’une série de meurtres dont un horrible matricide ? Le personnage intriguait.
Afin de mettre Escoffier à l’épreuve, Ughetti avait demandé que le capitaine menât l’audition. On s’apprêtait à passer une partie de la nuit à la brigade. Selon les habitudes du groupe, l’opération se déroulait à plusieurs, dans un bureau fermé. Suivant la tournure que prenait l’entretien, chacun intervenait à son tour pour déstabiliser le suspect. Dressés pour faire parler les coupables, les hommes du commissaire utilisaient ce stratagème en parfaite cohérence.
Quand Nicolas entra dans le bureau, Escoffier attendait à la fenêtre, le regard rivé sur les vagues courtes qu’un vent violent dessinait sur la Seine. Les deux hommes se firent face et se toisèrent. Ils étaient à peu près de la même génération. Nicolas comprit qu’il devait sa présence dans ces locaux à cet homme plus jeune de quelques années. Dans son dos, il sentit des silhouettes s’installer puis quelqu’un ferma la porte.
Un long silence plana. Fidèle à lui-même, Escoffier s’échauffait lentement. Ça commence bien, pensa Ughetti, les auditions, ce n’est vraiment pas son truc ! Arrosteguy accéléra le processus en exposant au suspect les conditions et les limites d’une garde à vue, en évoquant une possible mise en examen. Nicolas se taisait.
— Êtes-vous conscient des raisons pour lesquelles vous vous trouvez ici ? lança enfin Escoffier.
La salle respira.
— Je les devine, répondit le suspect, calmement.
Sa tenue vestimentaire se voulait faussement décontractée. Il portait un jean délavé mais sa chemise et sa veste contrastaient par leur élégance. Un foulard de soie entourait sa gorge. Une barbe de deux jours et une chevelure légèrement en désordre apportaient la touche finale à un look parfaitement étudié. Ses mains manucurées reposaient sur ses genoux qui ne frémissaient pas. Élégant, le verbe discret, il n’avait rien du tueur en série.
— Beaucoup de choses nous échappent vous concernant, poursuivit le capitaine, mais le plus dérangeant dans votre cas, c’est votre présence le 1er janvier aux abords du port de la Rosée, où, comme vous le savez, le corps de Laurette Vanhoolt a été retrouvé.
— Je ne connaissais pas cette jeune fille, je ne l’ai jamais vue.
— Vos parents adoptifs admettent que vous vous trouviez chez eux ce jour-là, à trois kilomètres du lieu du crime. Vous avez quitté leur maison vers 14 heures et Laurette a été assassinée vers 15 heures. Vous aviez tout le temps matériel de vous acquitter de cette sale besogne avant de rejoindre votre domicile dans le Marais.