Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Ainsi d'un monast�re o� je t'enferme pour te changer. Mais si tu me demandes, du milieu de tes vanit�s et de tes probl�mes vulgaires, de te d�montrer ce monast�re, je d�daignerai de r�pondre, car celui qui pourrait comprendre est autre que toi et je dois d'abord l'appeler au jour. Je ne sais que te contraindre � devenir.
Ne t'inqui�te donc point non plus des protestations que soul�vera ta contrainte. Car ils auraient raison ceux-l� qui crient si tu les touchais dans leur essence et les frustrais de leur grandeur. Mais le respect de l'homme c'est le respect de sa noblesse. Mais eux ils nomment justice de continuer d'�tre, m�me pourris, parce qu'ainsi venus au monde. Et ce n'est point Dieu que tu l�ses si tu les gu�ris.
LXXVII
C'est pourquoi je puis dire qu'� la fois je refuse de pactiser et refuse d'exclure. Je ne suis ni intransigeant ni mou ou facile. Je re�ois l'homme dans ses d�fauts et exerce pourtant ma rigueur. Je ne fais pas de mon adversaire un t�moin, simple bouc �missaire de nos malheurs, et qu'il serait bon de br�ler en totalit� en place publique. Mon adversaire je le re�ois enti�rement et cependant je le refuse. Car l'eau est fra�che et souhaitable. Souhaitable aussi le vin pur. Mais le m�lange j'en fais breuvage pour ch�tr�s.
Il n'est nul au monde qui n'ait point raison absolument. Sauf ceux-l� qui raisonnent, argumentent, d�montrent et, d'user d'un langage logique sans contenu, ne peuvent avoir ni tort ni raison. Mais font un simple bruit qui, si les voil� qui s'enorgueillissent d'eux-m�mes, peut faire couler longtemps le sang des hommes. Ceux-l� donc je les tranche simplement d'avec l'arbre.
Mais a raison quiconque accepte la destruction de son urne de chair pour sauver le d�p�t qui s'y trouve enferm�. Je te l'ai d�j� dit. Prot�ger les faibles et �pauler les forts, voil� le dilemme qui te tourmente. Et il se peut que ton ennemi, contre toi qui �paules les forts, prot�ge les faibles. Et vous voil� bien contraints de combattre pour sauver � l'un son territoire de la pourriture des d�magogues qui chantent l'ulc�re pour l'ulc�re, pour sauver � l'autre son territoire de la cruaut� des ma�tres d'esclaves qui, usant du fouet pour contraindre, emp�chent l'homme de devenir. Et la vie te propose ces litiges dans une urgence qui exige l'emploi des armes. Car une seule pens�e (si elle cro�t comme une herbe), que nul ennemi n'�quilibre, devient mensonge et d�vore le monde.
Ceci est d� au champ de ta conscience, lequel est minuscule. Et de m�me que tu ne peux � la fois, si quelque maraudeur t'attaque, penser le combat dans sa tactique et sentir les coups, de m�me que tu ne peux � la fois en mer recevoir la peur du naufrage et les mouvements de la houle et que celui-l� qui a peur ne vomit plus et que celui-l� qui vomit est indiff�rent � la peur, de m�me si l'on ne t'y aide pas par la clart� d'un langage neuf, il t'est impossible d'� la fois penser et vivre deux v�rit�s contraires.
LXXVIII
Me vinrent donc, pour me faire des observations, non les g�om�tres de mon empire qui se r�duisaient d'ailleurs � un seul, et qui, de surcro�t, �tait mort, mais une d�l�gation des commentateurs des g�om�tres, lesquels commentateurs �taient dix mille.
Quand celui-l� cr�e un navire il ne se pr�occupe point des clous, des m�ts ni des planches du pont, mais il enferme dans l'arsenal dix mille esclaves et quelques adjudants munis de fouets. Et s'�panouit la gloire du navire. Et je n'ai jamais vu un esclave qui se vant�t d'avoir vaincu la mer.
Mais lorsque celui-l� cr�e une g�om�trie, lequel ne se pr�occupe point de la d�duire jusqu'au bout de cons�quence en cons�quence, car ce travail d�passe et son temps et ses forces, alors il suscite l'arm�e de dix mille commentateurs qui polissent les th�or�mes, explorent les chemins fertiles et recueillent les fruits de l'arbre. Mais � cause qu'ils ne sont point esclaves et qu'il n'est point de fouet pour les acc�l�rer, il n'en est pas un qui ne s'imagine s'�galer au seul g�om�tre v�ritable, puisque d'abord il le comprend, et puisque ensuite il enrichit son �uvre.
