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L'apprenti [Prentice Alvin - fr]

Электронная книга - «L'apprenti [Prentice Alvin - fr]». Краткое содержание книги:

Au bord de la rivière Hatrack, près des forêts profondes où règne encore l’homme rouge, un enfant va naître en des circonstances tragiques. Un enfant au destin exceptionnel. Septième fils d’un septième fils, il détiendra, dit-on, les immenses pouvoirs d’un « Faiseur ! ». Si les forces du mal ne parviennent à le détruire. Car il existe un autre pouvoir, obscur, prêt à tout pour l’empêcher de vivre et de grandir.
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre de pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des « talents » à la dimension de pouvoirs et, les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. Un récit magique et flamboyant où l’enjeu n’est rien moins que le destin du monde.
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« Conciliant Smith demande le prix fort pour ton ouvrage, alors y m’semble que j’peux pas t’payer moins. »

Alvin ne comprit qu’à cet instant l’erreur commise en disant avoir travaillé pendant son temps libre, car les tâches qu’un apprenti effectuait en dehors des heures au service de son patron lui étaient payées directement, à lui seul. Conciliant Smith, lui, ne dispensait jamais son apprenti de service ; dès qu’un client lui commandait une tâche, il la confiait à Alvin, ce qui était son droit aux termes du contrat d’apprentissage. En parlant de temps libre, Alvin semblait indiquer que Conciliant lui en avait accordé pour qu’il se fasse de l’argent.

« M’sieur, je…»

Conciliant prit la parole avant qu’Alvin puisse expliquer la méprise. « L’prix fort, ça serait pas honnête, dit-il. Alvin arrive à la fin d’son contrat, je m’suis donc dit qu’il fallait qu’il essaye de s’débrouiller tout seul, d’apprendre à manier l’argent. Mais même si l’ouvrage te paraît joliment fait, à moi y m’semble vraiment de seconde qualité. Alors à moitié prix, c’est honnête. M’est avis qu’ça t’a pris au moins vingt heures pour tout faire… hein, Alvin ? »

C’était plutôt dix, mais Alvin acquiesça de la tête sans un mot. Il ne savait pas quoi répondre, de toute manière, vu que son patron n’avait manifestement pas l’intention de dire la vérité pure et simple sur cette affaire. Et la tâche aurait effectivement pris au moins vingt heures – deux pleines journées de travail – à un forgeron dépourvu du talent d’Alvin.

« Alors, dit Conciliant, entre la main-d’œuvre d’Al à demi-prix, le fourneau, l’fer et l’restant, ça fait quinze piasses. »

Horace siffla et se balança sur les talons.

« Vous pouvez avoir mon ouvrage gratuit, pour l’apprentissage du métier », dit Alvin.

Conciliant lui lança un regard furibond.

« Jamais d’la vie, fit Horace. L’Sauveur a dit que toute peine méritait salaire. C’est l’prix tout soudain élevé du fer qui m’laisse sceptique.

— C’est un fourneau », dit Conciliant Smith.

Ç’en était pas jusqu’à ce que je le répare, dit silencieusement Alvin.

« Tu l’as acheté pour la ferraille, dit Horace. C’est comme pour l’ouvrage d’Al, l’prix fort, ça serait pas honnête. »

Conciliant soupira. « En souvenir du temps passé, Horace, par rapport que c’est grâce à toi que j’suis icitte et qu’tu m’as aidé à m’installer quand j’suis arrivé y a dix-huit ans. Neuf piasses. »

Horace ne sourit pas mais il approuva du chef. « D’accord. Et comme tu prends d’accoutumé quatre piasses par jour pour l’ouvrage d’Alvin, j’pense que ses vingt heures à moitié prix, ça fait aussi quatre piasses. Passe à la maison c’tantôt, Alvin, j’te les donnerai. Et toi, Conciliant, j’te payerai l’restant quand y aura du monde à l’auberge pour les moissons.

— D’accord, dit Conciliant.

— Content d’voir que tu laisses du temps d’libre à Alvin, asteure, fit Horace. Y a un tas d’monde qui t’critiquait d’être si dur avec ton apprenti, mais moi, j’leur ai toujours dit : Conciliant, il attend l’bon moment, vous verrez.

— C’est vrai, fit Conciliant. J’attendais l’bon moment.

— Ça t’est ben égal si j’dis au genses que l’bon moment est arrivé ?

— Faut ’core qu’Alvin continue son ouvrage pour moi », fit Conciliant.

Horace hocha la tête d’un air sage. « M’est avis, dit-il. Il travaille pour toi l’matin et pour lui l’tantôt… c’est ça ? C’est c’que font la plupart des bons patrons quand un apprenti est proche à dev’nir compagnon. »

Conciliant se mit à rougir un peu. Alvin n’était pas étonné. Il voyait ce qui se passait : Horace Guester prenait sa défense, comme un avocat, il profitait de l’occasion pour faire honte à Conciliant de traiter honnêtement Alvin pour la première fois en plus de six ans d’apprentissage. Lorsque Conciliant avait prétendu que son apprenti bénéficiait effectivement de temps libre, eh bien, il avait ouvert une brèche par laquelle Horace s’était introduit en force. Il poussait le forgeron à donner ses demi-journées à Alvin, pas moins ! C’était sûrement très dur à digérer pour lui.

