Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:
– C’était mon dernier espoir. Il était bien faible; mais je me disais: Peut-être mon pauvre Jean aura-t-il eu un empêchement, après m’avoir écrit sa lettre; peut-être le retrouverai-je encore au Havre!
Legoff comprenait à demi; il voulut tout savoir. D’une voix entrecoupée, Paul lui raconta sa visite au notaire de la rue Vieille-du-Temple.
– Ah çà! s’écria le capitaine, je crois rêver, moi, voyez-vous, monsieur Labre! Il n’y a pas de preuves de mort, après tout, et vous auriez grand tort de jeter le manche après la poignée. Et pourtant, ces papiers qu’on lui a volés… Ah çà! ah çà! en France, à Paris, en 1835, il y a donc des endroits plus dangereux que les pampas de l’Amérique du Sud! Cara! j’ai navigué dans toutes ces eaux pleines de pirates et de crocodiles, j’ai traversé toutes ces savanes où les diables rouges rôdent la nuit et le jour, et je ne suis pas mort, tonnerre de Brest! Si je n’étais pas forcé de repartir, j’irais avec vous et je promets bien que nous le retrouverions. Le second du navire vint, le chapeau à la main, et dit:
– Onze heures trente-neuf minutes. Le bon de l’eau, capitaine! Toutes les manœuvres étaient préparées depuis longtemps pour attendre la marée étale.
Legoff prit son porte-voix.
Avant de lancer son premier commandement, il pressa Paul contre sa poitrine.
Tous les matelots du Robert-Surcouf étaient déjà au cabestan et dans les agrès, quand Paul Labre revint à l’embarcation qui l’avait amené. Comme il descendait l’échelle à reculons, une tête crépue mit ses cheveux jaunâtres à la hauteur du bastingage, et il entendit une voix qui disait:
– Monsieur Paul, si je ne me plais pas dans la marine, je sais des choses que je vous conterai entre quatre-z-yeux. Mme Soûlas est une brave femme; je vous revaudrai son matou quelque jour, vous pouvez lui assurer ça.
Le bruit de l’appareillage étouffa les dernières paroles. Paul Labre ne savait pas ce qu’il avait entendu. Il s’assit, accablé, à l’arrière de son bateau et mit sa tête entre ses mains. Pistolet continua de parler pour lui tout seul, disant:
– Si ça consiste à balayer, l’art du marin, ça ne me va pas! v’là trois soirées que je n’ai pas mis les pieds à Bobino. Mèche a dû pleurer toutes les larmes de son corps sur la chose de mon absence.
Si ça n’avait pas été l’ambition de me ranger, jamais je ne l’aurais quittée. C’est égal, ça me ferait plaisir de rendre service à M. Paul!
Le Robert-Surcouf, portant à fleur d’eau ses ancres dégagées, glissait lentement avec le jusant vers la tour de François Ier qu’il dépassa. On hissa les basses voiles, aussitôt qu’il entra en Seine. Un quart d’heure après, il courait vent largue et couvert de toile sous la falaise de la Hève.
L’étranger sortit alors de la cabine du capitaine et vint s’accouder tout rêveur au bastingage pour regarder les côtes de France qui déjà fuyaient au sud-est.
Il tressaillit et se retourna parce qu’une voix disait derrière lui:
– Ça va bien, général, et vous?
L’étranger, qui était en effet le général comte de Champmas, ne se souvint point d’avoir vu jamais le visage mièvre et bizarrement effronté que ses yeux rencontrèrent. Son premier mouvement fut de chercher sa bourse.
Pistolet s’arrêta d’un geste plein de dignité.
