Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
L’idée de partir à la chasse aux naturistes, celle d’être sous les ordres d’un adjudant atypique, celle de voir d’un mauvais œil sa fille s’acoquiner avec un godelureau prétentieux, celle d’être entouré de maréchaux des logis peu finauds, celle encore d’un trafic de tableaux… sont loin de lui déplaire. Louis donne rapidement son aval à Jean Girault, en même temps qu’il accepte de travailler au mois de juin pour un cachet de 60 000 francs et de s’engager à tourner trois films pour Gérard Beytout. Comme il en est désormais de coutume avec Girault, Louis pose comme préalable d’être consulté sur le choix des comédiens et comédiennes devant lui donner la réplique, et d’ajouter au scénario sa touche personnelle. Le choix le plus délicat reste celui de l’acteur devant tenir le rôle de son supérieur. Jean Girault souhaite former un couple à la Laurel et Hardy car il assure que « les comédies américaines de la grande époque, style New York Miami[247] ou Madame et son clochard[248], sont des films magnifiques qui, tout en restant au service du public, étaient le reflet exact d’un pays. Je suis sûr que nous pourrions en faire autant si nous avions à notre disposition les moyens que possèdent les Américains. Mais nous devons travailler sans vedettes, sans techniciens, sans capitaux. Pressés par le temps nous faisons donc des films hybrides qui ne sont pas le reflet de la France, alors qu’ils pourraient l’être[249]. » Tout bien réfléchi, Louis de Funès et Jean Girault estiment que Pierre Mondy sera l’homme de la situation, sa rondeur contrastant à merveille avec la sveltesse de De Funès.
Louis en est là de ce « petit film sans prétention » alors qu’il en a terminé avec le tournage de Faites sauter la banque et qu’une fois de plus son genou gauche le rappelle à l’ordre. Certains soirs, les douleurs sont si vives qu’il en avertit Robert Dhéry afin qu’il ne soit pas surpris s’il doit décider à plus ou moins brève échéance de déclarer forfait. Quoi qu’il en soit, avec un tel programme à venir où désormais quatre films sont inscrits dans son agenda, en février, juin, juillet et août, voire septembre, il prévient Georges Wilson qu’il ne sera pas en mesure de jouer L’Avare à Chaillot et qu’il entend arrêter de faire le douanier fin mai. Présumant de ses forces, Louis de Funès en demande beaucoup trop à ses jambes. Après les fêtes de Noël, il doit se rendre à l’évidence : sautiller, faire le cabri, danser à en perdre haleine, tout cela devient un exercice impossible. À contrecœur, il doit quitter la scène et le rideau de La Grosse Valse se baisse définitivement le 13 janvier 1964.
Contraint au repos, Louis n’en demeure pas pour autant inactif. D’une part, il peaufine avec Jean Girault et Jacques Vilfrid le scénario du Gendarme de Saint-Tropez ; d’autre part, il travaille d’arrache-pied avec Gérard Oury qui vient de se mettre en tête de réaliser son premier film comique. Pour le Gendarme, outre la finalisation de l’intrigue et des dialogues, Louis apporte quelques idées et en particulier celle d’ajouter le rôle d’une religieuse fantasque conduisant d’une manière très particulière une 2 CV. Il n’a pas oublié la jeune France Rumilly avec laquelle il s’était parfaitement entendu lors du tournage des Veinards et il souhaite qu’elle fasse partie de la distribution, tout comme certains comédiens qu’il affectionne tels Michel Modo, Guy Grosso, Christian Marin, Jean Lefebvre ou Claude Piéplu. Il charge ses complices de leur concocter des personnages à hauteur de leurs capacités burlesques. Quant au reste de l’équipe, il laisse les coudées franches à Girault. Avec Gérard Oury, qui vient le voir régulièrement rue Monceau, c’est une tout autre affaire. Pas question pour Oury de préparer ce film à la va-vite comme il est d’usage depuis plusieurs années lorsqu’il s’agit de faire rire. Un film monté en