Mais il le digéra quand même. « Des demi-journées, ça me va. J’avais dans l’idée de l’faire depuis quèque temps.

— Alors, le tantôt, c’est toi qui travailleras asteure, hein, Conciliant ? »

Oh, Alvin ne put s’empêcher de poser sur Horace un regard de pure admiration. L’aubergiste n’allait pas laisser Conciliant en être quitte pour feignanter et obliger Alvin à abattre tout le travail à la forge.

« Ça, les heures où j’travaille, ça m’regarde, Horace.

— J’veux juste informer les genses quand ils seront sûrs de trouver l’patron ou l’apprenti.

— J’y s’rai la journée durant.

— Alors ça, ben aise de l’entendre, dit Horace. En tout cas, d’la belle ouvrage, faut r’connaître, Alvin. Ton patron t’a bien appris, et j’ai jamais vu personne d’aussi consciencieux qu’toi. Oublie pas d’passer c’soir pour tes quatre piasses.

— Oui, m’sieur. Merci, m’sieur.

— J’vais vous laisser retourner à vot’ ouvrage, asteure, fit Horace. Y a pas d’autres clés qu’ces deux-là pour la porte ?

— Non, m’sieur, dit Alvin. J’les ai graissées pour pas qu’elles rouillent.

— J’continuerai d’les graisser. Merci de m’le rappeler. »

Horace ouvrit la porte et la tint ostensiblement ouverte jusqu’à ce que Conciliant et Alvin soient sortis. Devant eux il la ferma soigneusement à clé. Il se retourna et sourit au jeune homme. « J’te d’manderais bien tout d’suite de m’faire une bonne serrure comme ça pour la porte d’en avant d’chez moi. » Il éclata alors de rire et secoua la tête. « Non, m’est avis qu’non. J’suis aubergiste. Mon commerce, c’est d’laisser entrer l’monde, pas d’l’enfermer dehors. Mais j’en connais au village à qui elle plaira, c’te serrure.

— J’espère, m’sieur. Merci. »

Horace hocha encore la tête avant de lancer un regard froid à Conciliant, l’air de dire : « N’oublie pas ce que tu as promis de faire aujourd’hui. » Puis il remonta tranquillement le sentier vers l’auberge.

Alvin descendit la colline vers la forge. Il entendait Conciliant qui le suivait, mais dans l’immédiat il n’avait pas franchement envie d’entamer une conversation avec son patron. Tant que le forgeron ne disait rien, ça lui convenait tout à fait.

Le silence ne se prolongea pas au-delà de la forgerie, lorsqu’ils furent tous deux à l’intérieur.

« C’te fourneau, l’était complètement foutu », dit Conciliant.

C’était la dernière chose qu’Alvin s’attendait à entendre, et la plus inquiétante. Pas d’engueulade pour l’histoire du temps libre ; pas de tentative de revenir sur les promesses en matière d’heures de travail. Conciliant Smith se souvenait mieux de ce fourneau que ne l’aurait cru Alvin.

« L’avait l’air en piteux état, ça oui, fit Alvin.

— Pas moyen de l’réparer sans l’refondre, reprit Conciliant. J’aurais pas cru ça impossible, je l’aurais réparé moi-même.

— Je m’disais ça, moi aussi, dit Alvin. Mais quand je l’ai regardé d’plus près…»

L’expression qu’il lut sur la figure de Conciliant Smith le fit taire. Il savait. Il n’y avait pas de doute dans l’esprit d’Alvin. Le maître savait ce dont son apprenti était capable. Alvin sentit la peur d’être découvert jusque dans ses os ; comme lorsqu’il jouait à cache-cache avec ses frères et sœurs étant petit, à Vigor Church. Le pire, c’était quand tu restais le dernier encore caché sans avoir été trouvé ; tu attendais, tu attendais, puis tu entendais des pas s’approcher, tu avais des picotements partout, tu les sentais dans tout le corps, comme si tout ton être se réveillait et que ça le démangeait de bouger. Ça devenait si affreux que tu avais envie de bondir de ta cachette et de crier : « Icitte ! J’suis icitte ! » puis de détaler comme un lapin, non pas vers l’arbre salvateur mais n’importe où, courir à fond de train jusqu’à ce que tous tes muscles n’en puissent plus et que tu t’écroules par terre. C’était absurde… on n’y gagnait rien d’agir ainsi. Mais c’était l’effet que ça lui faisait quand il jouait avec ses frères et sœurs, et que ça lui faisait maintenant, au moment d’être découvert.

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