Mais moi, sachant combien est pr�cieux leur travail � car il faut bien rentrer les moissons de l'esprit � mais sachant aussi qu'il est d�risoire de le confondre avec la cr�ation, laquelle est geste gratuit, libre et impr�visible de l'homme, je les fis tenir � bonne distance de peur qu'ils ne se gonflassent d'orgueil � m'aborder comme des �gaux. Et je les entendais qui murmuraient entre eux pour s'en plaindre.
Puis ils parl�rent:
�Nous protestons, dirent-ils, au nom de la raison. Nous sommes les pr�tres de la v�rit�. Tes lois sont lois d'un dieu moins s�r que n'est le n�tre. Tu as pour toi tes hommes d'armes, et ce poids de muscles nous peut �craser. Mais nous aurons raison contre toi, m�me dans les caves de tes ge�les.�
Ils parlaient, devinant bien qu'ils ne risquaient point ma col�re.
Et ils se regard�rent l'un l'autre, satisfaits de leur propre courage.
Moi je songeais. Le seul g�om�tre v�ritable, je l'avais chaque jour re�u � ma table. La nuit, parfois, dans l'insomnie, je m'�tais rendu sous sa tente, m'�tant pieusement d�chauss�, et j'avais bu son th� et go�t� le miel de sa sagesse.
�Toi, g�om�tre�, lui disais-je.�� Je ne suis point d'abord g�om�tre, je suis homme. Un homme qui r�ve quelquefois de g�om�trie quand plus urgent ne le gouverne pas, tel que le sommeil, la faim ou l'amour. Mais aujourd'hui que j'ai vieilli, tu as sans doute raison: je ne suis plus gu�re que g�om�tre.
��Tu es celui � qui se montre la v�rit�
��Je ne suis que celui qui t�tonne et cherche un langage comme l'enfant. La v�rit� ne m'est point apparue. Mais mon langage est simple aux hommes comme ta montagne et ils en font d'eux-m�mes leur v�rit�.
��Te voil� amer, g�om�tre.
��J'eusse aim� d�couvrir dans l'univers la trace d'un divin manteau et, touchant en dehors de moi une v�rit�, comme un dieu qui se f�t longtemps cach� aux hommes, j'eusse aim� l'accrocher par le pan de l'habit et lui arracher son voile du visage pour la montrer. Mais il ne m'a pas �t� donn� de d�couvrir autre chose que moi-m�me��
Ainsi parlait-il. Mais eux me brandissaient la foudre de leur idole au-dessus de la t�te.
�Parlez plus bas, leur dis-je, si je comprends mal j'entends fort bien.�
Et, moins fort toutefois, ils murmur�rent.
Enfin l'un d'eux les exprima, qu'ils pouss�rent doucement en avant car il leur venait le regret d'avoir montr� tant de courage.
�O� vois-tu, me dit-il, qu'il est cr�ation arbitraire et acte de sculpteur et po�sie dans le monument de v�rit�s que nous te convions de reconna�tre? Nos propositions d�coulent l'une de l'autre, du point de vue de la stricte logique, et rien de l'homme n'a dirig� l'�uvre.�
Ainsi, d'une part, revendiquaient-ils la propri�t� d'une v�rit� absolue � comme ces peuplades qui se r�clament d'une quelconque idole de bois peint, laquelle, disent-elles, lance la foudre � et ainsi, d'autre part, s'�galaient-ils au seul g�om�tre v�ritable puisque tous avec plus au moins de r�ussite avaient semblablement servi ou d�couvert, mais non cr��.
�Nous allons �tablir devant toi les relations entre les lignes d'une figure. Or si nous pouvons transgresser tes lois, par contre il ne t'est point possible de t'affranchir des n�tres. Tu dois nous prendre pour ministres, nous qui savons.�
Je me taisais, r�fl�chissant sur la sottise. Ils se m�prirent sur mon silence et h�sit�rent:
�Car nous d�sirons d'abord te servir�, dirent-ils.
Je r�pondis donc:
�Vous pr�tendez ne point cr�er et c'est heureux. Car qui est bigle cr�e des bigles. Les outres pleines d'air ne cr�ent que du vent. Et si vous fondiez des royaumes, le respect d'une logique qui ne s'applique qu'� l'histoire d�j� r�volue, � la statue d�j� fond�e et � l'organe mort, les cr�erait soumis par avance au sabre barbare.
�On d�couvrit une fois les traces d'un homme qui, ayant � l'aube quitt� sa tente en direction de la mer, marcha jusqu'� la falaise qui �tait verticale et se laissa choir. Il �tait l� des logiciens qui se pench�rent sur les signes et connurent la v�rit�. Car aucun cha�non ne manquait � la cha�ne des �v�nements. Les pas se succ�daient les uns aux autres, il n'en �tait aucun que le pr�c�dent n'autoris�t. En remontant les pas de cons�quence � cause on ramenait le mort vers sa tente. En descendant les pas de cause � cons�quence on le renfor�ait dans sa mort.