– Ce n’est pas que j’en regorge de monnaie, dit-il, au contraire; mais je suis en train de me ranger, pas de bêtise! C’est tout bonnement à la cour d’assises que j’ai eu l’honneur de vous contempler, général; je vous dis ça pour que vous ne vous cassiez pas la tête à vous demander: Où donc ai-je rencontré ce paroissien-là? Et discret comme la tombe, vous savez, incapable d’abuser d’un secret que la Providence m’a confié par hasard. En résumé, manquant d’argent et n’en voulant pas, j’accepterai volontiers çà et là un peu de tabac ou des bouts de cigares qui peuvent passer pour un cadeau d’amitié loin de la patrie.
– Au faubert, moucheron! ordonna le maître. Avec de l’instruction, du zèle et de la capacité, tu deviendras un matelot comme père et mère. Marche!
Les blanches falaises de la Normandie s’affaissaient déjà dans le lointain.
Ce même jour et vers cette même heure, dans le salon austère et simplement meublé de son hôtel de la rue Thérèse, le vieux patriarche des Habits Noirs – le colonel – était en conférence intime avec ce jeune homme au teint blanc, aux cheveux bouclés, au profil aquilin, que la pauvre Ysole appelait «monseigneur», et vers qui son cœur, tendre en même temps qu’ambitieux, s’était élancé si ardemment.
Le Père-à-tous, assis dans une bergère, avait toujours cet aspect vénérable qui trompait parfois jusqu’à ses associés eux-mêmes. À chacun d’eux, en effet, il avait promis son héritage, à l’exclusion de tous les autres, et chacun d’eux le croyait.
C’était là le secret de leur obéissance.
Aujourd’hui les rides de son front se creusaient profondément; il avait l’air soucieux.
– Une affaire si bien combinée! disait-il, un rapport si joliment fait. Mais qui donc ont-ils tué à la place du général?
– Qu’importe cela? répondit sèchement le prince. Le général est vivant, voilà le fait. Ma belle Ysole n’est plus qu’une demoiselle riche, qui peut attendre vingt ans son héritage.
– Qu’as-tu fait d’elle, mon fils? Ah! comme tu calcules!
– Je l’ai laissée endormie dans une chambre d’hôtel, et me voici.
– Et dire, soupira le colonel, que j’ai donné ma petite Fanchette à ce Corona! et qu’il la rend malheureuse! Quel gendre tu aurais été!
– Père, cela ne me donne pas de rentes! Il est temps.
– Ingrat! je n’aime que toi! je ne m’occupe que de toi. Voyons, écoute! veux-tu essayer un coup énorme? Ce sera ma dernière affaire. Veux-tu épouser cette paysanne du département de l’Orne qui est plus riche qu’une reine?
Le prince fit la grimace.
– Une vieille femme! dit-il.
– Les vieilles femmes, prononça doucement le colonel en humant trois ou quatre grains de tabac sur le bout de son pouce étique, selon la loi de nature, sont sujettes à des accidents mortels.
Paul Labre revint dans sa mansarde après quatre jours d’absence. Il y trouva Mme Soûlas, veillant au chevet de la pauvre enfant qu’il appelait Blondette. Il était si changé que Thérèse eut peine à le reconnaître.
– Maman, dit-il après avoir embrassé Blondette, je comptais donner à ce petit ange ma vie, toute ma vie, mais j’ai un autre devoir, maintenant. Mon frère est mort assassiné: je veux le venger. C’est à vous que je confie le soin de chercher les parents de Blondette. Moi, dussé-je me faire agent de police, cette fois volontairement, je fouillerai Paris, la France, le monde entier, jusqu’à ce que j’aie trouvé l’assassin de mon frère!
Deuxième partie Les demoiselles de Champmas
I Une rencontre
Par une chaude matinée de septembre, en l’année 1838, un chiffonnier et un gamin de Paris jouaient au bouchon commodément et bien à l’ombre, sous la voûte monumentale qui rattachait la rue de Jérusalem à la rue de Nazareth.
Il vient là quelquefois des curieux visiter les sculptures murales qu’on attribue à Jean Goujon, mais ni le gamin ni le chiffonnier ne paraissaient tourmentés par la passion des arts.