une quinzaine de jours, tourné en trois ou quatre semaines et avec un budget riquiqui. Gérard Oury tient en main une histoire inspirée d’un fait divers ayant impliqué un animateur vedette de la télévision. Ce Jacques Angelvin présentait tous les midis l’émission Paris-Club créée par Roger Féral et Jacques Chabannes. Le 21 janvier 1962, il est arrêté à New York pour avoir transporté cinquante-deux kilos d’héroïne pure dans les flancs de la Buick avec laquelle il voyageait sur un paquebot depuis Le Havre. Joueur impénitent, il aurait accepté la somme de 100 000 dollars pour tenir le rôle du passeur, ses complices et lui-même espérant que son statut de célébrité le mettrait à l’abri des ennuis. Dénoncé, Angelvin est pris en filature par des policiers américains qui le cueillent donc à New York[250]. Avec la triste mésaventure d’Angelvin, Gérard Oury est persuadé d’avoir entre les mains une idée formidable, celle d’une andouille se faisant arnaquer par un filou le conduisant de « Naples à Bordeaux à bord d’une Cadillac bourrée d’or, de drogues et d’objets volés, destination les États-Unis. […] Cela a paru louche. Bagnole désossée, on a découvert plusieurs kilos d’héro planqués dans la carrosserie. Pas très malin. Ou alors le type ne savait rien. C’est ce qu’il prétend, ce corniaud ! », raconte Gérard Oury[251]. Tout en réfléchissant à la manière de traiter ce sujet, Gérard Oury n’hésite pas une seule seconde quant aux noms des comédiens. « Bourvil et de Funès m’apparaissent évidents, le premier pour jouer le couillon qui à la fin prendra sa revanche, le second la fripouille dont les manigances se retourneront contre lui. Ils ont envie de travailler ensemble. Ça tombe bien. Bourvil jouit du statut de vedette. Louis de Funès émerge à peine de ses années panouilles. […] On peut également douter de mon aptitude à faire des films comiques. Peut-être de Funès se souvient-il de sa prédiction, il dit oui. Quant à Bourvil, c’est la crème des hommes. Il donne son accord sans même connaître l’histoire », se souvient encore le réalisateur[252]. Le plus dur reste à trouver : un producteur assez couillu pour se lancer dans cette aventure que Gérard Oury veut tourner à la manière d’un road movie avec des vraies voitures en état de marche et dans des sites prestigieux comme la Villa d’Este, le château Saint-Ange, Pise ou la Toscane. Oury va frapper à la bonne porte en sollicitant Robert Dorfmann auquel on doit, entre autres, Justice est faite d’André Cayatte, Jeux interdits de René Clément, Touchez pas au grisbi de Jacques Becker, Les Tricheurs de Marcel Carné. L’homme a du flair et il sent immédiatement la bonne affaire. Il donne non seulement carte blanche à Gérard Oury, mais encore de quoi se nourrir pendant l’élaboration du scénario et le temps du tournage. « Après quoi, film amorti, nous partagerons les bénéfices. S’il y en a », dit encore Oury[253]. Louis est immédiatement séduit par cette idée, même s’il craint un peu de se trouver face à Bourvil. Une inquiétude rapidement levée quand, en compagnie de Gérard Oury, il rend visite à son futur partenaire dans sa maison de Montainville. Ils parlent longuement, et les trois hommes se mettent d’accord pour se retrouver le 1er septembre en Italie[254].
247
Film de Frank Capra avec Clark Gable et Claudette Colbert réalisé en 1934 et considéré comme la première comédie romantique loufoque.
248
Film de Norman Z. McLeod avec Constance Bennett et Brian Aherne réalisé en 1938.
249
Jean Girault au journal Le Nouveau Candide cité par Robert Chazal, op. cit., p. 63.
250
Jacques Angelvin, qui ne cessera de clamer son innocence, sera condamné à six ans de prison en 1963 avant d’être libéré quatre ans plus tard.
251
Gérard Oury, op. cit., p. 212.
252
Ibid., p. 212.
253
Ibid., p. 213.
254
Gérard Oury souhaitait tourner dès le 1er août, mais André Bourvil tenait à passer tout le mois d’août en famille.